RECEVOIR ET ACCUEILLIR LA PAROLE

Rm 10, 9-21 ; Jn 1, 35-42
St André - (30 novembre 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Cernay-l'église : autel des apôtres

R

 

abbi, où demeures-tu ? Il leur dit : "Venez et voyez."

Pour André, comme pour tout apôtre, être apôtre, c'est être envoyé. Et qui dit envoyé, dit toujours, à la fois, envoyé par une parole et porteur de cette parole. Etre apôtre, être envoyé, c'est reconnaître que toute son existence repose sur l'initiative d'une parole qui ne vient pas de nous, c'est la Parole de Dieu, et d'autre part, que cette parole soit portée par nous, qui pourtant en sommes indignes, mais que nous avons charge de transmettre, d'annoncer. Et à ce moment-là, lorsqu'on pose la question au Maître, à la Parole : "Où demeures-tu ?" Il répond de cette façon énigmatique : "Venez et voyez !" Car toute la vie de l'apôtre, ce sera précisément de s'avancer vers cette parole et d'ouvrir les yeux pour voir. Et alors, qu'est-ce qu'ils verront ? 

Dans le cas de l'histoire d'André c'est tout à fait clair. Son histoire commence par le fait qu'il est obligé de quitter ses filets, avec Simon-Pierre, son frère, avec Jacques et Jean également, et qu'il reçoit cette promesse : "Je ferai de vous des pécheurs d'hommes." Cette parole s'accomplit également par le fait qu'André entend Jean proclamer : "Voici l'Agneau de Dieu" et qu'un jour, il connaîtra le visage de son Seigneur réellement immolé sur la croix comme Agneau. Cette parole, c'est enfin qu'il aura connu la mort, la souffrance et la passion de son Seigneur sur la croix et qu'un jour, à son tour, en Achaïe, il s'avancera vers la même croix en disant : "Salut, ô croix tant désirée, si ardemment aimée, reçois-moi puisque c'est par toi que j'ai accueilli en ma vie, le Sauveur et le Salut."

Etre apôtre, c'est non seulement recevoir et accueillir la Parole de Dieu, et la laisser venir à nous. C'est non seulement ouvrir les yeux pour voir ce qui s'accomplit et porter cette parole, mais c'est la laisser être efficace et agir dans notre propre cœur. André était pêcheur, et voici qu'il est devenu pêcheur d'hommes. Il ne vit plus au niveau des figures, au niveau de l'image de cet homme qui dans le lac, dans les eaux profondes jette son filet, il vit au niveau de cette réalité qui est que lorsque la Parole de Dieu est portée, jetée dans le monde, nous prend dans son filet, nous, des hommes bien vivants, en chair et en os, avec nos péchés, avec nos faiblesses, avec nos détresses et avec tout notre cœur. La Parole de Dieu, ce n'est plus simplement la figure de l'Agneau immolé selon la loi de Moïse, mais c'est le Christ, réellement immolé pour nous, Il verse son Sang pour nous. Et la Parole de Dieu, c'est que la croix du Christ, là où Il est mort pour tous devient un jour notre propre croix lorsque nous mourrons pour Lui. 

Etre apôtre, c'est accepter, précisément que la Parole de Dieu prenne chair en nous, dans notre chair, qu'elle fasse de nous sa propre demeure, qu'elle nous ouvre les yeux pour que nous voyions, non plus de notre propre regard, mais que ce soit elle qui ouvre nos yeux afin que nous voyions. Enfin, la Parole de Dieu, c'est elle qui accomplit en nous, définitivement, le mystère du Salut, car si le Christ est mort pour nous, c'est pour que nous mourrions avec Lui, en Lui et par Lui. 

Telle est notre demeure. Tel est l'endroit où nous allons. Tel est le moyen par lequel la Parole chemine dans notre cœur pour nous ouvrir le chemin du ciel, comme à l'apôtre André. 

 

AMEN