LE PLUS GRAND EST CELUI QUI SERT

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30
St Ambroise de Milan - (7 décembre 1981)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Michel MORIN

Walcourt : Basilique Notre-Dame
Jubé du choeur 

L

e Seigneur est avec ses apôtres rassemblés autour de Lui, Il vient de célébrer pour eux le dernier repas pascal, la cène de l'eucharistie. Puis Il annonce que l'un d'eux va le trahir. C'est à ce moment-là que s'élève entre les disciples cette contestation. Ils se demandent d'abord qui va trahir Jésus. Qui sera le plus petit, le plus faible, le plus malheureux pour faire cette tâche lâche et indigne. Puis leur conversation trop humaine glisse et ils se demandent, du coup, qui sera le plus grand, c'est-à-dire lequel d'entre eux sera assez droit, assez juste à leurs yeux pour ne pas accomplir cette tâche. C'est à ce moment-là que le Seigneur leur dit : "Le plus grand parmi vous, c'est celui qui sert."

Le plus grand c'est celui qui sert, et cependant, ceux qui sont à table sont-ils moins grands que celui qui sert ? Je crois que ceux qui sont à table ont leur grandeur, celui qui sert, a aussi sa grandeur. Le Seigneur est là pour servir, et à ses yeux, nous sommes tous grands, puisqu'Il daigne se faire notre serviteur. Il n'y a donc pas à savoir qui est le plus grand. Il y a simplement à reconnaître que nous sommes tous, très grands aux yeux du Seigneur et que Lui seul nous sert et que c'est sa grandeur de se mettre à genoux devant nous, de ceindre le tablier pour nous servir son eucharistie.

Mais nous sommes toujours tentés de comprendre notre vie chrétienne et la présence de Dieu au milieu de nous selon notre propre jugement. Très souvent, personnellement ou avec d'autres, nous discutons, nous contestons, nous nous querellons pour savoir si ce que nous faisons est grand, si ce que nous sommes est grand. Et dans sa lettre aux Corinthiens, saint Paul nous met en garde : "Même si vous avez la conscience droite, même si vous n'avez rien à vous reprocher, ne portez pas de jugement, ni sur vous, ni sur les autres, ni sur Dieu, car vous êtes encore dans les ténèbres. Laissez venir le Seigneur et Lui-même par sa présence, par sa grandeur, par son service au milieu de vous éclairera ce que vous êtes, éclairera ce que vous faites et révélera alors votre véritable grandeur. Il laissera briller sur vous un peu de sa gloire." Et cette gloire, brillant sur vos visages, se transformera en louange à cause de sa présence comme serviteur.

Voici un passage d'un commentaire de saint Ambroise que nous fêtons aujourd'hui sur cet évangile. "Le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde. L'homme ne doit donc pas viser à l'égalité mais à la ressemblance avec Dieu. Seul, en effet, le Christ est l'image plénière, parce qu'en Lui s'exprime dans l'unité la gloire du Père. Quant à l'homme juste, il est l'image de Dieu si pour reproduire la ressemblance de la vie divine, il méprise ce monde afin de connaître Dieu et dédaigne les plaisirs de la terre, pour recevoir le Verbe qui est l'aliment de notre vie. Ce pourquoi nous mangeons le corps du Christ afin de pouvoir participer à la vie éternelle, car ce n'est pas manger et boire qui nous est promis comme une récompense ou un honneur mais la communion à la grâce et à la vie céleste. Les douze trônes ne sont pas davantage faits pour recevoir et asseoir nos corps. Mais de même que le Christ, en vertu de sa ressemblance divine, juge par sa connaissance des cœurs et non en interrogeant sur les actions pour récompenser la vertu et condamner l'impiété, de même aussi les apôtres, apprennent à juger en esprit, en récompensant la foi et en détestant la fausse croyance, à reprendre fortement l'erreur, à poursuivre les sacrilèges. Convertissons-nous donc, et prenons garde que, pour notre perte, il ne survienne entre nous quelque dispute de préséance. Car si les apôtres ont contesté, ce n'est pas une excuse offerte, c'est une invitation à prendre garde. Attendez que le Seigneur vienne."

 

AMEN