LA RENCONTRE DU SOIR
Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1982)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Auvers-le-Hanon : Saint André
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e ne sais pas si vous êtes de mon sentiment, mais je crois qu'il faut beaucoup plus de courage et beaucoup plus d'ardeur et de ténacité pour entreprendre une grande aventure, le soir et non pas le matin. C'est pourtant ce qui est arrivé à André.
Vous avez remarqué, et chez saint Jean je crois qu'aucun détail n'est gratuit, la vocation d'André et de Jean se situe le soir. A la limite, pour Jean je comprendrais. D'ailleurs Jean est celui même qui écrit l'évangile, et par conséquent, ce soir-là doit évoquer quelque chose d'extraordinaire pour lui. Vous savez ce que c'est que l'ambiance du soir. C'est le moment où l'on rentre chez soi. Et peut-être qu'après tout dans la question des disciples, c'était simplement le désir de commencer à vivre chez soi auprès du Christ, auprès de Dieu. C'est le moment où la porte de la maison se referme, où l'on allume la lampe et où l'on va affronter la nuit. Je crois que saint Jean l'a vécu comme cela.
Par contre, saint Pierre a commencé le matin. C'est tout à fait dans son tempérament de pécheur, de quelqu'un de très entreprenant, de très décidé, un peu rapide, un peu court dans ses décisions, mais il n'empêche qu'il a commencé le matin quand son frère André est venu le voir en lui disant : "Nous avons trouvé le Messie !" Mais André ? André, je ne l'imagine pas comme cela. Je l'imagine comme quelqu'un qui a commencé le soir, mais ayant déjà beaucoup travaillé la journée précédente. André, c'est l'homme qui était déjà très attaché à Jean le Baptiste, qui avait déjà compris tout le sens de sa mission et toute l'importance de ce qu'il disait, appelant à la conversion. André, c'est une figure beaucoup plus laborieuse que celle de Jean. Jean donne l'impression de tout comprendre avant même que les choses soient faites. Tandis qu'André, c'est celui qui, toujours, est obligé de reprendre. C'est lui qui conduit les Grecs. C'est lui qui conduit Pierre à Jésus. C'est toujours celui qui fait le chemin, qui fait les invitations.
Et pourtant, au moment même où la journée s'achève et où peut-être André n'avait pas d'autre souci que de retourner tranquillement à sa barque et à ses filets, voilà qu'il accepte, lui aussi, de marcher avec Jean et de demander au Seigneur : "Où demeures-tu ?" Au fond, ce qui est assez bouleversant dans le personnage d'André, c'est que déjà il avait fait un petit bout de chemin assez laborieux et très pénible avec cette petite lampe qui brillait dans la nuit et qui était Jean-Baptiste et il accepte tout à coup de se plonger dans la nuit de l'aventure avec son Seigneur, sans savoir trop bien où cela le mènerait. Bien sûr, il y aura des aurores. Il y aura des matins où le soleil se lève, comme par exemple ce matin où il va chercher Pierre en lui disant : "Tu sais, nous avons vraiment trouvé le Christ !" ou encore cet autre matin lorsqu'ils pêchaient au bord du lac et que le Christ s'est levé sur eux comme une aurore.
Mais il y aura tellement de soirs dans la vie d'André. Il y aura tellement de ces moments où l'on est comme découragé et abattu. Ce soir de la multiplication des pains où normalement, après une journée aussi épuisante, où ils avaient été littéralement poursuivis par les foules, le seul souci des apôtres était de les renvoyer. Et là encore André intervient, pour aller chercher le pain et les poissons. Et c'est dans ce soir, dans ce crépuscule que Jésus multiplie le pain. Et, de soir en soir, André découvrira de plus en plus que la petite lampe qui brillait dans son cœur au début par la parole de Jean le Baptiste, faisait de plus en plus de lumière dans son cœur et dans sa vie. Et c'est alors qu'est venu ce soir où lorsqu'il avait marché vers le soleil couchant, vers le soir, précisément, en Achaïe, sur la terre de la Grèce, là où les païens ne comprenaient pas très bien cette résurrection, ce Jésus crucifié, cet esclave de Galilée qu'on prétendait ressuscité et qu'on annonçait comme le salut du monde. C'est là, où tout à coup, il fut saisi et où il entra dans ce soir le plus dur mais en même temps le plus beau et le plus profond. Et il vécut aussi sa mort comme un coucher de soleil.
En effet, lorsqu'il vit la croix vers laquelle il était conduit, il s'écria : "O croix si longtemps désirée! O croix si ardemment aimée !" Dans ces paroles-là, il y avait sans doute le souvenir de ce premier appel, lorsqu'il était auprès de Jean, ce premier souvenir, cette première marque de l'affection et du visage du Christ qui s'était marqué dans son cœur ce soir-là. Et André savait que, maintenant le soir allait recommencer, pour passer dans une nuit, ô infiniment plus brève mais peut-être infiniment plus douloureuse, mais une nuit dans laquelle il allait vraiment tout donner.
Et le lendemain, à l'aurore, effectivement, ce n'était pas lui qui irait chercher Pierre, mais c'est Pierre qui, à ce moment-là, viendrait le chercher et qui lui dirait non pas : "Nous avons trouvé le Messie !" mais : "Viens ! car maintenant le Seigneur de la Gloire t'accueille dans son paradis !" Alors, André commença cette longue journée d'éternité qui dure encore aujourd'hui et où il ne cesse de nous inviter.
Frères et sœurs, n'hésitons pas à nous enfoncer, avec André, dans l'obscurité du soir et de la nuit, car nous savons avec lui que le chemin de la croix mène toujours vers une aurore.
AMEN