ANDRÉ, LE MONTREUR DE DIEU
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 2002)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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n suivant la vie d'André, qui, dans ce premier mouvement qui le constitue comme apôtre, montre Jésus à son frère Pierre, nous pouvons discerner ce qu'est l'acte d'évangélisation. Il ne s'agit pas tant de montrer que de convaincre sur la vérité de fondement des idées, mais il s'agit de montrer la personne qui anime cette vérité, en l'occurrence, le Fils de Dieu. Dans l'histoire de l'Église, on a longtemps confondu une sorte d'évangélisation un peu forcée en pensant que c'était la nécessité d'imposer l'évangile comme de haut. Au fond, plus on l'impose de haut, plus cet évangile glisse et le cœur de l'homme ne le reçoit pas. Il y aurait à interroger nos comportements sur la manière dont nous avons été tentés pas une forme de forcing, d'un évangile que nous vivions péniblement, petitement et humblement, et peut-être cette façon de vouloir convaincre l'autre était une façon de nous camoufler à nous-mêmes la difficulté qui était la nôtre d'en vivre.
L'apôtre André est apôtre en ce sens qu'il montre Jésus et qu'il prépare la rencontre, et il s'efface pour la suite qui n'appartient qu'à la rencontre en Jésus et Pierre, entre Jésus et l'homme. L'apôtre est du côté de celui qui éveille, déblaie le chemin pour que l'homme, en ce qu'il est, et non pas en ce qu'on peut imaginer qu'il est, puisse rencontrer Jésus et ensuite, cette décision leur appartient à tous deux.
Ce n'est pas une forme de laxisme, mais un forme de respect profond de ce qu'est l'homme dans sa culture propre, dans son individualité, dans sa singularité, mais aussi la façon de respecter la manière dont Dieu veut lui parler, l'appeler, transformer son nom, habiter en lui. Car il y a bien une chose dont je suis certain, c'est que Dieu respecte infiniment ce que nous sommes dans notre singularité, et qu'il a une manière qui nous est propre dans notre relation, c'est cela qui nous identifie dans notre vie spirituelle, c'est notre relation que nous avons avec Lui, et qu'Il a avec nous, comme une sorte de réponse en va-et-vient, de réponse et question permanent entre Lui et nous.
Il y a une autre chose dans la vie d'André qui est intéressante, c'est tout ce qui s'est passé avant la rencontre avec le Christ. Il pose la question : "Où demeures-tu ?"Comme si André avait été cet homme errant, en quête, sans trouver un lieu où s'arrêter. Et lorsqu'il rencontre "celui qui est", alors il peut demeurer avec lui, non seulement trois jours, mais au fond, il peut d'arrêter là, en cet endroit. Il y a en André cette figure de l'errance symbolique évidemment, qu'il y a en chacun de nous dans la quête du sens de la vie, de l'énigme de la vie, et donc de Celui qui en est l'origine et la fin, c'est-à-dire Dieu.
Un certain activisme de notre société contemporaine, comme nous-mêmes d'ailleurs, prouve que nous sommes toujours en train de chercher çà et là, d'autres réponses que celle de Celui qui dit : "Je demeure en toi et tu demeures en moi. Où demeures-tu, pour que je m'arrête là avec toi, ici".
Troisième élément, et le dernier. Si évangéliser ne consiste pas à vouloir convaincre mais à montrer le chemin, il faut s'effacer ensuite, quitte à ce que l'autre ne prenne pas le chemin. Il faut que celui à qui nous montrons le chemin de Dieu puisse lire en nous les faits de Dieu. C'est cela qui rend crédible notre doigt pointé. Ce n'est pas de dire comme les parents le disent aux enfants : "cela te ferait du bien !" C'est comme cela qu'on justifie la morale à la maison, et ce n'est pas d'ailleurs forcément un tort. Cela n'a rien à voir avec "cela te ferait du bien à toi", non, mais c'est : "essaie de voir en moi la façon dont l'évangile a travaillé mon cœur, ma vie, et tu prends comme un témoignage cet effet de l'Esprit saint en moi". Mais prends-le sans me le dire, lis en moi les faits de Dieu comme à l'improviste. Nous sommes les uns avec les autres, non pas en nous guettant les uns les autres, mais en recevant les uns des autres, la manière dont Dieu nous transforme, nous fait avancer. C'est cela qui nous fait "témoins" les uns des autres. Il y a des émotions cachées, au sens profond du terme, en tout cas, j'en ai moi, comme prêtre, de lire (et je ne leur ai jamais dit), dans des personnes que je fréquente depuis presque vingt-deux ans dans cette paroisse, de lire la manière dont Dieu se vit en elles. Nous ne nous le dirons qu'après notre mort, cela fait partie du jeu, de cette pudeur qui est que cette personne a servi de témoin, ou que j'ai servi de témoin pour elle, après, on ne sait plus trop, sans pour autant que les choses se soient dites mais ce qu'elle vit avec Dieu m'a montré Dieu.
Qu'il en soit ainsi à la suite de saint André.
AMEN