UNE AUTHENTIQUE FÉMINITÉ

Ap 14, 1-7 ; Lc 20, 27-40
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


J

e n'aurai pas la prétention de démêler cette pro­blématique concernant la résurrection et de cette pauvre femme qui passe dans les bras de plu­sieurs maris, simplement, je vais peut-être essayer de faire fonctionner à la fois cette sainte que nous célé­brons aujourd'hui, Elisabeth de Hongrie avec cet évangile.

Je crois que ce qui est intéressant dans cet évangile, c'est la manière dont les sadducéens pensent l'immortalité. D'une certaine manière, les saducéens qui ne croyaient pas en la résurrection réfléchissaient sur la manière dont l'immortalité pouvait être propo­sée à l'humanité. Et l'immortalité pour l'humanité, c'est la capacité d'engendrer, de faire des enfants. C'est le seul moyen pour lutter contre la mort, engen­drer des enfants afin que les enfants engendrent à leur tour, et ainsi de suite, de cette manière la race pourra se perpétuer. Dans cet évangile souvent on retient le côté dramatique du mariage présenté par Jésus qui semblerait déconsidérer le mariage, puisqu'on se ma­rie sur terre et après, il n'y a plus de mariage. En fait, si on lit bien l'évangile, ceux qui déconsidèrent le mariage, ce sont les sadducéens et non pas Jésus. De même, ceux qui déconsidèrent le plus la femme et la féminité, ce n'est pas Jésus, mais ce sont les saddu­céens. La raison pour laquelle ce sont les sadducéens qui déconsidèrent le plus la femme, c'est tout simple­ment parce que la femme dans leur vision des choses, pardonnez-moi l'expression, la femme est résumée à une poule, c'est-à-dire que comme la poule doit pondre des œufs, la femme chez les sadducéens a pour fonction de pondre, engendrer des enfants, un point c'est tout. Dans cette vision, la femme n'est qu'une reproductrice et l'on ne lui demande pas plus.

Alors que Jésus, alors que la vision chrétienne et la vision pharisienne qui est tournée vers l'espé­rance de la résurrection, alors ce que propose l'idéal évangélique des franciscains est totalement à l'opposé de cette vision. La femme n'a pas pour fonction uni­quement de reproduire des enfants d'une manière biologique. En fait, la fécondité de la femme n'est pas que biologique, elle est aussi spirituelle. Dans cet évangile, on voit très bien que ce que Jésus propose à l'humanité c'est tout un jeu de vis-à-vis. J'ai envie de parler de trois vis-à-vis.

Le premier vis-à-vis qui se résume à cette fé­condité biologique, fécondité très restreinte pour la femme, c'est le côté des sadducéens, en gardant peut-être dans notre esprit, ce fameux texte de la Genèse présentant la création de la femme dans lequel Dieu dit : je vais créer un vis-à-vis pour l'homme. Bien, ce premier vis-à-vis est très restreint.

Ensuite, il y a un autre vis-à-vis qui est pro­posé par Jésus, le vis-à-vis de la femme qui joue avec le regard vis-à-vis de l'homme de la femme et de Dieu. Cette fois-ci la femme n'est pas uniquement restreinte sans un rôle biologique, mais elle a fonda­mentalement un lien de regard, c'est-à-dire qu'elle est à égalité avec l'homme et que le visage de Dieu se reflète à la fois dans le visage de l'homme et dans le visage de la femme. D'une certaine manière, ce visage de Dieu qui transparaît dans le visage de la femme et de l'homme, va éclater à la mort, quand chacun l'homme et la femme, pourront regarder ensemble le visage de Dieu qui s'offre à eux dans le Royaume de l'éternité.

Le troisième vis-à-vis, c'est celui que nous célébrons aujourd'hui, le vis-à-vis d'une femme ma­riée très jeune, à quatorze ans, et qui va jouer ce rôle de vis-à-vis avec les pauvres. En fait, pour moi, quand j'entends le travail de charité que Élisabeth de Hon­grie fait auprès des plus pauvres, auprès des nécessi­teux, j'ai toujours dans ma tête encore ce texte de la création de la femme, c'est-à-dire que l'homme dans sa création, est dans un besoin. Il cherche quelqu'un qu'il ne trouve pas ! Alors, Dieu fait défiler les élé­phants, les girafes, ce que vous voulez, mais il lui manque quelqu'un, justement comme au pauvre au­quel il manque le regard de Dieu. Elisabeth de Hon­grie est cette femme qui fondamentalement va être ce visage de Dieu auprès des plus pauvres. Ce n'est pas n'importe quel visage, c'est le visage de la miséricorde qui est pour moi le visage de la féminité. Quand on parle de Dieu et de sa miséricorde, on emploie en hébreu un terme très précis, qui est le terme qui dési­gne les entrailles, et qui est un terme fondamentale­ment féminin.

Je crois que ce qui est très beau dans cette célébration aujourd'hui dans laquelle nous faisons mémoire d'Elisabeth de Hongrie, c'est que justement, c'est le visage de la miséricorde, et donc le visage de la féminité de Dieu qui est célébré à travers le visage d'une femme.

Frères et sœurs, quand nous pensons à la fé­condité, plus particulièrement à la fécondité de la femme, il ne s'agit pas de dire qu'il ne faut pas enfan­ter des enfants, mais il s'agit de comprendre que l'en­fantement biologique seul n'est rien. Le véritable en­fantement est à la fois un enfantement biologique et un enfantement de la manière dont je suis capable moi, de faire advenir l'autre à la vie, exactement comme Adam qui ne savait pas qui il était, est advenu à la vie en découvrant le visage de celle qui lui était envoyée par Dieu. C'est cela que nous célébrons, la charité, la miséricorde, cette activité que Dieu nous donne au fond de notre cœur afin que nous puissions en rassasier ceux qui nous entourent, ceux qui sont dans le besoin.

 

 

AMEN