NOTRE SAINTETÉ C'EST LE RÊVE DE DIEU
Jn 15, 5-17
Vigiles de la Toussaint - Année A (1er novembre 1993)
Homélies du Frère Jean-Philippe REVEL
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uand nous pensons à la sainteté, nous pensons d'ordinaire à une certain nombre, d'œuvres à accomplir, à une certain code qu'il faut respecter, à une panoplie de vertus qu'il faut exercer. Pourtant la sainteté n'est pas d'abord une œuvre à faire, la sainteté n'est pas d'abord quelque chose à accomplir, elle est d'abord notre propre accomplissement. Etre saint c'est être pleinement ce que nous devons être, c'est découvrir cette place d'honneur à laquelle nous sommes conviés, c'est arriver à une certaine adéquation avec le secret profond de notre être.
Mais cette sainteté, cet accomplissement de nous-même, cette adéquation de nous-même avec ce que nous devons être ne peut pas être une œuvre solitaire. Nous ne pouvons pas être saint tout seul. Nous sommes saints dans l'harmonie, dans la symphonie, dans la plénitude de la sainteté répandue en chacun de nos frères. Et la sainteté de chacun rejaillit sur la sainteté de tous les autres. C'est un petit peu comme ces mobiles dans lesquels les différents éléments de la construction dépendent tellement les uns des autres que si l'on déplace l'un d'entre eux, tous les autres doivent retrouver leur équilibre pour compenser le déplacement de celui qui a été touché. Il en va ainsi dans la sainteté. La sainteté n'est pas une œuvre individuelle, elle est l'œuvre de toute l'humanité, de toute la communauté humaine. La sainteté c'est une procession de tous les hommes en marche vers un accomplissement qui est l'accomplissement de chacun d'eux dans l'accomplissement commun de tous. Car nous ne pouvons être pleinement nous-même, nous ne pouvons occuper notre place que si cette place se définit exactement par la place des autres et si les autres remplissent eux aussi la place qui est la leur et qui se définit mutuellement avec la nôtre et celle de tous les autres.
C'est en parvenant à notre plénitude que nous permettons à ceux qui nous entourent de parvenir à leur plénitude et c'est dans la mesure où ceux qui nous entourent parviennent à être eux-mêmes que nous devenons, nous aussi, cohérents avec notre propre destinée que nous occupons véritablement la place qui est la nôtre. Car toutes ces places se définissent mutuellement et s'entraident dans leur mutuelle découverte. Non seulement la sainteté est un accomplissement de notre être, non seulement la sainteté est une œuvre d'accomplissement mutuel, d'accomplissement communautaire, d'accomplissement de toute l'humanité, mais cette sainteté n'a de sens que parce qu'elle dépasse ce que nous sommes et ce que l'humanité tout entière est capable d'être. Car notre véritable place n'est pas ce que nous avons imaginé, ce que nous avons rêvé, ce que nous avons désiré, ce que nous avons voulu, notre place véritable, notre réalité profonde, ce n'est pas ce que nous, nous nous sommes efforcés de devenir, ce que nous avons essayé de conquérir et d'acquérir.
Notre vraie place, notre vraie plénitude, notre vraie sainteté, et cela est vrai de chacun d'entre nous et de tout l'ensemble de notre humanité, notre sainteté c'est le rêve de Dieu, le désir de Dieu, le dessein de Dieu sur chacun d'entre nous et sur la totalité de nous et de nos frères. Et ce dessein de Dieu dépasse de toutes parts non seulement ce que nous pouvons souhaiter mais encore ce que nous pouvons imaginer.
La sainteté c'est "ce que l'œil de l'homme n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté du cœur de l'homme" parce que la sainteté dépasse de toutes parts l'œil, l'oreille, le cœur, l'esprit, le désir même le plus profond de l'homme. La sainteté c'est le désir de Dieu. La sainteté c'est ce que Dieu veut pour chacun d'entre nous et pour la totalité de l'humanité que nous constituons tous ensemble. La sainteté c'est ce que Dieu, au moment de créer l'humanité, au moment de façonner avec les mains de son amour cette humanité encore à naître, c'est ce que Dieu a désiré pour l'humanité. C'est pour cela que la sainteté est notre accomplissement parce qu'elle est l'adéquation de nous-même non pas avec notre projet, non pas avec notre nature, mais avec le dessein de Dieu sur nous. Elle est l'adéquation de nous-même avec le projet de Dieu. Et le projet de Dieu c'est que nous participions a son bonheur, c'est que nous participions à sa propre plénitude, c'est que nous devenions Dieu avec Lui dans un commerce, dans un échange, dans une intimité si profonde si profonde que nous puissions lui parler face à face, que nous puissions nous adresser à Lui comme le Bien-Aimé parle à sa bien-aimée, que nous puissions parler à Dieu d'égal à égal. Voilà le projet de Dieu. Il nous a voulus pour cela, Il nous a façonnés pour cela.
Alors la sainteté c'est bien autre chose que d'accomplir tel ou tel précepte, c'est bien autre chose que de remplir tel ou tel code de lois, c'est bien autre chose que d'ajouter vertu à vertu. La sainteté c'est rechercher, au tréfonds de notre cœur et au-delà du tréfonds de notre cœur, dans les tréfonds du cœur de Dieu, son désir, son dessein, sa volonté. Accomplir la volonté de Dieu, cette volonté de bonheur, cette volonté d'amour, cette volonté de plénitude, cette volonté de partage entre Lui et nous.
Voila pourquoi nous sommes tous appelés à la sainteté, non pas à une sainteté folklorique, non pas à une sainteté de légende, mais à cette sainteté toute simple et toute profonde qui est notre place irremplaçable et unique dans ce dessein merveilleux que Dieu a conçu à l'aurore de l'univers, au moment où toutes choses sont jaillies de son cœur pour réaliser cette merveille qu'Il avait conçue, pour que, peu à peu, malgré nos limites, nos pauvretés et nos faiblesses, nous parvenions à trouver notre place dans cette symphonie qui sera la gloire de Dieu et notre propre gloire.
AMEN