HYMNE A LA CROIX

Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1992)
Lundi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


R

abbi, où demeures-Tu ?" - "Venez et voyez !" et ils demeurèrent auprès de Lui, ce jour-là. C'était la dixième heure. "Ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là."... "Vous êtes ceux qui êtes demeurés avec Moi depuis le commencement." Cette autre parole de Jésus à ses apôtres, à la veille de sa Passion, définit ce qui caractérise les apôtres "ceux qui sont demeurés avec Lui, depuis le commence­ment." André et le disciples qui l'accompagnait a pris l'initiative, le premier de demeurer avec le Christ et, depuis ce commencement, il n'a plus cessé de demeu­rer avec Lui tout au long de la vie terrestre de Jésus.

Mais il y a plus. L'on célèbre toutes les fêtes d'apôtres avec les ornements des martyrs, les orne­ments rouges. En fait nous ne sommes historiquement certains que du martyre de Pierre et de Paul. Pour les autres apôtres, nous n'avons pas de documents "histo­riques" absolument certains nous relatant leur mar­tyre. Pourtant la tradition a toujours considéré, sauf pour Jean l'évangéliste dont Jésus a dit à Pierre : "S'il me plaît qu'il demeure jusqu'à ce que Je revienne, que t'importe !" que les apôtres sont morts martyrs. Et je pense que c'est l'ultime réalisation de cette parole du Christ : "Vous êtes ceux qui êtes demeurés avec Moi depuis le commencement", depuis le commencement et jusqu'à la fin. Par leur martyre, en quelque sorte, ils demeurent d'une manière définitive avec le Christ. Ils demeurent avec Lui sur sa croix. Et dans le cas d'An­dré la légende que nous livre la Tradition est particu­lièrement belle car c'est un hymne à l'amour de la croix. Ce texte tiré des Actes de saint André, tout en parlant des apôtres, ne fait pas partie de l'Écriture Sainte. Cette légende nous dit qu'André, évangélisant l'Achaïe, s'est heurté à l'incrédulité et qu'il a été condamné à la croix, à la croix comme son maître. Il a rejoint le Christ sur la croix. Ce texte est un magnifi­que poème sur le cri d'amour d'André à la vue de la croix.

"Je te salue, croix glorieuse ! Fort et joyeux, je viens à toi, croix du Seigneur. Reçois-moi dans l'exultation et l'allégresse pour que par toi, je voie Celui en qui j'ai cru. Que le Seigneur, par toi, me reçoive, Lui qui, par toi, m'a racheté. O croix bien­heureuse, sanctifiée par le corps du Seigneur, Toi qui de ses membres bénis a reçu splendeur et beauté, Arrache-moi du milieu des hommes et rends-moi au Christ mon Maître et mon Sauveur."

Ce poème va jusqu'à une sorte d'allégresse de saint André à l'idée de s'identifier à son Seigneur par le martyre sur la croix.

" O croix du Christ, si longtemps désirée, O croix si ardemment aimée, O croix sans cesse recher­chée, O croix préparée avec joie pour mon cœur as­soiffé !" Et les Actes du martyr nous disent que, pen­dant deux jours, André suspendu à la croix car c'était cela qui rendait ce supplice si terrible car extrême­ment long vu qu'on ne mourrait que par un épuise­ment progressif, le bienheureux André prêchait sans relâche son amour du Christ. "Tout le jour j'ai étendu les mains sur la croix vers un peuple qui refuse de croire et se détourne de moi." (Romains, 10)

On ne peut prêcher le Christ que si notre vie est remplie de sa vie, que si notre vie est semblable à celle du Christ. Prêcher le Christ n'est pas une affaire de concepts ce n'est pas une affaire de discours, ce n'est pas une affaire de mots ou de phrases, ce n'est pas une affaire d'idées, mais c'est une communication vitale entre celui qui porte cette annonce et celui qui la reçoit. Et pour qu'elle ait lieu, il faut d'abord qu'il y ait une communication vitale entre le prédicateur et le Christ Lui-même. On ne peut bien parler que de ce que l'on aime. On ne peut parler du Christ que si on l'aime, et pour l'aimer, il faut que notre vie, peu à peu, se conforme à la sienne. C'est ce qui explique que tant de saints ont désiré s'identifier au Christ jusque dans sa passion, jusque dans sa souffrance, jusque dans sa croix et dans sa mort. Il y a là non pas une recherche un peu morbide de la souffrance et du mal mais un élan du désir le plus profond de leur cœur. Ni moi ni vous ne sommes capables d'un désir assez grand pour souhaiter rejoindre le Christ sur sa croix. Cependant, les évènements et la vie s'en chargeront, que ce soit la maladie, les épreuves, les souffrances du cœur à cause de ceux que nous aimons.

D'une manière ou d'une autre, nous n'échap­perons pas à la croix. Mais si cette croix vient dans notre vie sans que nous l'ayons désirée comme les saints, nous pouvons au moins l'accepter avec ce même amour qui était dans leur cœur. Et plutôt que de subir plutôt que de traîner comme un boulet notre croix après nous, nous pouvons demander la grâce de faire de cette croix le même acte d'amour qu'André a fait. "Fort et joyeux, je viens à toi, croix du Sei­gneur !" Je ne viens pas à toi en traînant les pieds, je ne viens pas à toi comme victime misérable. Mais je viens à toi parce que tu as reçu les membres de Celui que j'aime. La croix c'est une infamie, la croix c'est toujours d'abominable, la croix c'est toujours une épreuve qui nous écrase, la croix c'est toujours triste, mais parce que les membres bénis du Christ ont été cloués sur la croix, elle a reçu de Lui splendeur et beauté. C'est là tout le mystère chrétien. C'est que tout ce qui en nous est tristesse, souffrance, épreuve, tout ce qui pour nous est négatif peut être transfiguré par l'amour du Christ.

Alors si la croix est déjà dans notre vie ou si, un jour, elle y fait son apparition, demandons à St André de nous donner la force de venir vers cette croix, fort et joyeux, par amour pour le Christ, et de savoir si l'on a désiré tout au moins vraiment l'aimer et la recevoir, dans un cœur proche de ce que fait le cœur du Christ dans son amour pour nous.

 

 

AMEN