LA PRIÈRE DE SAINT ANDRÉ

Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e premier pas d'André dans la vie apostolique c'est cette rencontre avec le Seigneur quand Jean-Baptiste montre à ses disciples le Christ qui passe et leur dit : "Voici l'Agneau de Dieu !" Aussitôt André, suivi par un autre disciple que la tradition nous dit être Jean, se met à marcher sur les pas de Jésus qui se retourne et leur demande : "Que cherchez-vous ?" Ils répondent : "Maître où demeures-Tu ?" Et Jésus reprend : "Venez et voyez ! Et ils demeurèrent avec Lui ce jour-là" c'est-à-dire toute cette soirée et sans doute la nuit qui a suivi puisque c'était déjà la dixième heure soit quatre heures de l'après-midi.

Voilà donc que André s'est enraciné dans cette intimité avec le Christ, dans ce contact person­nel, face à face dans cette demeure avec le Christ. Et c'est la première dimension de toute prière, c'est la nécessité fondamentale de la prière dans notre vie. Demeurer avec le Christ, c'est-à-dire non pas penser à Lui en passant, brièvement, entre deux autres occupa­tions mais s'établir, à demeure, d'une manière durable, sans compter le temps, prendre son temps pour être avec le Christ. C'est la nécessité fondamentale de la prière car il n'y a pas de vie chrétienne sinon nourrie de la présence du Christ. Et cette présence du Christ qui nous enveloppe et nous entoure à tout instant tout au long de notre vie, cette présence du Christ il faut que nous la recevions, que nous la fassions nôtre, que nous l'assimilions, que nous l'assumions, que nous nous plongions dans cette présence, que nous puis­sions la savourer, en être imprégnés, imbibes au plus profond de notre être. Il faut que, entre le Christ et nous, il y ait ce va-et-vient de l'esprit qui pense et du cœur qui aime, ce va-et-vient intime qui nous remplit de son Esprit et qui n'est possible que si nous prenons un temps suffisant, que si nous mettons notre corps au repos auprès de Lui, dans sa demeure. Mais la de­meure du Christ ce n'est pas seulement une église, c'est aussi notre cœur, c'est aussi notre chambre, le monde entier, partout nous pouvons rencontrer le Christ au plus intime de sa présence. C'est la nécessité première de la prière.

Enraciné ainsi dans cette intimité avec le Christ, André, dès le lendemain matin, va chercher son frère Pierre ou plus exactement Simon puisque c'est Jésus qui va changer son nom et l'appeler Pierre. Il va chercher son frère et le conduit à Jésus. Et sans cesse, tout au long de l'évangile, nous verrons André conduire les hommes au Christ. Et la plupart du temps, s'il conduit les hommes au Christ, c'est pour une requête, pour une demande bien précise. Pour Pierre c'est parce qu'il lui a dit : "Nous avons ren­contré le Messie. Ne serait-ce pas cet homme ?" C'est donc que Pierre, à travers André, va demander à Jésus de se révéler à lui comme le Sauveur. Une autre fois, quand Jésus prêchant aux foules les a entraînés de l'autre côté de la mer Tibériade, dans un endroit désert et que le soir tombe alors qu'il n'y a rien pour faire manger ces foules, c'est encore André qui viendra demander à Jésus : "Comment allons-nous leur don­ner à manger ?" Il sera ainsi à l'origine du miracle de la multiplication des pains. Une autre fois encore, quand des grecs ont abordé Philippe en disant : "Nous voulons voir Jésus !" c'est à André que Philippe a transmis cette demande et c'est André qui les a conduits jusqu'au Christ.

Nous voyons ici une autre dimension de la prière, la prière de demande. La prière ce n'est pas seulement l'intimité avec le Christ, mais c'est aussi la supplication, c'est aussi cette manière véhémente de demander, à la limite d'exiger, de faire le siège de la miséricorde de Dieu non seulement pour soi-même mais aussi pour les autres, pour tous les besoins de ceux qui nous entourent, avoir le regard ouvert sur ces besoins et être l'intercesseur, l'intermédiaire, celui qui s'approche de Dieu pour lui faire part des besoins de nos frères, besoins matériels "ils n'ont rien à manger", besoins plus profonds, plus spirituels, "Nous voulons voir Jésus". Ainsi André nous apprend à utiliser cette intimité avec le Christ, cette présence dans laquelle nous nous sommes profondément plongés, pour parler cœur à cœur avec Lui et pour lui dire tous les besoins de ces hommes affamés, affamés de pain et surtout affamés de lumière, affamés de bonheur. Etre les intermédiaires des autres, voilà une prière vraiment apostolique, voilà une ouverture du cœur qui dépasse nos petits besoins personnels pour nous faire les grands intercesseurs de la misère du monde, de la soif du monde, de l'appel au secours de tant d'hommes qui ne savent par eux-mêmes prier et qui ont besoin de notre prière pour accéder auprès du Seigneur.

Ainsi, si nous sommes enracinés dans l'inti­mité de Dieu, nous pourrons, au nom du monde en­tier, au nom de nos frères, être des quêteurs, ceux qui sans cesse viennent devant Dieu pour demander.

Et André finira sa vie sur la croix, comme son maître, non pas absorbé dans ses souffrances, mais nous dit la légendé de son martyre, prêchant pendant trois jours du haut de sa croix, tendant les bras vers ce peuple rebelle comme le dit l'épître de saint Paul aux Romains, qui est citée pour la fête de saint André parce que le récit de son martyre la cite expressément, jour et nuit il tendit ses bras vers ce peuple qui ne se tournait pas vers Dieu. C'est cette ultime supplication de la prière qui, cette fois-ci, n'est plus seulement tournée vers Dieu mais tournée vers les hommes pour se faire auprès d'eux l'ambassadeur de Dieu, pour se faire auprès d'eux la supplication de Dieu. "Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconci­lier avec Dieu !" laissez-vous convertir.

Que saint André nous apprenne toutes ces dimensions de la prière, toutes ces facettes de la vie intérieure, tout cet enchaînement de formes d'une prière à l'autre qui peuvent nous conduire à être des hommes d'oraison, des hommes et des femmes de prière, des hommes et des femmes d'intercession.

 

 

AMEN