SUIVRE ET VOIR !
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1999)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Dendermonde : Saint André
|
S |
uivre, venir et voir, trois verbes tout à fait actifs qui résument et nous laissent un peu dans le mystère de la vocation. Dans l'évangile de Jean que nous venons d'entendre, les disciples suivent. Ils ont déjà commencé à suivre Jean-Baptiste et puis croisant Jésus, ils quittent Jean et suivent Jésus. Et Jésus les interroge sur la volonté qui les a poussés et incités à le suivre. Et ils disent : "Où demeures-tu ?" Et il leur répond : "Venez et voyez".
Dans ce court récit qui a l'air d'une transparence et d'une simplicité incroyables, comme le ciel de Provence quand le mistral a soufflé, se résume tout le mystère de la relation, de la vocation et de l'appel pressant : personne n'a jamais fait ce qu'ils ont fait, ils sont parmi les premiers à suivre Dieu, reconnu dans les traits de Jésus.
C'est sûr que nous sommes habitués à étayer les motivations, à les analyser, à les exprimer, à prendre le temps de vérifier en nous ce que nous voulons, ce que nous désirons et ce pourquoi nous nous mettons en route. Il semblerait qu'il y ait là une action immédiate concomitante à une décision et à une part d'ignorance et d'espérance vis-à-vis de Jésus. Qu'en savent-ils ? Ce qui nous étonne toujours dans les récits de vocation c'est que Jésus ne vient pas se présenter, et ce serait en fonction de cette présentation que ceux qui voudraient le suivre se décideraient. Nous, non. Avant de suivre quelqu'un vous vous renseignez sur son identité, avant de s'engager, on se renseigne sur ceux avec qui l'on s'engage, quand on veut faire un bon mariage, on mène une enquête sur le bien-aimé, sur sa moralité, sa vie passée, on publie des bans afin que l'éventuelle ombre de son histoire soit révélée et que rien ne soit mis à l'écart. Or, rien n'est dit de l'identité de Jésus sinon qu'il est là, et le fait d'être là suffit.
Cela ne suffit pas à les mettre en route, ils ont déjà commencé tout seuls, ce qui me paraît extrêmement éclairant sur la première motivation qui doit nous mettre en route et nous serons rejoints sur notre propre chemin par celui qui marche à nos côtés, mais ce n'est pas Jésus qui nous fait démarrer du point zéro à la vitesse "v" pour parler physique ! Il faut que nous ayons déjà amorcé en nous une première vitesse aussi lente soit-elle, et de cette première vitesse Dieu fera un chemin d'évangile. Mais si nous sommes des points morts, immobilisés, incapables de faire de nous un minimum de vie, Dieu ne peut pas faire de ce "rien" un "quelque chose". Il lui faut un consentement qui est donné par le mouvement que nous amorçons en nous-mêmes. C'est le cas dans tout l'Ancien Testament, c'est le cas très net ici, ils ont commencé à chercher et ils sont allés voir Jean qui est effectivement le meilleur marche-pieds, le meilleur tremplin pour rencontrer Jésus. Ils se sont mis en route eux-mêmes, leur désir s'est aiguisé : plus on avance, plus on sait marcher ! Et avant de rencontrer Jésus, en rencontrant Jean, ils savaient qu'il leur manquait quelque chose, peut-être pas, mais Jésus passa et il l'emporte ! "C'est pour cela que j'étais venu."
Lorsque nous verrons Dieu face à face, il est certain que nous lui dirons avec sans doute pas mal de regrets : C'est pour toi que je vivais, c'est pour toi, c'est évident ! Maintenant que je te vois face à face, l'évidence aux yeux de ma vie, c'est pour cela que je vivais, et Dieu sait que j'ai râlé, ronchonné, je me suis révolté parce que j'ai perdu des yeux cette évidence et que j'avais pris pour moi-même la raison de ma vie.
Tout le problème est de savoir si nous acceptons de dépendre de quelqu'un que nous ne voyons pas encore et dont pourtant nous dépendons totalement. Le péché d'origine en quelque sorte c'est de se croire sa propre origine, son propre souffle. Si André, et avec lui Pierre, Jean, Jacques et les autres se mettent en route, c'est qu'ils cherchent celui qui les fait respirer et marcher et vivre et même souffrir. Leur origine. Ils savent qu'ils n'auront pas de paix tant qu'ils n'auront pas trouvé, tant qu'ils ne pourront pas mettre non pas une idée, mais un visage sur cette origine. Je pense à un philosophe qui disait : "Il suffit d'une idée claire pour affoler toute une vie" (Ce n'est pas Descartes). Ce n'est pas une idée claire qu'ils ont rencontré, c'est la clarté d'une personne totalement présente d'une manière que nous ne pouvons qu'imaginer qu'entendre dans la ligne de l'évangile, une sorte de présence d'une densité à la fois si humaine, une densité si remplissante de ce qu'il est et de toutes les relations qu'il initie.
Pour nous c'est très difficile d'imaginer, nos relations sont ombrées, ombragées, partielles, hésitantes. Nous ne pourrons jamais avoir une pleine idée de ce que Jésus en sa personne, donne Dieu. Et cela ne se raisonne pas ! Ce n'est pas de l'ordre d'une espèce de réflexion c'est de l'ordre d'une immédiateté du cœur qui a fait qu'André Pierre et les autres se sont levés, sont venus et l'ont suivi ... pour voir !
AMEN