LA TRADITION : SAINT JEAN DE DAMAS
Is 5, 8-24 ; Mt 13, 47-52
St Jean Damascène - (4 décembre 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : scruter la Parole …
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ette parabole de saint Matthieu a, dans la bouche de Jésus, une double signification. Ce filet qu'on jette dans la mer et qui ramène toutes sortes de poissons qu'il faut trier pour rejeter ce qui est mauvais en gardant ce qui est bon, c'est l'image du jugement dernier, de ce moment où l'univers tout entier sera renouvelé, et où seront rassemblés dans l'amour tous ceux qui auront suivi cet amour, et ceux qui auront refusé d'aimer se trouveront, par leur propre faute en dehors du Royaume.
Mais Jésus applique aussi cette image aux scribes, c'est-à-dire, à celui qui scrute la parole de Dieu, devenu disciple de l'évangile, du royaume nouveau et qui lui aussi doit opérer ce travail de séparation, ce tri entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Animé par l'Esprit Saint, il doit savoir lire dans les événements du monde, lire dans les cœurs des hommes, lire dans toutes les pensées, toutes les paroles qu'accumule l'expérience humaine, lire à la lumière de la Parole de Dieu, ce qui est bon et ce qui est mauvais pour pouvoir aider ses frères à discerner le bien et le mal.
C'est pour cette raison que ce passage est appliqué à saint Jean de Damas, prêtre de l'Église de Syrie. Il est comme celui qui résume la tradition orientale ancienne les Pères de notre foi qui, en Égypte, en Syrie et à Constantinople, ont scruté la Parole de Dieu, ont scruté l'expérience des hommes pour essayer d'y lire le message que Dieu veut nous adresser, le mystère dans lequel il veut nous faire entrer. Ces pères de notre foi, saint Basile de Césarée, saint Grégoire de Naziance, saint Grégoire de Nysse, saint Athanase ont accumulé ainsi tout un savoir que saint Jean de Damas a voulu expressément collecter, rassembler en faire une œuvre cohérente qui puisse être transmissible aux générations à venir, qui puisse ainsi les aider à voir clair dans la Parole de Dieu. C'est grâce à lui que, dès le Moyen-Age, l'Occident a pu connaître cette tradition d'Orient, et malgré le schisme qui nous a séparés de nos frères orthodoxes, qui a cruellement divisé les forces vives de l'Église, nous a permis de ne pas être ignorants de tout ce approfondissement que l'Orient avait fait de la foi chrétienne.
Ceci nous amène à réfléchir à ce qu'est la Tradition vivante de l'Église dont saint Jean de Damas est ainsi un des témoins particulièrement privilégié. La Tradition de l'Église est ce travail, sans cesse remis sur le chantier, dont le Christ nous parle. Ce travail de scribe qui scrute la Parole de Dieu pour en tirer du neuf et de l'ancien. Car nous ne sommes pas aujourd'hui, seuls au monde, nous ne commençons pas à zéro, nous n'avons pas à partir avec nos propres forces uniquement, dans cette étude de la Parole de Dieu. Nous sommes un chaînon dans une longue suite de générations qui, avant nous et sans doute après nous, se pencheront sur ce mystère de Dieu pour essayer de le scruter. Nous recevons la foi de nos pères. La foi est certes, un acte infiniment personnel et nous devons véritablement nous mettre en face de la Parole et du mystère de Dieu, et cependant cet acte personnel est aussi un acte communautaire. Nous recevons la foi, nous sommes alimentés par la prière et la recherche de tous ceux qui nous ont précédés. C'est ainsi que toutes ces choses anciennes qui ont été pendant des siècles murmurées, ruminées dans le cœur de ceux qui nous ont précédés, toutes ces choses anciennes doivent, dans notre propre cœur, redevenir neuves, selon la parole du Christ. L'ancien est germe de nouveau car cette parole de Dieu est sans cesse vivante. Ce que d'autres déjà y ont lu, doit redevenir neuf à nos propres yeux, allumer en nous le même enthousiasme, la même joie et la même adhésion que cette parole avait déjà suscitée dans le coeur de ceux qui ont précédé nos pas sur la route du royaume.
Avec saint Jean de Damas, et par son intercession, insérons-nous dans cette marche de l'Église vers son Seigneur, dans cette marche des générations qui se soutiennent, qui s'enrichissent mutuellement. Soyons véritablement d'Église, c'est-à-dire ne soyons pas seuls confrontés à notre expérience religieuse, mais enracinons-nous véritablement dans cette foi de nos pères qui nous a été transmise et qui est le terreau dans lequel notre foi, pourra à son tour, germer comme une plante nouvelle.
AMEN