REGARDER, ÉCOUTER, CONTEMPLER

Rm 10, 9-21 ; Mt 24, 29-36
St André - (30 novembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'évangile aurait pu paraître une affaire de fa­mille puisque André est le frère de Pierre, on peut avoir tendance lorsqu'on parle de deux frères, de faire des comparaisons, on peut effective­ment comparer ce qu'est Pierre, et l'on sait beaucoup de choses de lui dans l'évangile, et le comparer à son frère André. Une simple comparaison pourrait nous mener à une conclusion rapide, ce qui arrive parfois dans une fratrie, c'est qu'ils n'ont pas du tout le même caractère. Il y en a un qui semble très emporté, un peu primaire, sans beaucoup de recul, parfois plus subjec­tif qu'objectif, alors que l'autre, André, a toutes ces qualités. Il voit, il entend, il écoute, et ensuite, il dit. Mais dans le "Collège" des apôtres, le Seigneur n'op­pose pas l'un à l'autre, Il porte plutôt jusqu'à une sorte d'incandescence le caractère propre de chacun et ses qualités, car le Seigneur est celui qui sait faire fructi­fier les talents. Et ce qu'apporte André au Collège des apôtres est une réalité, une manière d'être très impor­tante.

C'est celui en effet qui sait voir, qui sait où regarder, il sait poser un regard presque de contem­plation, d'abord parce qu'il sait aussi faire confiance et entendre ce qui se passe. Jean-Baptiste désigne le Christ et dit, quelque chose qui est une introduction directe à la contemplation : "Voici l'Agneau de Dieu". On porte son regard sur cet Agneau de Dieu et c'est parler de Jésus avec toute la richesse de ce que peut signifier de désigner quelqu'un dans le judaïsme comme étant l'Agneau de Dieu, André comprend cela et l'évangile le dira lui-même : "Il se met à la suite de Jésus". Mais André ne s'arrête pas là, il n'est pas un pur contemplatif puisque c'est lui qui va chercher son frère, Pierre, il le rencontre et il l'amène à Jésus. Il est comme l'ambassadeur, le lien, il sait établir une rela­tion, on dirait aujourd'hui que c'est un homme de communication.

C'est si vrai que dans le passage de la multi­plication des pains, c'est André qui a repéré dans une foule très nombreuse, un petit enfant avec cinq pains et deux poissons, personne d'autre peut-être ne l'avait vu, noyé qu'il était dans la foule, André a repéré, il a regardé, il a peut-être d'abord contemplé, puis écouté. Ensuite, c'est André qui amène à Jésus, cet enfant et le Lui présente. C'est toujours le même ministère, un ministère d'articulation. Il nous est donné à nous au­jourd'hui de ressaisir ce qu'est justement la vocation de l'apôtre et aussi notre propre mission, parce que le baptisé a une mission qui s'origine dans le ministère apostolique, nous ne sommes envoyés que par notre baptême, et nous sommes baptisés parce que nous avons reçu ce salut par la main des apôtres. C'est d'ail­leurs ce que dit saint Paul : "Comment prêcher sans avoir entendu ?" Comment vivre de cette Bonne Nou­velle du salut sans avoir reçu le don de Dieu ? L'apôtre est bien celui qui articule entre le Christ et nous, qui devient comme le moyen, le média dans lequel nous allons pouvoir vivre de Jésus-Christ. On peut appeler cela autrement d'un mot un peu plus compliqué : la sacramentalité de l'Église. Cette sacramentalité passe par la vision, l'écoute et la prédication. André vient et voit, il regarde où Jésus demeure, et il est capable ensuite de dire : "J'ai trouvé le Messie", sans aucun à priori et avec une confession de foi tout aussi digne que celle que fera son frère quand il dira, plus tard, de Jésus-Christ qu'Il est aussi le Messie.

André ne s'est pas trompé, lui qui a regardé, lui qui a écouté, et qui a mis en action cette écoute, cette parole, et c'est cela qui nous a donné aujourd'hui de pouvoir vivre aussi concrètement l'évangile et de nous rappeler que notre baptême comporte les mêmes réalités. Prêcher, c'est écouter, écouter, c'est aussi contempler, et contempler, c'est vivre du Christ.

 

 

AMEN