APPELÉS POUR LES AUTRES

Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

P

our quelques-uns des apôtres nous en savons un peu plus que pour d'autres, et pour ceux dont nous savons quelque chose, ils sont très caractérisés; Ainsi en est-il pour l'apôtre André. Nous venons d'entendre l'appel d'André. Mais ce que je retiens et qui me semble important, c'est que lorsqu'André est appelé, il comprend qu'il n'est pas appelé pour lui-même, il est appelé en vue d'appeler. Il est appelé pour les autres, afin que les autres se sentent eux-mêmes appelés.

Le dernier tableau qui a été attribué au Caravage, et qui appartient, (elle a de la chance), à la reine Élisabeth d'Angleterre, représente l'appel d'André dont nous avons entendu le récit dans la deuxième partie de l'évangile. Ce tableau est très simple. Sur un fond sombre, comme d'ailleurs d'ordinaire chez ce peintre, trois personnages Jésus, Pierre et au milieu André. Les visages sont sur la même ligne, mais André regarde Jésus qui regarde Pierre, qui regarde un coin du tableau. Il regarde ce coin, parce que sur une même ligne il y a aussi toutes les mains des personnages. Il y a la main d'André qui présente Pierre à Jésus, en réponse, Pierre ouvre ses mains comme pour saisir ou découvrir quelque chose qui lui est montré. Ce quelque chose qui lui est montré, c'est désigné par les mains du Christ qui sont dirigées vers un point d'horizon qu'on ne voit pas, un chemin.

On voit ainsi la circularité de l'appel. C'est un échange qui existe lorsque le disciple est choisi, et même à travers le nom, à travers l'appel, une mission qui est confiée. Ce qui est intéressant dans ce tableau, ce n'est pas le Christ qui dit : c'est moi, mais il dit : "Venez et voyez", et Il montre autre chose. Il montre l'autre, le Tout Autre. Jésus n'arrête pas à lui les personnes, Il n'est pas égocentrique et que tout doit tourner autour de lui. Il ouvre déjà Pierre à une vocation qui le mènera au-delà de ce qu'Il est lui, le Christ. Comme d'ailleurs André a aussi compris que l'au-delà de sa vocation c'est d'aller vers les autres et de les amener à Jésus.

Il me semble que c'est essentiel. Vous pourrez me dire que cela s'adresse tout particulièrement aux diacres, aux prêtres et aux évêques. Non, car l'appel fait partie de notre vocation baptismale; c'est parce que Dieu parle aux hommes, parce qu'Il aime chacun d'entre nous qu'Il s'adresse à nous et nous appelle par notre nom. Cela dit, n'en faisons pas un monde clos enfermé sur nous-même, nous prenions plaisir à avoir entendu un quelconque appel. Si nous sommes chrétiens, et si nous savons que nous sommes appelés, je vous rappelle que le mot Église", veut dire "appelés", si nous sommes donc appelés, c'est pour ouvrir à la présence de Dieu qui nous dépasse toujours infiniment, l'autre, tous les autres et le monde.

 

AMEN