SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE

Ap 17, 1-7+ 9 b+18 ; Lc 19, 28-40
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 1995)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

a princesse qui s'était mise au service de Dame Pauvreté. Frères et sœurs, comme je vous l'ai dit en commençant cette eucharistie nous faisons mémoire aujourd'hui de sainte Elisabeth de Hongrie, une princesse fille de roi, qui fut fiancée à l'âge de quatre ans et mariée à quatorze avec le roi, qui n'était d'ailleurs pas son fiancé, mais le frère cadet de celui-ci qui était mort. Elle a eu trois enfants et elle s'est trouvée veuve à vingt ans. Elle a alors embrassé une vie de pénitence, une vie humble au service des pauvres. Une trajectoire extrêmement rapide puisqu'elle est morte à vingt-quatre ans. Une espèce de comète, comme un éclair en cette figure d'Elisabeth de Hongrie. Elle n'a pas défrayé la chronique, sinon celle du Ciel. Elle aurait pu paraître dans le "Points de Vue-Images du Ciel", mais pas dans celui du monde. Elle a su donner toute sa vie, refusant le remariage à la mort de son mari, refusant même d'entrer dans un couvent, car son lignage c'était le Christ et elle l'avait rencontré plus spécialement dans les pauvres. Le Christ était son roi, un roi humble, monté sur un ânon, acclamé par la foule.

Quelle est donc l'originalité de cette sainte Elisabeth de Hongrie ? Quand elle était reine, elle menait une vie évangélique toute simple avec son mari, mais en l'absence de celui-ci, elle s'habillait à la manière de Saint François, avec des habits très pau­vres, très dépouillés. En présence de son mari, elle s'habillait pour lui car elle l'aimait vraiment, elle avait vraiment la vocation du mariage. Mais lorsqu'à la mort de son mari elle a voulu entrer au couvent, elle n'est pas entrée dans un de ces couvents peut-être un peu mondains, elle a suivi un autre fou, saint François d'Assise. Elle a ouvert un hôpital tout simple, tout pauvre, pour accueillir les plus pauvres. Et comme à Claire d'Assise qui est sa contemporaine, on lui a re­fusé la mendicité. Voyez cette reine qui aurait été frapper aux portes pour recueillir de la nourriture pour les pauvres. Voyez, en ce treizième siècle (car elle est contemporaine de saint François et de saint Domini­que), cette passion pour la pauvreté volontaire, pour le dépouillement. Assez extraordinaire ! Une sainte donc qui n'a pas voulu fuir le monde, qui n'a pas voulu fuir ses tâches. On dit que lorsqu'elle était reine, elle avait aussi un sens très aigu de l'injustice collective dont souffraient les plus pauvres.

Je n'ai pas de parole de sainte Elisabeth de Hongrie à vous confier aujourd'hui. Je n'en ai pas trouvé. Mais j'ai découvert cet été une petite jeune fille qui est morte également très jeune, vers vingt-quatre, vingt-cinq ans, qui est hongroise comme sainte Elisabeth et qui a su poursuivre la mission que sainte Elisabeth a eue au treizième siècle. Car je crois que les saints et nous tous par notre baptême, nous avons une mission et que cette mission ne s'arrête pas forcément à la mort. C'est ce que nous apprend Thé­rèse de Lisieux quand elle nous dit qu'elle continuera à faire du bien au ciel sur la terre. Je crois que sainte Elisabeth de Hongrie a d'une certaine manière conti­nué son oeuvre auprès des plus pauvres et qu'elle l'a fait spécialement à travers cette petite jeune fille qui s'appelait Monica Timar.

Monica Timar n'est pas canonisée. Elle a vécu à une époque un peu charnière puisqu'elle est morte en 62 (contexte de 56 et retour des Russes en terre de Hongrie). Elle vivait dans une petite fraternité sécu­lière de jeunes filles qui, tout en continuant leur tra­vail, menaient une vie de prière sous la Règle béné­dictine. Ce qui m'a frappé chez Monica Timar, c'est qu'elle n'avait absolument pas d'aversion pour le monde. Elle aimait aller au cinéma, elle aimait la litté­rature. Elle aimait ce monde, elle était en plein cœur de ce monde. La situation était pourtant très difficile puisque le Père qui avait fondé cette petite commu­nauté était emprisonné. La mère supérieure l'était aussi. Et c'est cette petite Monica qui, à vingt-deux ans, va devenir en quelque sorte la supérieure de cette communauté toute simple. Comme Elisabeth de Hon­grie, elle va aussi s'occuper des plus pauvres.

Alors, comme je n'ai pas pu vous donner de phrases d'Elisabeth de Hongrie, je vais vous en confier deux de Monica Timar. Elles correspondent bien me semble-t-il à sainte Elisabeth.

La première : "Je ne crois pas que la souf­france nous fasse grandir plus que l'Amour. D'ail­leurs, ce que je veux, ce n'est pas grandir ou non, mais seulement me donner". Ce qui me frappe ici, c'est l'étonnant discernement de cette petite Monica Timar.

La seconde : "Avec Dieu on ne marchande pas. On se donne et puis voilà. Marchander c'est déjà discuter égal à égal et le Christ n'a pas marchandé son Amour pour nous".

 

 

AMEN