SAISI DANS LA VIE
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 2001)t
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e qu'on peut dire d'André, c'est qu'il a la mission dans le sang, il a à peine rencontré Jésus qu'il est déjà apôtre. C'est lui qui va se faire rencontrer Jésus et Simon son frère. Il a cette envie immédiate, presque irrésistible de faire connaître ce Messie qu'il vient à peine de rencontrer à ceux qu'il a de plus chers, à son propre frère. Et c'est là que nous avions la rencontre entre Jésus et Simon, Céphas qui deviendra Pierre, la pierre sur laquelle Jésus va construire et édifier son Église, son assemblée.
Il est très difficile de pénétrer à travers ces versets, dans ce qui s'est passé dans le cœur d'André. Il y a deux choses qui m'apparaissent. La première, c'est que dans la banalité du jour, leur jour de travail, puisqu'ils sont pêcheurs, et Dieu vient à passer, Il aurait pu passer sans s'arrêter. Jean-Baptiste le nomme comme l'Agneau et ce nom suffit à bouleverser cette banalité, à bouleverser l'arrangement des choses, le ciel, la terre, la barque, les poissons. C'est comme un décor qui cachait un autre décor, et tout prend un autre sens, ils vont devenir pêcheurs d'hommes, le ciel s'est ouvert et a laissé entrer le Dieu vivant ... Au fond, dans cette banalité du premier jour de l'évangile, tel que Jean le raconte, cette banalité cachait la pression que Dieu exerçait, comme quelqu'un qui est derrière une porte et qui pousse, mais sans ébranler d'ailleurs les choses, puisque le ciel reste le ciel, les barques sont les barques, les pêcheurs sont des pêcheurs, et ils seront pêcheurs d'hommes, une sorte de continuité de l'avant et de l'après passage de Dieu. Et cette continuité tout en gardant les apparences de ces jours qui vont suivre et qui vont se ressembler, en changent le sens, c'est comme si on avait changé la lumière à l'intérieur des choses. Elles étaient là, elles resteront, mais elles n'ont plus le même sens. Le ciel n'est plus séparé de la terre, la terre a accueilli quelqu'un du ciel, ils étaient pêcheurs, ils avaient raison d'être pêcheurs, ils deviennent pêcheurs d'hommes. C'est comme un feu qui court et qui embrase toute la paille, le feu court de cœur à cœur, il saisit ensuite Simon, ensuite Philippe, et tous les autres.
Nous sommes embarqués dans cette même histoire même si elle paraît lointaine et donc étrangère, car au fond, le feu a continué à courir de cœur en cœur, à gagner les cœurs, et nous sommes juste derrière ces apôtres qui effectivement ont été touchés et gagnés par ce feu, envahis. Et si nous ne savons rien de la façon dont André a été saisi et dont les autres apôtres ont été saisis, et ce qui a fait que leur vie a basculé. Nous ne savons pas toujours nous-mêmes pourquoi notre vie a basculé du côté du Christ. Et l'évangile ne nous invite pas à nous interroger sur la manière dont nous avons ou non été appelés, renversés, bouleversés. En fait, il nous invite plutôt à prendre le train en marche et à avancer avec la même hâte, sans nous retourner en arrière, en recherchant comment Dieu nous a appelé, comment se fait-il que moi et pas les autres ... Oui, peut-être qu'à côté d'André et Pierre il y avait d'autres pêcheurs qui sont restés pêcheurs. L'évangile ne nous invite pas à une introspection dont nous avons un peu le goût à notre époque, introspection de lecture et de relecture de cet appel, mais il nous invite à une marche en avant. "C'est l'Agneau de Dieu". C'est le sésame qui ouvre l'avenir pour lui et pour tous les hommes. Et ce qui m'étonne toujours dans l'évangile, c'est que ces hommes ont pris à bras le corps, à bras le cœur, cet appel pour eux et pour tous les hommes. Il y a une sorte de pressentiment de l'universalité de ce qui vient de se passer dans ce jour banal, un événement si singulier qui s'inscrit tellement bien dans la vie quotidienne de ces hommes et qui pourtant concerne les hommes de tous les temps et de tous les lieux.
Ce passage à l'universel, à mon avis est la choses la plus étonnante dans la vie des apôtres. Je ne sais pas s'ils en ont pris conscience directement, peu importe, mais je trouve André une figure tout à fait typique, parce que c'est celui qui va d'emblée aller chercher l'autre, le premier apôtre. Il n'a pas envie de le garder pour lui, et ce n'est pas simplement une affaire psychologique, parce qu'il aurait envie de garder pour lui la rencontre, mais c'et qu'il a senti la nécessité d'en parler, de la communiquer, et d'appeler l'autre. Ce n'est pas seulement une générosité, mais c'est le fruit de l'Esprit saint qui ouvre et écartèle les dimensions du cœur, de la voix, du corps, de ces apôtres qui ont d'emblée embrassé le monde, et d'ailleurs la Tradition rapportera la façon dont les apôtres vont embrasser la terre d'un bout à l'autre en semant l'évangile qu'ils ont entendu en ce matin-là. Cet appel à l'universalité retentit encore pour nous, au sens comme je le pense souvent que nous venus ici pour nous et pour le monde. Et au fond nous n'aurons jamais fini de nous défaire du souci que nous avons de nous et de Dieu, pour nous attacher à cette dimension plus large, plus cosmique qui est la façon dont l'évangile concerne comme un appel qui retentit pour le monde entier, son histoire.
Qu'avec André, avec cette façon qu'il a de sauter, de devenir immédiatement un proclamateur, celui qui prolonge cet évangile, que nous ayons envie aussi à sa suite d'en être aussi les témoins ardents et vivants en notre époque.
AMEN