L'ENVOI EN MISSION

1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 2011)
Samedi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Saint François-Xavier (Cléden-Poher)

M

alheur à moi si je n'annonce pas l'évangile disait saint Paul pour expliquer la raison pour laquelle il avait parcouru tout le bassin méditerranéen en vue de commencer à implanter les premières communautés chrétiennes. Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile, aujourd'hui frères et sœurs, il faut bien admettre qu'avec notre conscience moderne plus ou moins pilonnée par la critique de l'Occident qui a été colonialiste par sa culture, sa religion, qui a voulu s'imposer partout, nous avons un peu de réticence à nous dire aujourd'hui personnellement : malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile.

En effet, on a envie de se dire, mais est-ce que en faisant cela on n'impose pas aux autres cultures, aux autres traditions religieuses, aux autres pays, est-ce qu'on n'impose pas un moule, une doctrine, quelque chose qui contraint, quelque chose qui pèsera sur eux, et qui risque de les mettre en porte-à-faux avec leurs racines et leurs traditions ? C'est vrai qu'à certains moments il y a eu des initiatives très maladroites. C'est vrai que ceux qui apportaient ce qu'ils pensaient être la vérité absolue, sans problème, que ce soit au niveau scientifique, au niveau des comportements, au niveau religieux, à certains moments ont considéré ceux à qui ils s'adressaient comme des gens qui ne savaient rien, qui vivaient comme des sauvages, qui ne comprenaient rien et à qui il fallait tout expliquer. C'est vrai aussi que nous avons payé fort cher ces maladresses.

Ce n'était pas le cas pour Paul. Paul, quand il annonce l'évangile, il l'annonce dans un bassin méditerranéen qui est très unifié malgré les différences, mais c'est quand même une population qui a en gros, adopté les valeurs politiques, sociales de l'empire romain. Ce sont des gens qui ont beaucoup de défauts sans doute, comme nous tous à toutes les générations et à toutes les époques, mais qui ont une vie, une culture qui tient debout. L'évangile n'arrive pas pour dire aux gens : vous ne connaissez rien, vous ne savez rien ! L'évangile annoncé par Paul arrive pourquoi ? Non pas parce que Paul se sentirait dans un état de supériorité et qu'il voudrait transformer les gens et les amener à être comme lui. Il va annoncer l'évangile pour deux raisons : premièrement parce qu'il est envoyé. Comme il l'explique, il dit : si c'était moi qui prenait l'initiative, je n'aurais à m'en prendre qu'à moi-même, cet évangile serait de moi, cette annonce de la religion serait de moi, ce serait ma religion que j'imposerais. Hélas, nous avons souvent encore ce réflexe. Mais lorsqu'on annonce l'évangile, on obéit à la parole du Seigneur qu'on a entendu tout à l'heure : " Allez ! Allez ! partez ! dans toutes les nations". Ce n'est pas vous qui prenez l'initiative, c'est moi, votre Seigneur qui vous envoie. C'est la première chose. Le fait aujourd'hui d'annoncer l'évangile, il faut que les autres quand ils nous entendent, quand ils nous écoutent (ce n'est pas toujours le cas), qu'ils comprennent que cette parole vient de plus loin que nous. Ce n'est pas nous qui essayons de faire les sergents recruteurs ou les inquisiteurs. C'est nous qui sommes "envoyés", pour proposer cette parole.

Mais pourquoi saint Paul a-t-il accepté cela ? C'est la deuxième chose : c'est parce qu'il y a trouvé la liberté dans cette parole. La première chose dont un chrétien doit témoigner, c'est la liberté que Dieu, que l'évangile lui ont donné. C'est cela qui a donné le dynamisme et le courage à Paul, c'est parce que ayant lui-même éprouvé cette liberté extraordinaire que lui donnait l'évangile, il pouvait l'annoncer. Il pouvait dire aux autres : si vous voulez faire la même expérience de liberté, je vous annonce la parole du Seigneur qui vient vous libérer, qui vient vous donner un souffle nouveau que vous ne connaissiez pas avant.

C'est la même chose pour saint François-Xavier dont nous faisons mémoire aujourd'hui. Il n'est pas parti de sa propre initiative. Ces gens du seizième siècle, quand ils ont appris qu'il y avait des hommes et des femmes ailleurs qui n'avaient jamais entendu parler de l'évangile, ils n'ont pas cherché à savoir s'ils auraient du succès ou pas. Ils ne se sont pas posé la question de savoir si ces gens comprendraient ou pas. Ils sont partis. Ils ont obéi à la parole du Christ et ils sont partis au risque de leur vie, et l'on n'imagine pas le nombre de gens qui, dans le voyage en bateau, y laissaient leur peau, rien que pour réaliser le désir d'aller annoncer cet évangile. Il y a eu là un mouvement de générosité, de courage, de don de soi extraordinaire.

Leur conviction, c'était qu'ils n'allaient pas asservir les gens. Ceux d'entre vous qui ont vu le film "Mission", ce sont les fils spirituels de saint François-Xavier qui ont fait les missions, qui ont protégé les indiens face à certains exploitants espagnols à la main lourde. Ils ont agi ainsi parce qu'ils avaient conscience que ces hommes avaient droit à une liberté plus grande, plus profonde et plus vraie et qu'eux-mêmes, les missionnaires, les évangélisateurs, ils venaient comme les témoins de cette liberté.

Frères et sœurs, nous avons encore beaucoup à apprendre des anciens, non pas pour faire comme eux et les imiter servilement en les copiant, mais simplement pour retrouver les racines de notre témoignage. Si nous témoignons c'est d'une part parce que le Seigneur nous a demandé d'être des témoins, à nous, qui nous imposons, et témoins de quoi ? de la liberté extraordinaire qu'il nous donne par la foi et par la vie avec lui.

Qu'aujourd'hui, par l'intercession de saint François-Xavier, nous reprenions conscience des vraies exigences de notre foi chrétienne, non pas une foi qui s'impose, et Dieu sait qu'aujourd'hui nous avons des exemples qui font frémir devant le désir d'imposer certaines normes religieuses, mais au contraire, de savoir que lorsqu'on annonce l'évangile on est au service de la liberté de l'homme pour qu'il trouve sa vraie dimension, sa vraie relation avec Dieu.

 

AMEN