JOUR APRÈS JOUR
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a vocation des apôtres, c'est la façon dont ils ont été appelés au bord de leur vie, pour lâcher cette vie pour une autre vie qui n'est plus la leur et dont ils apprendre chaque jour à se déposséder, pour imiter, jusqu'à se nier soi-même Celui qu'ils vont suivre, leur maître, leur rabbi. André ira jusqu'à la croix, par identification, comme si, jour après jour, les éléments de sa vie, cessant d'être pour lui comme des éléments autonomes ou des éléments propres qu'il aurait choisis, se collent aux sentiments, se collent à cette vie du Christ jusqu'à sa mort, jusqu'à son corps, pour vivre ce que le Christ a vécu, en Lui.
La vocation c'est cet appel impérieux, autoritaire, qui ne peut pas se confondre avec les voix intérieures de la conscience, les voix même de la morale, ce qui est bien ou ce qui est mal, la vocation c'est cette voix qui se fait présente, qui a l'air d'être étrangère à notre vie mais qui s'impose à elle.
On ne peut pas confondre ces nombreux débats intérieurs que nous pouvons vivre, qui sont le jeu de notre propre réflexion par rapport à ce que nous devons faire ou non, et la voix de Dieu. Certes Dieu peut utiliser ces voix intérieures comme un canal privilégié pour faire entendre plus sûrement ce qu'Il a à nous dire, mais nous prenons vite l'habitude de différencier ce qui est débat intérieur et ce qui est de la Parole de Dieu. Pourquoi ? Parce que cette Parole de Dieu est objective, elle est autre que moi et elle m'appelle à devenir autre. Elle est comme un appel d'air pour me situer ailleurs, pour devenir quelqu'un d'autre.
Ce sont là les deux caractéristiques qui nous permettent de distinguer dans notre confusion intérieure ce que Dieu a à nous dire et ce que notre propre esprit murmure en nous-même. Si cette voix nous précise un chemin, si cette voix s'éclaire comme un chemin de vérité, si cette voix semble nous libérer, si de plus, elle est quelqu'un d'autre qui me parle pour m'appeler à me transformer, alors je peux l'appeler la voix de Dieu et je peux y reconnaître ma vocation.
Quand nous parlons vocation, c'est la façon dont jour après jour Dieu continue à écrire en chacun de nous le dessein qu'Il forme pour chacun de nous et qui peut pour un certain nombre d'entre nous ne pas prendre une figure particulière, aussi simple que celle du prêtre, mais qui peut se redessiner, se rééquilibrer en fonction de l'âge, de la situation, de ce que nous sommes, comme si Dieu réordonnait sans arrêt toute votre vie et les événements qui la composent vers Lui. Et parfois même les événements qui nous semblent contraires à la vie, la maladie, la souffrance, la peine, les doutes, les incompréhensions, les blessures peuvent servir de matériau à Dieu pour que tout ceci se réordonne, se recompose en vue du seul bien que Dieu a pour nous : que nous répondions à son amour et que nous en témoignons.
Alors, à l'exemple de saint André qui n'était pas présent au pied de la croix mais qui par un curieux jeu de vocation s'est trouvé celui qui s'est identifié le plus par sa mort à celle du Christ, de mandons que notre vie nous emmène plus loin, qu'elle réponde plus fidèlement à ce que Dieu veut de nous, que nous cessions d'avoir l'habitude de vivre mais qu'il y ait en nous une véritable volonté de répondre à cet appel impérieux, autoritaire, à ce désir de Dieu de nous voir heureux parce qu'habités par son amour pour en témoigner au monde, comme l'a fait André.
AMEN