DU PAIN ET DES ROSES

Ap 18, 1-2+9-11+21-24 ; Mc 13, 1-13
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La gratuité dans le don

 

 

F

rères et sœurs, nous faisons donc mémoire en ce jour d'Élisabeth de Hongrie, une jeune femme qui est née en 1207 et qui est morte en 1230. Elle est remarquable sur plusieurs points. D'abord je marquerai cela en rapport avec le texte apocalyptique que nous venons de lire, cette constance à laquelle nous sommes appelés : une jeune femme mariée à quatorze ans, qui tombe sur une belle-mère terrible et terrifiante, qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Son mari meurt, elle a quatre enfants, son beau-frère l'éjecte du trône de Hongrie, elle se retrouve matériellement à la rue. Il faut le retour des compagnons de son mari défunt en Hongrie, pour que son beau-frère accepte de reconnaître les enfants qu'elle avait eu avec le prétendant au trône.

Déjà, vous le voyez, c'est une jeune femme qui a beaucoup souffert au sein même de sa famille, et en même temps, elle a gardé cette constance dans la prière et aussi auprès des malades et surtout auprès des pauvres. C'est sa deuxième caractéristique : une princesse qui a découvert bien avant Vatican II qu'il était possible d'être laïque et d'aimer à la fois son mari et Dieu, qu'il était possible d'être laïque et en même temps d'être au service de l'Église, qu'il était possible d'être laïque et d'être au service de ses frères dans la charité et dans la prière.

Je m'attacherai simplement à un petit épisode qui a donné lieu aux caractéristiques qu'on attribue maintenant à sainte Élisabeth de Hongrie. Quand vous la voyez en statue, généralement elle porte dans un tablier un bouquet de roses et derrière elle, elle a une miche de pain. Qu'est-ce que cela veut dire ? Selon la tradition, son mari l'aimait beaucoup mais il était exaspéré par cette prodigalité et cette charité à tout crin qu'elle avait auprès des pauvres. Son mari un jour la croise sur une route, il voit qu'elle porte quelque chose dans le pan de son manteau. Il lui dit : "Qu'est-ce que c'est ? c'est encore du pain pour les pauvres ?" Elle ment, ce n'est pas bien mais elle et devenue sainte quand même, elle ment et dit : "Non, non, ce n'est pas du pain, ce sont des roses". Il lui dit : "Ouvre ton manteau". Elle ouvre son manteau, et ce sont des roses.

Au-delà de la petite histoire, je trouve qu'elle devrait nous faire méditer sur le sens de la charité et du service envers les autres. Soit, nous considérons que ce que nous donnons est de l'ordre simplement du nécessaire, c'est déjà très important, soit nous découvrons qu'au cœur même du don de ce qui est nécessaire, nous pouvons y mettre de la gratuité et de la fête car en soi, le pain devrait suffire et en même temps, ce pain ces sont des roses. Et qu'est-ce que ces roses et des fleurs si ce n'est quelque chose qui ne sert à rien ? On a besoin d'eau, on a besoin de pain, on n'a pas besoin de roses. Et je crois que c'est ce que nous dit ce petit passage de transformation du pain en roses et en fait, c'est profondément eucharistique. Parce que vous le savez, l'eucharistie qu'et-ce que c'est ? C'est le pain en tant qu'aliment nécessaire, et ce n'est pas l'eau en tant que boisson nécessaire, c'est le vin en tant que boisson gratuite et boisson festive.

Frères et sœurs, que sainte Élisabeth de Hongrie soit pour nous l'occasion de réfléchir sur le don que nous faisons aux autres sur cet acte de charité, que ce soit en visitant des malades, que ce soit en donnant matériellement quelque chose à un pauvre, qu'est-ce que nous faisons ? Est-ce que c'est simplement un acte de première nécessité ? je le répète, ce n'est déjà pas mal, ou est-ce que nous sommes capables au cœur de cet acte de première nécessité d'y mettre toute la gratuité, l'aspect festif de la rencontre avec notre prochain ?

 

 

AMEN