L'ÉVANGÉLISATION

1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 2002)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'occasion de faire mémoire de saint François-Xavier nous permet de continuer à réfléchir à l'évangélisation, en écoutant la première lec­ture et surtout en entendant et en reprenant en mé­moire la manière dont les compagnons de saint Ignace se sont emparés de cette évangélisation. Je me rappelle toujours la manière dont saint François-Xa­vier écrivait, alors qu'il était encore à la Sorbonne à Paris, il disait : "J'ai très souvent eu l'envie d'aller dans les universités d'Europe, en criant à pleine voix comme un homme qui a perdu le sens, principalement à l'université de Paris, de dire en pleine Sorbonne à ceux qui ont plus de science que d'amour, de se met­tre à en tirer profit, sue leur insouciance est cause qu'un grand nombre d'âmes se détournent du chemin de la gloire". Il y a de la rage, de l'énergie dans ces hommes, François-Xavier, comme les autres qui ont entouré saint Ignace, à l'image même de saint Ignace d'ailleurs, une sorte de volontarisme qu'on retrouve, avec tout le respect que je leur dois, à la compagnie de Jésus, où il y a une sorte de jusqu'au-boutisme qui les caractérise et qui n'est peut-être pas la façon dont nous, nous pensons l'évangélisation. Mais il y a de la place dans l'Église pour tous les fous dont ils font partie, dont nous faisons aussi partie à notre manière, tant que nous ne sommes pas tièdes, soyons bien fous, dans l'évangile c'est ce que Dieu nous demande.

Toutefois, il y a, non pas chez François-Xa­vier, il y a une sorte d'erreur qui pourrait nous guetter en matière d'évangélisation. Nous pensons instincti­vement que quand nous savons, nous savons, donc les autres ne savent pas ! Il faut donc leur apporter un savoir. C'est vrai et faux à la fois. Tant que nous nous plaçons du côté du savoir, et que l'autre ne sait pas, la relation étant inégale, il y a de fortes chances que nous n'entendions pas une autre manière de faire qui est peut-être celle de l'évangile et qui n'est pas uni­quement d'apporter un savoir à ceux qui ignorent. Bien sûr, qu'il y a une part d'ignorance dans ceux qui ne connaissent pas encore l'évangile. Mais la manière de faire est aussi importante que le fait d'apporter une connaissance. C'est d'ailleurs pour cela que le caté­chisme, ce n'est pas de l'école, même si les enfants confondent l'école et le catéchisme. Le catéchisme est plutôt du côté de l'apprentissage d'un savoir-faire avec la vie, et d'un certain nombre de choses à l'école de Jésus.

L'évangélisateur, le missionnaire, le pasteur, devient l'égal de celui à qui il parle. Il est indien parmi les indiens, grec parmi les grecs, il est chinois parmi les chinois, il est pauvre parmi les pauvres, il est lépreux avec les lépreux, etc … C'est dans cette égalité de fraternité que peut s'entendre la Parole du Christ. J'ai en tête un exemple complètement idiot, mais comme souvent, les exemples idiots nous tien­nent la tête. J'ai eu un aumônier quand j'étais militaire, que je détestais et qui me détestait tellement d'ailleurs qu'il m'a mis au trou. Je ne vous raconte pas ma vie, mais j'ai quand même été au trou, ce n'était pas ma gloire, j'ai fait de la prison à cause d'un aumônier mi­litaire, qui est mort depuis, ce qui est ma seule consolation, parce qu'il avait absolument tort. Il n'avait qu'une phrase que je retiens de lui qui est peut-être la meilleure des phrases, et vous soyez que cela peut venir de partout, l'évangile, il disait : "Quand je parle à un général, je suis général, quand je parle à un lieutenant, je suis lieutenant." Il ne continuait pas, il s'arrêtait au lieutenant, c'est là le problème, ce qui était dessous, les sous-officiers, cela ne l'intéressait pas et cela m'agaçait beaucoup. Il avait au moins l'ambition d'être général avec les généraux, et lieute­nant avec les lieutenants. Il aurait fallu qu'il continue et qu'il soit frère avec les autres, soldat avec les sol­dats, etc … C'est là-dessus qu'on s'était un peu fâché et il m'avait renvoyé la balle durement du côté du règlement.

Que cet aumônier mort maintenant, qui arrive avec Jésus frère parmi les frères, en fils avec le Fils, nous permette avec humour, de comprendre que pour parler à l'autre de la Parole de Dieu, il faut pouvoir être à sa hauteur, et qu'on n'a pas à avoir d'orgueil d'avoir eu la chance de connaître avant lui le Christ.

 

 

AMEN