SAINT ANDRÉ, APPELÉ DE LA PREMIÈRE HEURE
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Ebreuil : Saint André
|
I |
l y avait près de trente ans que la Parole de Dieu s'était faite chair sur la terre et qu'elle vivait, en la personne du Christ, dans l'intimité cachée de Nazareth. Il y avait quelques années déjà que le Baptiste avait été envoyé dans le désert pour annoncer que ce désert allait devenir fertile si les hommes venaient y déposer leur péché et que de ce péché naîtrait pas simplement le repentir, mais une vie nouvelle qui serait donnée dans la fécondité de l'Esprit Saint. Déjà, des hommes s'étaient attachés à cette conviction du repentir et à cette espérance d'un salut dans l'Esprit et non plus seulement selon la lettre de la Loi. André était un de ceux-ci. Il avait senti que la prédication du Baptiste devenait, tout d'un coup, plus pressante comme s'il annonçait l'imminence de sa prophétie, la réalisation soudaine de ce que le peuple d'Israël, depuis tant de siècles, attendait au fond de son cœur même si cette attente était souvent enténébrée par le péché ou l'infidélité, elle demeurait quand même comme une source cachée. André avec Jean avaient entendu ces paroles exceptionnelles, inouïes, jamais entendues par une oreille humaine : "C'est Lui qui enlève le péché du monde, c'est Lui l'Agneau de Dieu !" Et André avait cessé de suivre l'enseignement et la compagnie du Baptiste pour suivre le Christ.
Je pense que la personnalité spirituelle et apostolique de saint André pourrait se caractériser par la collaboration spontanée qu'il a apportée à l'œuvre du Christ, et ceci à travers quatre éléments de sa vie, au temps de la présence du Christ sur la terre.
Le premier évènement, c'est celui que nous avons lu dans la première partie de cet évangile. Le Christ est là, présenté par Jean Baptiste comme "l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde." Il est donc là pour rejoindre chaque homme, au cœur même de son péché, et le purifier. Or, cela André l'a compris avant même que Jésus ne l'annonce. Avant même que Jésus ne dise qu'Il venait Lui-même, dans sa mort et sa résurrection, accomplir le salut, avant que Jésus ne se manifeste visiblement comme Messie, comme Fil de Dieu par ses miracles et son enseignement, alors que la Parole était encore silencieuse, André a compris tout ce que ce silence avait de poids, tout ce que ce silence contenait de salut, tout ce que ce silence contenait d'espérance pour son propre péché à lui comme pour le péché de son peuple et du monde. Avant que Jésus ne parle, André avait compris cette Parole. Spontanément il a collaboré à l'appel du Christ vers lui, avant même que le Christ ne l'appelle. C'est pour cela qu'il l'a suivi et qu'il a répondu au désir encore inexprimé de son Seigneur et qu'il est resté avec Lui, non seulement le soir de ce premier jour, mais tous les jours de sa vie.
Le deuxième événement qui caractérise cette collaboration spontanée à l'œuvre de Dieu, c'est qu'il fut le premier des hommes qui ait rencontré le Christ et qui soit allé chercher quelqu'un d'autre pour Le lui faire rencontrer. André est le premier qui a été voir un autre homme, son frère Simon, pour lui dire : "Nous avons trouvé le Messie !", et cela avant même que Jésus ne lui dise : "Tu seras pêcheur d'hommes !" avant même que Jésus ne l'installe dans son statut d'apôtre, avant même que Jésus ne lui dise : "Il faut aller baptiser dans l'Esprit, au nom du Père et du Fils, pour sauver les hommes". André avait compris que c'était à cela que lui-même et que d'autres étaient appelés, et il a accompli ce geste, il a accompli cette collaboration de façon spontanée au Christ qui appelle et il fut celui qui apporta au Christ la pierre qui allait servir de fondement pour l'œuvre apostolique : "Simon, tu seras désormais la pierre sur laquelle sera bâtie mon Église !" Cela c'est d'abord l'œuvre d'André qui avait compris que ce Messie, on pouvait le suivre personnellement mais pas individuellement, et qu'il fallait que tout homme vienne le reconnaître et croire dans son cœur qu'Il était le Seigneur et le confesser par ses lèvres, comme le dira l'apôtre Paul.
Le troisième élément c'est celui de la multiplication des pains. Il n'y avait rien à manger pour l'immense foule et c'est André qui trouve un garçon qui avait cinq pains et deux poissons et qui dit à Jésus : Il y a là cinq pains et deux poissons. Jésus ne lui avait rien demandé, mais dans son cœur il a deviné que si lui-même participait à la pitié que le Christ prenait de cette foule affamée, le Christ répondrait à son désir, ou plutôt le Christ, par son œuvre, accomplirait son propre désir de donner à cette foule de quoi manger, annonçant ainsi ce qu'il donnera Lui-même à André et aux autres apôtres, le pain pour le multiplier dans l'Église afin que tout homme affamé ait la vie éternelle. Cela c'est André qui l'a compris et qui l'a réalisé.
Et enfin le quatrième événement de sa vie c'est que lorsque des Grecs demandent à Philippe "Nous voudrions voir le Messie", c'est André qui les a accompagnés, qui les a conduits vers le visage de ce Messie. Et c'est André lui-même qui, plus tard, ira vers les grecs pour leur annoncer ce Messie et pour que ces grecs puissent aussi croire qu'Il vient enlever le péché du monde, non pas seulement celui des juifs, mais aussi celui des grecs, car, désormais,"il n'y a plus de différence entre les hommes et les races"comme le dit saint Paul dans le passage de l'épître aux Romains, que nous venons d'entendre.
Voilà peut-être je crois, ce qui caractérise la sainteté de l'apôtre André, cette collaboration spontanée, sans qu'on lui demande rien, à l'œuvre de Dieu. Et cela je pense que c'est aussi le signe d'un amour délicat envers son Seigneur, car y a-t-il une plus grande délicatesse que de donner à celui qu'on aime ce qu'il désire avant même qu'il n'en ait exprimé la demande ? Cela saint André l'a vécu, cela saint André l'a vécu dans son cœur et il l'a manifesté dans ses gestes et a fait en sorte que le désir du Christ de rencontrer les hommes, de fonder son Église et d'envoyer cette Église à tous, aux juifs, aux grecs, aux barbares, puisse s'accomplir. Il a été ce collaborateur intuitif de la présence et de l'œuvre du Seigneur. Il a été ce participant à l'accomplissement de l'œuvre de Dieu au milieu de nous, sans que Dieu, de façon explicite, le lui ait demandé aux oreilles. André l'avait déjà compris dans la délicatesse et l'amour de son cœur.
Au début de cet Avent, que sa prière, que son exemple, que sa sainteté nous aident à recevoir le Christ avant même qu'Il frappe à notre porte, à donner au Christ ce qu'Il nous demande avant même que cela ne parvienne à notre oreille. Ainsi nous pourrons lui manifester que Noël n'est pas simplement la célébration d'un 25 décembre mais c'est la venue, en permanence, dans notre cœur, de ce Dieu qui ne cesse de désirer venir nous rejoindre, qui ne cesse de désirer que nous puissions "demeurer avec Lui". Et avec toute la délicatesse de notre cœur nous le lui donnerons, sans qu'Il prenne encore la peine de nous le demander.
AMEN