SAINT JOSAPHAT DE VILNA

Ap 5, 1-10 ; Lc 18, 9-14
Josaphat de Vilna - (12 novembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

S

aint Josaphat de Vilna semble être un peu le parent pauvre de ces trois évêques que nous célébrons depuis lundi, c'est vrai que son dos­sier est très complexe. Saint Léon est une image assez bien connue de ce pape qui arrêta Attila aux portes de la ville de Rome. Saint Martin, n'en parlons pas, c'est quand même le plus grand saint évêque de France qui a donné son nom à beaucoup de villages. Ssaint Josa­phat de Vilna, on ne sait pas grand-chose de lui et quand on sait quelques petites choses, on se retrouve un peu à mettre dos à dos l'Église orientale et l'Église occidentale. D'abord, le premier prévenu qui est l'Église orientale qui assassine un évêque, ce n'est pas très glorieux, que d'agir de cette manière pour les orthodoxes en martyrisant ce pauvre Josaphat. Mais d'autre part, si les orthodoxes ont assassiné saint Jo­saphat, c'est peut-être aussi que son côté l'Église ca­tholique romaine ne s'est pas toujours comportée de la manière la plus claire et la plus sympathique envers l'Église orthodoxe.

Dans ce dix-septième siècle commençant, la situation est telle, que l'Église occidentale campe sur ses positions, elle considère qu'elle a la tradition, elle considère que la papauté, l'ordre de l'Église repose sur un homme, et de l'autre côté de la frontière il y a les armées orthodoxes qui campent et qui considèrent qu'eux aussi ont une longue tradition chrétienne qui repose non pas sur une unité administrative comme c'est le cas du côté de Rome, mais sur une multiplicité d'évêques qui ont souci de faire paître leur troupeau. Donc, on a des Église nationales, d'une certaine ma­nière. Le problème c'est que l'Église occidentale, l'Église romaine a tendance à vouloir imposer sa loi aux Églises orientales. Je crois que ce qui est très beau dans la figure de saint Josaphat de Vilna, c'est que cet homme va être comme ce publicain de la pa­rabole. Les autorités sont du côté du pharisien, elles sont là, elles montrent leur autorité et leur puissance, leur désir de gouverner le cœur des chrétiens, et il y a un homme là-dedans, saint Josaphat qui va faire ce que ne font pas les autres, il va écouter. Au lieu d'ar­river avec tout son bagage liturgique, et ses traditions, il va se mettre à l'école de ce publicain, se posant la question de savoir qui il est, se demandant sur qui compter, pour être sauvé. Il se demande aussi quel est le fond profond de sa prière. Saint Josaphat est quel­qu'un qui va découvrir la tradition de l'Église, et là, je fais sauter la barrière entre Orient et Occident, qui va découvrir la grande tradition de l'Église à travers les Pères de l'Église, en un temps où il n'y avait pas de barrière prononcée entre Rome et l'Orient. Même s'il y avait pas mal de problèmes, la circulation de la tra­dition et de la pensée théologique était plus grande et plus riche que cette situation de bloc est-ouest.

Saint Josaphat de Vilna est celui qui s'est mis à l'écoute tout simplement de la Parole de Dieu dans l'évangile, dans la Bible, et puis aussi puisant large­ment dans les commentaires des Pères de l'Église. Et c'est là qu'il a découvert que fondamentalement, le rôle du pape n'est pas de diriger une grande adminis­tration, il n'est pas un PDG, mais au contraire, il est celui qui préside à la charité. C'est sa grande décou­verte : celui qui est à Rome n'est pas là pour imposer sa volonté aux Églises nationales de l'Orient, mais au contraire, qu'il doit présider cette charité. Cette prési­dence repose en fait sur deux choses : premièrement, la découverte que le seul qui sauve, c'est Jésus. Et conséquence de cette découverte qui est à l'origine du salut, c'est que dans l'évangile il est demandé d'aller dans le monde entier annoncer l'évangile et baptiser. C'est ce que va faire saint Josaphat de Vilna. Décou­vrant qu'il est sauvé par Dieu et que cela est annoncé dans la grande tradition de l'Église à travers les com­mentaires des Pères de l'Église, il se met à cette école de la tradition et il va annoncer, là où il est, le salut de Dieu jusqu'à risquer sa vie et mourir pour Dieu.

Je crois que c'est là une très belle définition d'un évêque, et de ce qu'est l'évêque de Rome qui préside à cette charité, la découverte du salut person­nel que Dieu fait à chacun de nous et comment il nous est demandé ensuite, à nous chrétiens, de venir an­noncer à nos frères la présence de ce Dieu sauveur dans le cœur de chacun de nous. C'est ce que fait saint Josaphat en essayant justement d'unifier cette grande tradition de l'Église et il va jusqu'à mourir, tué par les orthodoxes.

Frères et sœurs, que cette histoire de cet homme qui n'a pas hésité à donner sa vie pour Dieu, nous enseigne que ce que le Seigneur nous demande, c'est de nous unifier. La véritable vie chrétienne et ce qu'un évêque doit faire dans le cœur de ses brebis, est d'apprendre à nous faire découvrir comment la vie chrétienne nous unifie autour ce cette mort et de cette Résurrection du Christ.

 

AMEN