HISTOIRE DE L'ÉGLISE

1 Co 9, 16-23 ; Mc 16, 15-20
St François-Xavier - (3 décembre 2009)
Jeudi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Jérusalem : Carmel du Pater

F

 

rères et sœurs, saint François-Xavier après avoir évangélisé les Indes, est mort aux portes de la Chine. D'autres prédicateurs ont pris le relais et ont essayé d'évangéliser l'immense empire chinois. Il y a eu des martyrs, il y a eu des convertis, mais l'immensité de ces territoires D'orient n'a pas été entièrement atteint par la prédication chrétienne. Nous savons aujourd'hui qu'il y a une Église en Chine, qui est sinon persécutée, du moins interdite par le gouvernement chinois actuel. Nous savons aussi qu'il y a des chrétiens au Japon, ils sont très nombreux en Corée et au Vietnam, Mais on est très loin encore d'avoir achevé l'évangélisation de ces pays d'Orient.

Je voudrais réfléchir avec vous, à grands traits, sur l'histoire de l'Église. Après la venue du Christ et l'envoi des disciples pour prêcher le nom de Jésus et le salut qu'il nous apporte, ce que nous pouvons lire dans les Actes des apôtres, ce que les douze ont réalisé, non seulement à Jérusalem mais dans les pays qui entourent, y compris à Antioche, saint Pierre et surtout saint Paul l'ont accompli tout autour du bassin Méditerranéen et tant Rome que la Gaule, l'Espagne, l'Afrique du Nord, sans parler de la Cappadoce et des pays d'Orient qui sont aujourd'hui sous la domination turque, tous ces pays ont été atteints par la Parole de Dieu.

Cela ne s'est pas fait sans un effort très considérable de l'Église, car il s'agissait de passer d'un évangile, d'une révélation faite en langue araméenne et hébraïque, faite surtout avec une mentalité sémitique et de passer de cette révélation à la traduction de cette révélation dans la langue grecque et latine qui était la langue des peuples de la Méditerranée. Ces peuples relevaient d'une culture et d'une vision du monde extrêmement différentes de celle des sémites chez lesquels avait été faite cette révélation. Il y a eu donc un considérable travail qui a pris plusieurs siècles et qui correspond à une période qu'on appelle celle des Pères de l'Église, parce que véritablement l'effort intellectuel et l'effort du cœur de ces hommes nous a engendrés dans la foi. Nous ne serions pas les chrétiens que nous sommes s'il n'y avait pas eu pendant des siècles des hommes pour habiter si profondément le message du Christ et qui puisse le retraduire dans leur langue, notre langue, sans le déformer et tout en le transfigurant, car on ne peut pas passer d'une culture à une autre sans un approfondissement du message.

On peut dire que le message de l'Église jusqu'à ce jour est le message de l'évangile et de la Bible traduit, transfiguré par son passage à travers la culture gréco-romaine. C'est le mariage de ces deux cultures qui nous a donné la foi telle que nous pouvons la vivre aujourd'hui. Il faut se rendre compte que les pays d'Extrême-Orient, l'immensité de la Chine, la profondeur humaine du Japon, les pays d'Orient n'ont pas encore dit leur dernier mot, car l'évangile ne les a pas encore transformés. Ils n'ont pas encore pu apporter à la traduction de cet évangile ce qui vient de leur culture qui est unique dans son genre, et qui n'a pas encore dit tout ce qu'elle avait à dire.

Il faut bien comprendre que ces Églises ont une mission très considérable qui est celle de donner les harmoniques de la révélation dans leur culture. C'est pourquoi nous devons prier intensément pour ces Églises, non seulement pour que les populations de Chine et du Japon, de l'Orient en général, parviennent à la vraie foi, mais aussi pour qu'ils nous aident, nous-mêmes, à approfondir notre foi dans ce que nous savons en dire, et ce que eux seuls pourraient nous apprendre, à savoir, comment traduire l'évangile dans la langue orientale, comme cela a été commencé dans la langue coréenne ou dans la langue vietnamienne.

Frères et sœurs, il y va là d'un grand avenir de la foi chrétienne, car de même que les choses se sont creusées et approfondies aux premiers siècles de l'Église, il y a encore la place pour une réflexion, un creusement de l'expression de notre foi. Que nous portions dans notre prière avec saint François-Xavier, ce souci de cet immense programme qui est de faire passer encore tout l'évangile et toute la révélation chrétienne à travers les mots de ces pays qui sont si différents de notre propre vocabulaire.

 

AMEN