LA MORT EST UN TÉMOIGNAGE

Ap 11, 1-12 ; Lc 19, 11-27
Josaphat de Vilna - (12 novembre 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

osaphat de Vilna que nous célébrons aujourd’hui est né dans l'orthodoxie. Il a vécu en Ukraine et c'était le moment au début du dix-septième siè­cle, où la frontière entre l'orthodoxie et la frontière avec Rome n'était pas nettement délimitée. Donc, Josaphat, très tôt, en lisant les Pères de l'Église, en ayant une formation religieuse personnelle assez ap­profondie, pensa que la communion avec Rome était vraiment un élément constitutif de la foi chrétienne. Et c'est pourquoi il passa de l'orthodoxie à l'Église des ukrainiens qui restait unie à Rome, et que depuis cette époque-là, d'ailleurs, on les appelle des uniates, c'est-à-dire des gens qui vivent dans un rite complètement différent, en l'occurrence, le rite slave, mais qui confesse la communion avec Rome.

Très vite, comme c'était un homme spirituel­lement et administrativement assez doué, à trente-sept ans il était évêque, et au cours d'une visite pastorale, à Vitebsk, il a été assassiné par ses anciens coreligion­naires orthodoxes. Cela n'a pas tellement arrangé les choses du point de vue de l'orthodoxie et nous, ainsi, comme on dit, il y a un certain nombre de cadavres dans le placard.

En attendant, la raison pour laquelle saint Jo­saphat a été canonisé, je crois qu'elle est simple. C'est parce que ce à quoi il a cru et voulu de tout son cœur, soit plus important que sa propre vie. Et ce qui était plus important que sa propre vie, c'était la possibilité de la communion et de l'unité de toutes les Églises avec Rome, comme l'Église qui préside à la charité. Donc, sa mort est véritablement un martyre, c'est-à-dire, un témoignage. C'est ce qui m'amène à penser que, bien sûr dans l'Église, on considère que la mort des martyrs explicite pour la foi, est considérée comme un acte spécifique, celui du témoignage par excellence, mourir pour la foi, à cause de la foi, à cause du fait de croire que l'unité des Églises est plus importante que tout, mais au fond, toute mort est un témoignage.

Je pense que c'est comme cela que nous le vi­vons tous. Bien sûr la manière dont quelqu'un affronte la mort est différente pour chacun. Il y en a pour qui c'est la mort abrupte dans un accident, on n'est témoin de rien, on les retrouve dans la carcasse de la voiture. Il y en a d'autres dont on a suivi pas à pas les derniers moments, les derniers jours, les dernières semaines, et je pense que pour nous qui les avons accompagnés, qui les avons connus, à ce moment-là, nous reconnaissons cette mort, et nous y reconnaissons un témoignage. Cela ne veut pas dire explicitement le martyre au sens où on l'entend formellement dans l'Église, mais si martyr veut dire témoignage, cela veut que dire que lorsque nos proches, ceux que nous avons aimés, meurent, ils nous donnent un témoignage. C'est littéralement un testament.

Je crois que c'est cela qui est grand pour nous, chrétiens. Quand nous gardons dans notre cœur le souvenir de quelqu'un, nous ne gardons pas sim­plement le souvenir au sens où nous nous repassons le film des moments heureux de la vie, ce qui est déjà bien. Mais nous relisons la vie de ceux et celles que nous aimons, comme un témoignage. C'est tout autre chose, car à ce moment-là, nous ne lisons plus la vie des gens, ou de ceux que nous aimons, comme leur vie, mais comme leur vie témoignant de l'amour du Christ en eux et par eux. Et ce qui est extraordinaire, c'est que, en fait, toute personne qui affronte la mort, le témoignage qu'elle nous donne, dit : je ne suis plus rien, je suis réduit à néant, par la mort, mais l'amour du Christ est plus fort. Je crois vraiment que c'est cela que nous gardons dans notre cœur à travers le visage de ceux que nous avons aimés, et qui nous précèdent, nous gardons en réalité le témoignage et le testament du Christ, c'est cela qu'ils nous donnent, c'est cela qu'ils nous livrent.

C'est pour cette raison que c'est une chose très grande et à la fois douloureuse et pénible, mais très grande, c'est de savoir lire dans le visage de celui ou de celle qui s'en va et que nous aimons, le témoignage même de l'amour de Dieu.

Alors, qu'en ce moment, où à la suite du deux novembre, dans ce temps de novembre, qui est le temps de l'automne, de tous les souvenirs, ce temps où nous sommes toujours plus ou moins marqués par la mort, et par le temps qui s'en va, que ce soit le moyen pour nous, à travers ce témoignage des martyrs, d'éclairer la mort de nos proches, de la reconnaître d'abord non pas comme leur vie, mais le moment où lâchant prise, ils disent, : je n'ai plus qu'une chose à vous livrer, je n'ai plus qu'une chose à donner, c'est le visage de Celui en qui je mets ma confiance quand je m'avance vers la mort.

 

 

AMEN