L'AVENT ET LA MISSION

1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 1994)
Samedi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e temps de l'Avent c'est très exactement le temps de l'Église, ce temps qui sépare l'As­cension du Seigneur de son retour à la fin des temps, c'est-à-dire ce temps pendant lequel le Sei­gneur ne cesse de venir, Lui qui déjà est venu. Et ce temps c'est le temps ou la victoire définitive a déjà été acquise par le Christ sur la croix, car nous sommes tous sauves par le sacrifice pascal de Jésus. Sur sa croix, le Christ a vraiment effacé tous les péchés du monde. Il a pris sur Lui tout ce péché du monde pour que son amour soit plus fort. La victoire donc est déjà acquise, et cependant nous sommes encore dans l'at­tente de l'accomplissement plénier de cette victoire.

Qu'est-ce qui peut bien manquer à la victoire du Christ pour qu'elle soit plénière ? Rien, bien en­tendu, car la Rédemption que Jésus a accomplie va au-delà, bien au-delà, infiniment au-delà de tous les péchés du monde, de tous les péchés de tous les hommes. Et il ne peut rien manquer à la perfection de ce salut que Jésus nous donne. La seule chose qui manque à ce salut déjà accompli, déjà acquis, c'est que nous nous laissions atteindre par lui, c'est que chacun des membres de cette communauté humaine dont Jésus a vraiment pris sur Lui les péchés, que Jésus a vraiment sauvée sur la croix, que chacun des membres de cette communauté humaine ouvre, libre­ment, son cœur à ce salut, ouvre sa vie à cette vie éternelle, se laisse prendre, se laisse emporter par l'immense élan de la Rédemption de Jésus. Ce qui manque donc à la Passion du Christ c'est seulement notre propre cœur, celui de chacun d'entre nous, celui de tous les hommes du monde. C'est pourquoi le temps de l'Église, ce temps que nous vivons, ce temps qui sépare l'Ascension du Christ du dernier jour, ce temps que l'Avent représente dans cette attente puis­sante, instante qui remplit nos cœurs, ce temps de l'Avent est le temps de la mission. Car précisément, ce qui nous est confié, c'est d'abord de faire parvenir l'annonce et la réalité de ce salut déjà acquis, non seulement à chacun d'entre nous, non seulement à ceux qui sont à côté de nous, mais à tous les hommes du monde entier.

C'est pourquoi l'Église a pour fonction fon­damentale, première, sur la terre, d'être missionnaire, c'est-à-dire d'annoncer la Bonne nouvelle, l'évangile du salut à toutes les nations, à toutes les langues, à toutes les races, à tous les peuples, et d'aller ainsi jus­qu'aux extrémités du monde pour que tous les hom­mes soient sauvés, ce qui est la volonté de Dieu, comme nous le dit saint Paul dans la première épître à Timothée. "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" mais il faut que ces hommes ouvrent leur cœur à ce salut. Et pour qu'ils puissent ouvrir leur cœur à ce salut, il faut que la Bonne nouvelle de l'amour de Dieu leur soit annoncée. Voilà pourquoi le cœur de l'Église ne peut pas ne pas être un cœur mis­sionnaire et voilà pourquoi tout chrétien doit sentir en lui cet immense désir de partager la Bonne nouvelle avec tous les hommes, avec tous ses frères.

C'est cela qui a rempli d'élan le cœur de saint François-Xavier, c'est la raison pour laquelle, comme tant d'autres, mais il est comme le symbole, le type même du missionnaire, c'est pour cela que saint Fran­çois-Xavier est allé jusqu'aux Indes, jusqu'au Japon et jusqu'aux portes de la Chine où il a rendu son âme à Dieu. Il est allé dans ces terres lointaines de l'Ex­trême-Orient pour que l'évangile de Jésus-Christ soit réellement annoncé à toutes les nations. Certes le travail qu'il a ébauché est loin d'être achevé. Il y a encore des milliards d'hommes qui ne savent pas vraiment que Jésus est leur Sauveur, qui ne savent pas entièrement qu'ils sont aimés de Dieu et que déjà la béatitude, le bonheur éternel leur est acquis. C'est pourquoi l'élan missionnaire de l'Église ne peut pas avoir de cesse et c'est pourquoi il continue à animer, au plus profond, la vie de l'Église. Il faut donc que, nous aussi, même si notre vocation nous maintient ici dans un pays de chrétienté ou prétendu tel, il faut que nous soyons remplis de ce désir missionnaire. Et d'ailleurs il n'est pas indispensable d'aller au loin comme saint François-Xavier pour avoir une action missionnaire car il y a beaucoup de païens à nos por­tes et pas seulement en Chine, au Japon ou en Inde. Dans notre propre quartier, nos propres maisons, nous avons à annoncer l'évangile, à être des témoins de cet évangile, non pas nécessairement par des discours, mais certainement par notre présence, par notre prière, par l'amour qui doit rayonner de notre cœur car c'est à l'amour que l'on nous reconnaît pour les disci­ples du Christ, à l'amour que nous avons les uns pour les autres, à l'amour que nous avons pour tous ceux qui nous entourent, à l'amour qui nous porte, avec délicatesse et avec attention, à tous ceux que nous rencontrons chaque jour. C'est à cet amour que l'on vérifiera la présence du Christ, la présence du salut du Christ. Que ce temps de l'Avent soit l'occasion de raviver en nous ce désir, cette volonté missionnaire de l'Église et de nous mettre au diapason du cœur du Christ pour être de vrais témoins de son amour Sau­veur.

 

 

AMEN