TROIS AMIS
1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 1988)
Samedi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous sommes en 1529 au collège Sainte Barbe à Paris. Un étudiant assez athlétique, Pierre Favre, berger savoyard, est monté à Paris pour faire des études. A l'époque, les étudiants (comme les professeurs) devaient travailler, tout en suivant des cours qu'il fallait payer. La vie d'étudiant n'était pas aussi facile que celle d'aujourd'hui. Les cours avaient lieu le soir, dans des petites boutiques et il fallait s'accrocher pour étudier, On faisait cela "pour le plaisir" (Cela peut-être aussi a changé...) Ce Pierre Favre est vite rejoint par un autre étudiant, François, de son nom de famille Xavier, qui est de Navarre. Un garçon extrêmement rêveur, un peu dans la lune, assez doux, avec au fond du cœur une ambition ardente. Très humilié par la ruine de sa famille qui avait été détruite, ses frères avaient été proscrits, il gardait comme une volonté de revanche sur la vie. Il avait voulu s'engager dans l'armée, mais sa santé s'y opposait. Alors, comme tout naturellement cela se faisait à l'époque, il se tourna vers l'Église. Mais avant de devenir "clerc", c'est-à-dire de recevoir une pension de l'Église, il commence ses études. Il n'est pas très doué pour cela et il faudra que Pierre Favre, très intelligent, l'aide en lui donnant, le soir, après les cours, des leçons particulières, surtout en physique.
Et puis arrive un troisième personnage en 1533, un personnage tout à fait pittoresque, Pierre et François ont autour de vingt ans, l'arrivant en a trente-trois, il boîte, il est espagnol, il se dit gentilhomme, ce qu'il est d'ailleurs, mais qui se dit mendiant, ce qu'il est aussi, et qui, en plus parle d'exercices spirituels. Il prêche une façon de changer son cœur pour atteindre Dieu. Il prêche un chemin pour rejoindre Dieu. François-Xavier commence par avoir un peu peur de ce troisième personnage, et en la présence de Pierre Favre, il n'écoute guère les conseils d'Ignace. Il faudra une circonstance particulière, le départ de Pierre pour un voyage en Allemagne, pour qu'Ignace et François-Xavier se retrouvent seuls et que François découvre, dans l'amitié profonde, la valeur de ce que prêche le futur saint Ignace
A ce cercle de trois amis vont se joindre quatre autres étudiants, qui dans la folie de la vie étudiante, vont faire un vœu qui est comme le printemps de la Compagnie de Jésus le vœu de vivre ensemble et de prêcher l'évangile avec audace, à travers le monde. Après de nombreuses péripéties, ils finiront par avoir l'assentiment du Pape qui fera appel à eux pour porter l'évangile dans les contrées lointaines. Et curieux paradoxe de l'humour de Dieu, c'est le moins fait pour cela qui va partir. On aurait pu croire qu'avec son expérience Ignace était le plus indiqué pour annoncer l'évangile aux "zoulous" de l'époque c'est-à-dire les Chinois, mais en fait c'est le plus rêveur et le plus doux, François-Xavier qui est envoyé là-bas. Pierre Favre sera envoyé ailleurs mais pas au Japon. François met un an pour arriver à l'île de Goa où il baptise trente mille personnes mais sans avoir le temps de les évangéliser, à l'époque on allait un peu vite en besogne ! mais il était très pressé d'aller au bout de son voyage et surtout d'atteindre cette Chine. Mais la mort le saisira aux portes de la Chine, avant qu'il ait même pu parler à un Chinois.
Ceci dit, la fécondité de François-Xavier a dépassé son espérance puisque ces contrées ont été évangélisées par la suite. Ce qui est bon de souligner en ce jour où nous fêtons ce saint plein de couleur et de pittoresque, très humain, comme si d'une vie étudiante était née toute une sainteté, toute une volonté de prêcher l'évangile, c'est de rejoindre l'audace et surtout la façon dont Dieu se sert des caractéristiques de chaque homme. Comme si chaque homme était l'occasion d'annoncer l'évangile d'une façon particulière. Il est vrai que François s'est usé à la tâche et qu'il est mort plus de fatigue et de maladie que d'autre chose. Mais il fallait peut-être aller jusqu'au bout dans cette ardente ambition qui rongeait son cœur pour venger un peu sa famille humiliée. Il a trouvé là non seulement l'honneur de sa vie, mais il a découvert l'honneur de Jésus-Christ. Et quand ces gens découvrent que ce qu'ils sont est moins important que ce qu'est Dieu, alors se met en place la véritable sainteté.
Pour nous qui sommes envoyés un peu partout, pour nous qui allons visiter les malades ayons au cœur le souci de ce qu'est Dieu, non pas de ce que nous sommes en face des malades, mais de ce qu'est Dieu pour eux, pour chacun d'eux. Et en nous effaçant, afin que nous ne soyons que des transporteurs de cette gloire, plus soucieux de la vie de Dieu dans les autres que de nous-mêmes. Demandons à saint François d'intercéder pour notre communauté paroissiale, pour sa présence auprès de ceux qui sont pauvres et démunis. Que nous soyons capable d'annoncer cette gloire qui est salut, qui est tendresse, qui est paix pour tous les hommes.
AMEN