ROYAUTÉ DE SERVICE

Ap 20, 1-4 ; Lc 21, 20-33
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Elisabeth de Hongrie - Saint Brieuc

F

rères et sœurs, nous sommes invités aujourd'hui à méditer plus particulièrement sur la vie de sainte Élisabeth de Hongrie. Sans lui manquer de respect, on a envie de dire que sa vie est un petit peu comme celle de Cendrillon, elle a été profondément détestée par sa belle-mère, elle a eu un mariage heureux, des enfants. Malheureusement, son époux est mort trop tôt, persécutée par sa propre famille, elle est morte très jeune dans un dénuement assez important. Rajoutant à cela qu'elle avait choisi comme père spirituel un homme assez terrible Conrad de Hambourg, qui était un inquisiteur impopulaire et dont on peut dire qu'il n'y est pas allé avec le dos de la cuiller dans sa direction spirituelle.

Au-delà, je le reconnais, de cette vision assez succincte de sa vie, je voudrais relever quelque chose qui me semble très intéressant à la fois pour sa vie et pour la nôtre. Nous ne tirons pas assez les conséquences de la révolution opérée par saint François d'Assise. On peut dire qu'avant saint François d'Assise, la consécration d'un homme ou d'une femme à Dieu, passe principalement par le service de la liturgie et de la prière. Cela ne veut pas dire que les moines et les moniales ne s'intéressent pas aux pauvres, mais cela veut dire qu'en premier lieu, l'homme et la femme qui ont consacré leur vie à Dieu configurent leur vie à travers une vie de louange, une vie de prière, de chant et de liturgie. Le but est de se configurer à Dieu par l'intermédiaire de cette configuration à la liturgie qui remplit entièrement la personne même quand elle n'est pas à l'église et qu'elle travaille et fait œuvre de liturgie dans le sens plein du terme.

Or le treizième siècle est marqué nous le savons, est marqué par une révolution de type sociologique, avec l'engouement des villes, et cela va toucher aussi profondément le regard que les chrétiens vont avoir vis-à-vis de Dieu, de l'évangile, et même sur la manière de vivre justement cet évangile. Cette révolution c'est celle-là, la configuration à Dieu ne va plus passer principalement par la liturgie (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, cela ne veut pas dire qu'on ne va plus à l'église comme beaucoup de chrétiens aujourd'hui qui pensent que cela ne sert plus à rien), ce que je veux dire précisément, c'est que la médiation principale de la rencontre de Dieu va toujours passer par la prière, les chants et la liturgie, mais va surtout être accentuée dans la rencontre avec le plus pauvre et le plus petit. C'est cela la révolution de saint François, ce qui est très clair entre la règle bénédictine et d'autres règles de l'époque de saint Benoît dont on a gardé la trace, et celle de saint François, pour lui, la configuration au Christ passe avant tout par une liturgie qui est la rencontre et le service du plus pauvre.

Sainte Élisabeth de Hongrie là-dessus fait vraiment partie de ces révolutionnaires. Elle ne cesse de prier, mais en tant que reine, elle considère que sa vie chrétienne ne consiste pas simplement à régner. Elle considère en tant que reine, que sa vie chrétienne ne consiste pas à donner uniquement le surplus de sa fortune royale à des pauvres, et de continuer à vivre comme une reine. Elle décide de se configurer au Christ pauvre en se mettant au service des plus pauvres dans lesquels elle voit le Christ pauvre. Il paraît que sa belle-mère lui a dit qu'elle ressemblait à une vieille mule fatiguée (c'est une citation), quand elle se prosternait devant la croix du Christ et qu'elle était tout à fait incapable d'être reine. La belle-mère a tout faux, car Élisabeth en tant que reine a su mettre au service des plus pauvres sa royauté politique issue de sa descendance familiale, mais aussi sa royauté baptismale. Nous ne cesserons jamais de le dire et de le redire, à travers le geste de l'onction, le baptisé est prêtre, prophète et roi. Et à travers ce ministère royal que nous avons reçu nous avons nous aussi, non seulement à nous prosterner devant la croix comme Élisabeth le faisait si souvent, et qui refusait justement de porter sa couronne de reine parce que le Christ avait porté une couronne d'épines. Nous avons aussi à faire ce geste que le Christ a fait le Jeudi Saint, à nous mettre à genoux pour servir nos frères.

Frères et sœurs, essayons de redécouvrir que saint François et ses adeptes dont sainte Élisabeth de Hongrie, ont su opérer un mouvement révolutionnaire dans la société qui était la leur et que nous avons encore à nous inspirer de ce mouvement aujourd'hui dans notre société. La liturgie et le service du plus pauvre sont les deux faces de la même pièce, la configuration au Christ, le Christ qui se retirait pour prier le Père, et en même temps, il venait nourrir les foules de sa parole. Que nous aussi, nous vivions ce double mouvement de liturgie, de louange au Père et de liturgie au service des plus pauvres de notre société.

 

AMEN