UN SI PETIT BOURGEON
Ap 18, 9-24 ; Lc 21, 20-33
Elisabeth de Hongrie - (17 novembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Que de promesses !
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rères et sœurs, laissons de côté le paysage dévastateur et presque grandiloquent de l'évangile et attachons-nous juste à un petit extrait, le fait que nous soyons invités à regarder les bourgeons. Aujourd'hui, nous sommes vraiment invités à regarder un bourgeon extraordinaire. Je crois que nous ne connaissons pas assez la vie d'Élisabeth de Hongrie. Cela ne sert à rien de faire des comparaisons avec d'autres saintes qui sont mortes extrêmement jeunes, mais Élisabeth de Hongrie a tout fait, et elle est morte à vingt-quatre ans. Elle a été princesse, mère de famille et elle a été tertiaire franciscaine. Ce petit bourgeon qui éclate dans le milieu du treizième siècle, puisqu'elle est née en 1207, ce petit bout de femme révèle en elle tous les grands axes que l'on va retrouver dans l'Église du vingtième siècle et notamment avec Vatican II. Je m'explique.
Née en 1207, elle a épousé en 1221, à quatorze ans le Landgrave Louis IV de Thuringe, et si elle n'a jamais été formellement reine, elle était princesse de Thuringe. C'est une femme et ce n'était pas de coutume à l'époque, qui n'a pas fait un mariage de raison, un mariage politique, mais ils se sont vraiment mariés par amour. Et là, on voit déjà ce que l'Église du vingtième siècle rappelle : l'amour qui est au cœur du couple. Non seulement elle s'est mariée par amour, mais en plus, elle ne vivait absolument pas cette union conjugale comme écartelée entre d'un côté l'amour de Dieu et de l'autre, l'amour de son époux. En fait, elle avait compris que Dieu était la valeur suprême et inconditionnelle qui alimentait tous les autres amours. Elle puisait dans l'amour de Dieu l'amour qu'elle offrait à son époux, tout l'amour qu'elle offrait à ses enfants, l'amour qu'elle offrait aux pauvres. Là, on retrouve quelque chose qui est maintenant extrêmement présent dans la théologie du mariage telle qu'elle est présentée aux fiancés qui se préparent au sacrement de mariage.
Non seulement elle a refusé de choisir Dieu ou de choisir son époux, mais Élisabeth de Hongrie a su aussi vivre pleinement l'action et la contemplation. On retrouve encore ce grand axe qui est développé dans notre Église aujourd'hui : nous n'avons pas à choisir entre l'amour de Dieu et l'amour des autres. C'est une femme là aussi qui a su, à la fois, être Marthe et Marie.
Et ensuite, Élisabeth de Hongrie a découvert que sa condition de princesse ne la mettait pas par-dessus les pauvres. A l'époque, c'était très mal vu. Maintenant, nous sommes tous en admiration quand certaines princesses vont à l'autre bout du monde pour s'occuper des petits africains, mais sainte Élisabeth de Hongrie l'a fait bien avant Lady Diana et à son époque, cela ne se faisait pas. Élisabeth de Hongrie princesse a véritablement envisagé sa fonction de princesse comme servante auprès des plus pauvres.
Je continue à relire cette vie d'Élisabeth de Hongrie à l'aune de Vatican II. C'est une femme qui a voué sa vie à Dieu après la mort de son époux. Là aussi ce qui est très important, c'est qu'elle a voulu vivre une vie religieuse sans clôture stricte, dans le monde, près des pauvres. Ce n'était pas acceptable à son époque, et nous savons que sainte Claire d'Assise avait voulu le réaliser, mais elle n'en a pas eu la possibilité. Et par cette vie de service des pauvres en tant que religieuse au cœur du monde, Élisabeth de Hongrie est précurseur de toutes ces congrégations féminines qui se sont développées bien des siècles après mettant au service des plus pauvres, cette charité.
Frères et sœurs, que cette vie d'Élisabeth de Hongrie soit pour nous l'occasion de méditer sur notre difficulté à joindre les deux bouts, si vous me passez l'expression ! Nous pensons souvent que notre vie chrétienne est comme écartelée, nous pensons quelquefois que nous sommes obligés de choisir, mais ce qui est extraordinaire chez cette femme, c'est qu'elle n'a jamais choisi entre quelque chose et quelque chose d'autre. Elle a toujours su chercher à vivre au maximum cette communion, cette vie évangélique au cœur d'une société où ce n'était pas encore vraiment à la mode. En ce temps où justement l'Église nous invite à entrer en communion avec ces extrêmes, je crois que nous avons le pain et le couteau pour le faire, et que Élisabeth de Hongrie est celle qui peut véritablement nous aider à vivre cette communion et cette union.
Au cours de cette eucharistie, nous nous confions à sa prière pour que nous puissions vivre ce que nous avons reçu à notre baptême. Élisabeth de Hongrie était princesse, mais elle a vécu pleinement ce qu'elle a reçu à son baptême, ce moment où le prêtre fait l'onction d'huile sur le front du nouveau baptisé en disant tu es prêtre, prophète et roi. Élisabeth de Hongrie a vécu pleinement cette dimension de servante qui est liée à notre condition baptismale.
AMEN