LA VIGILANCE ÉVANGÉLIQUE

Ap 20, 1-4 ; Lc 21, 34-38
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

I

nlassablement, l'Église nous invite à la vigilance. Pourtant, la vigilance n'est peut-être pas une vertu souvent proposée. Par exemple, pour l'automobiliste, on lui recommande la prudence, on lui demande de modérer sa vitesse, on lui demande de mettre une ceinture de sécurité. Mais si l'on y réfléchit un peu, on s'aperçoit que ce n'est pas la prudence qu'il faut pour conduire une automobile, mais bien plutôt la vigilance. Conduire une automobile réclame de la part du conducteur, une attention de chaque instant. Impossible de s'endormir, ne serait-ce qu'un instant, impossible de faire comme si tous les panneaux qui sont au bord de la route n'existaient pas. Nous sommes invités à une vigilance, et c'est différent de la prudence. Mais la conduite de l'automobile n'est pas la seule manière d'exercer notre vigilance, c'est vrai aussi pour la conduite d'un vélo, mais c'est vrai aussi pour beaucoup de métiers qui réclament justement une attention très particulière, qui se distingue de la prudence. C'est vrai aussi d'un artiste, d'un musicien dans l'orchestre qui doivent veiller aussi à s'accorder avec les autres, et à suivre le chef d'orchestre.

La vigilance est un peu mise de côté alors qu'à mon avis, elle est dynamique, elle est activité, elle est sollicitation de tout notre être. On valorise la prudence, mais qui serait plutôt du côté de la conservation, du côté de la réflexion, et on oublie de valoriser cette vigilance. Pourtant, l'évangile nous exhorte à la vigilance. Notre vie, c'est un peu comme un chemin, comme une route, nous avons à mener notre vie avec cette vigilance, avec cette capacité active d'attention pour éviter de tomber dans des pièges de la tentation, de l'illusion, du désespoir, pour avancer et mener notre barque. Mais la vigilance est en quelque sorte le cocher des vertus. C'est cela qui nous sollicite, nous entraîne, nous fait avancer, et qui en même temps parfois aussi nous fait nous retenir mais avec une activité plus grande qu'avec une simple prudence.

C'est, je crois, ce qui a caractérisé la vie de sainte Élisabeth de Hongrie. A vue humaine, elle a complètement manqué de prudence. Déjà du vivant de son époux, elle avait commencé à vendre l'argenterie pour donner le produit aux pauvres, et quand son époux est mort, elle est carrément partie sur les routes, vendre tout ce qu'elle avait pour fonder un hôpital et pour s'occuper des pauvres. A vue humaine, la vie de sainte Élisabeth de Hongrie a complètement manqué de prudence, mais au plan de l'évangile, elle a été d'une extrême vigilance par la qualité de sa prière et par le souci qu'elle a eu des plus pauvres.

Accueillons donc au cours de cette eucharistie, cette vigilance dans nos vies, pour que nous soyons, comme le dit Claudel " des invités à l'attention".

 

 

AMEN