L'ÉVANGÉLISATION
1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 2008)
Mercredi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, la figure de saint François-Xavier est une figure tout à fait caractéristique de l'Église de Jésus-Christ, un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola, envoyé par lui en mission aux Indes, il a annoncé le Christ dans les Indes, à Ceylan, au Japon. Il est mort aux portes de la Chine où il voulait apporter aussi le salut de Dieu. Son œuvre sera reprise plus tard par un autre jésuite, Mathéo Ricci, qui essaiera d'évangéliser la Chine. Nous savons qu'il y a en Chine, comme au Japon, comme en Inde, comme en Corée, il y a des communautés chrétiennes, mais elles sont loin d'être nombreuses. L'œuvre de saint François-Xavier appelle encore un achèvement, un complément.
Certes, le Christ a été annoncé dans tous ces pays d'Orient et d'Extrême-Orient, mais on ne peut pas dire que le Royaume de Dieu soit déjà établi dans ces pays qui restent encore pour l'immense majorité des habitants, bouddhistes, confucianistes, etc …
Cela nous manifeste l'immense travail que Jésus a confié à son Église. Il s'agit en effet non seulement d'annoncer la Parole, de dire l'évangile, il faut que cette parole soit entendue, il faut que cet évangile pénètre le cœur des auditeurs de la prédication évangélique. Pour que cette parole soit entendue il faut qu'elle soit adressée dans un langage compréhensible. Je ne veux pas dire seulement qu'il faut parler chinois ou japonais, bien entendu, mais il faut connaître de l'intérieur la culture de ces peuples, une culture qui est sans commune mesure avec la nôtre. Une culture dans laquelle il faut parvenir à dire le message du Christ, à dire l'évangile pour que les mots prennent tout leur sens quand ils seront prononcés et que les cœurs des auditeurs puissent être pénétrés par la lumière de cet évangile sinon il risquera d'y avoir incompréhension et c'est sans doute parce que la culture de ces pays est très différente de la nôtre, c'est sans doute la raison pur laquelle la pénétration de l'évangile est si longue à réaliser.
En même temps, cette difficulté nous révèle aussi une grande lumière, une grande chance pour l'Église. Dire l'évangile dans une culture différente est un enrichissement énorme. C'est ce qui s'est passé au début de l'Église quand l'évangile prononcé en araméen par Jésus, avec une pensée sémitique a été traduit, et c'est l'effort pendant des siècles, de ceux qu'on appelle les Pères de l'Église, a été traduit en grec d'abord, en latin ensuite, puis dans les langues européennes. L'évangile a acquis non pas une plus grande puissance, mais a découvert des harmoniques qui n'étaient pas encore compréhensibles dans le texte hébraïque de départ. D'une langue à l'autre il y a toujours de très nombreuses nuances, de très nombreuses approximations, et il faut vraiment habiter une langue pour pouvoir utiliser toutes les richesses qu'elle possède afin de pouvoir transmettre la signification du message que Dieu nous adresse.
La foi chrétienne se réfère à une culture donnée, le Christ n'est pas un homme universel, il est l'homme d'une culture bien précise, la culture sémitique, et en même temps, ce message s'adresse à tous les hommes, donc à toutes les cultures. Par conséquent, ce travail qu'on appelle l'inculturation qui consiste à redire les mêmes mots avec les nuances d'une langue nouvelle, ce travail d'inculturation est un immense épanouissement de la vérité évangélique. De même que le passage de l'évangile du monde sémitique au monde gréco-romain, a permis d'innombrables ouvertures, celles que des hommes comme saint Augustin nous ont données, ou comme saint Thomas d'Aquin encore, ou aujourd'hui, cette annonce de l'évangile que nous essayons de faire dans nos langues européennes, de même qu'il y a là un immense rayonnement de l'évangile, il y a encore au moins un équivalent du jour où l'on saura dire pleinement avec des mots chinois la vérité éternelle de l'évangile. Pour cela, il faut que le pays lui-même soit pénétré par cet évangile, que ce ne soient pas simplement quelques communautés éparses, mais que cela pénètre profondément dans l'âme chinoise, ou dans l'âme japonaise.
Que l'œuvre ébauchée par saint François-Xavier qui est un modèle de pour cette prédication de l'évangile à toutes les races et à toutes les cultures, que cette œuvre se continue aujourd'hui, et demain. Il y a du travail pour les ouvriers de l'évangile. Que le Seigneur nous donne chacun à notre place la grâce de travailler à ce rayonnement infini de la vérité du Christ.
AMEN