LA COMMUNAUTÉ DE TÉMOIGNAGE
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 2010)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Lavaudieu : Saint André
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rères et sœurs, de l'apôtre André, nous ne connaissons que le nom, car s'il est mentionné plusieurs fois dans les évangiles, pas très souvent d'ailleurs, chaque fois, il est nommé en duo avec un autre apôtre : "André, le frère de Simon Pierre". Ensuite : "Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre". Quand les grecs veulent voir Jésus, ils demandent à Philippe qui fait venir André avec lui, et ils vont ensemble voir Jésus.
C'est assez intéressant, car c'est toujours en associé qu'André intervient. Dans les autres récits de vocation qui se situent sur les bords du lac, là aussi, André est l'associé des autres apôtres, notamment de Pierre, pour l'entreprise de pêche. Evidemment, cela ne nous dit pas grand-chose sur la spécificité de son caractère, sur ses occupations favorites, et sur son identité profonde. Pratiquement, on ne le voit que dans le sillage ou à l'ombre des autres.
Cependant, il y a quelques petits indices qui sont éclairants : le fait qu'il s'appelle André. Comme vous l'avez remarqué, dans le groupe des disciples, des douze, il n'y a que deux disciples qui portent des noms grecs : André et Philippe. Philippe, son nom veut dire : celui qui aime les chevaux, cela n'avait pas une grande portée religieuse, tandis qu'André veut dire : le viril, le courageux, l'homme qui a de la vertu au combat. On peut penser comme c'était souvent la mode à l'époque, qu'André avait un nom grec parce que ses parents ou lui-même avaient transcrit son nom hébreu en grec. Cela se faisait beaucoup à l'époque, et André de ce point de vue-là est très proche de Gabriel qui veut dire : le combattant, le héros, l'homme de guerre. Mais en même temps cela témoigne du fait qu'André étant originaire de ce village de Bethsaïde, donc de Galilée, et que ces villages comme Capharnaüm d'ailleurs, avaient une population mixte. Il y avait des grecs et des juifs. Des grecs, plus exactement, des parlant grec, on ne sait pas toujours si ces parlant grec étaient autres que des juifs, mais toujours est-il qu'on se trouve dans une situation, de bilinguisme. Des villages comme Capharnaüm et Bethsaïde, on y entendait aussi bien parler grec que parler araméen, car on ne parlait pratiquement plus l'hébreu. Il est possible qu'André ait fait partie de ces familles dans lesquelles où tout en étant juif, on parlait la langue grecque parce que c'était sans doute plus commode pour les affaires commerciales et peut-être tout simplement parce que le grec était l'anglais de l'époque dans la région et que tout le monde le parlait plus ou moins couramment.
C'est cela André, un milieu un peu composite, un milieu ouvert, sur le monde grec et on comprend, même si l'on n'a pas de preuves, que la légende qui l'a rattrapé en fasse l'apôtre de la Grèce de l'époque, ce qu'on appelait la province romaine d'Achaïe, c'est-à-dire le territoire qui dépendant de Corinthe. C'est là qu'on situe son martyre. Comme le disent les lectures la région de l'Achaïe est une région particulièrement rebelle à la foi, on ne sait pas exactement pourquoi, est-ce que c'est la réputation de Corinthe qui leur avait voulu cela ? Toujours est-il qu'assez naturellement, André, un parlant grec avait finalement hérité du poste d'évangélisateur de cette région-là. C'est aussi pourquoi lorsque Byzance est devenue Constantinople sous l'empereur Constantin, on comprend qu'André étant le frère de Simon Pierre, et l'Église de Rome ayant tout le prestige de l'apôtre Pierre, on ait voulu donner à la ville de Constantinople la nouvelle Rome le prestige d'avoir comme fondement l'apôtre André, celui dont on a traditionnellement gardé les reliques à Constantinople. Vous le voyez, le personnage est en lui-même assez peu lisible, il est même d'une discrétion extraordinaire.
Mais je voudrais attirer votre attention sur un petit détail. Si André n'apparaît qu'en liaison, avec les autres, cela a une conséquence extrêmement profonde. A l'intérieur même du groupe des douze, ils sont à comprendre les uns par rapport aux autres. Bien entendu, ils sont à comprendre d'abord par rapport à Jésus puisqu'ils sont ses disciples, mais en même temps, aucun apôtre ne détient pour lui seul la totalité de la vérité de la révélation. En fait, ils sont tous là les uns les autres, pour s'appuyer, s'épauler, dans le témoignage qu'ils donnent. Le témoignage de la foi a toujours été appelé le témoignage apostolique et on a voulu dire par là que ce n'est pas le témoignage de l'un ou l'autre apôtre, mais que c'est le témoignage du collège des apôtres eux-mêmes s'étayant, s'édifiant et se fondant les uns les autres dans la communauté de leur témoignage.
Je pense que c'est cela qu'on est appelé à méditer de façon plus précise. C'est vrai que pour beaucoup des apôtres il n'y a pas beaucoup de détails dans l'évangile. Mais si on les a retenus, c'est précisément parce qu'on savait que l'évangile que l'on enseignait n'était pas simplement la parole d'un seul, fût-ce Pierre. C'est la parole du collège apostolique comme tel. Et c'est pour cela que Pierre parle au nom de ses frères en vie apostolique. Je crois qu'il faut comprendre que Pierre n'est pas en train de leur expliquer ce qu'ils doivent croire, mais Pierre parle au nom de la foi qu'ils partagent déjà. C'est encore vrai aujourd'hui, quand le pape parle, c'est exactement le même problème, il ne parle pas comme détenteur personnel de la foi, il parle au nom du collège des évêques qui succède au collège des apôtres. Cela nous oblige à corriger quelque chose qui est assez tentant. Pour nous, comme la foi est la reconnaissance de la vérité, on considère que cette reconnaissance de la vérité est d'abord une adhésion individuelle. Bien sûr qu'il faut l'adhésion individuelle, mais cette adhésion elle-même s'inscrit toujours dans le côte à côte, dans le face à face des témoins. La vérité même de la foi n'est pas simplement qu'un seul la défende, mais c'est le fait que chacun la défend en communion, en appui, en relation avec les autres.
Ce qui se passe dans l'Église c'est ce qui se passe en germe et en profondeur et en fondement dans le collège apostolique. Aucun des apôtres ne détient la plénitude de la vérité de la foi, c'est toujours avec les autres, et dans notre condition actuelle, nous-mêmes comme chrétiens, quand nous confessons chacun le Credo, nous le confessons ensemble, c'est-à-dire que le mot "Credo" prend sens parce que mon voisin le dit en même temps et que toute la communauté le dit en même temps que moi. C'est cela l'origine de l'Église. Il n'y a pas l'Église qui chapeaute chacun en disant : maintenant tu vas faire ton acte de foi. L'Église, c'est précisément cet univers dans lequel tous les membres sont coordonnés, étayés, fondés les uns sur les autres, et qui arrivent à dire ensemble : je crois, sans jamais faire disparaître la dimension individuelle personnelle mais en montrant que cette dimension individuelle et personnelle n'est pas détachable de la relation de communion de la confession de la foi.
Qu'aujourd'hui en célébrant la fête de saint André, nous essayions de retrouver nous-mêmes cette dimension de notre foi, simplement le fait que chacun d'entre nous est croyant mais que nous ne pouvons être croyant que les uns avec les autres, et les uns par les autres.
AMEN