LE CLOÎTRE, LIEU DE COMMUNION
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Puits de lumière et lieu de communion - Fontenay
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rères et sœurs, l'abbé saint Colomban a eu le tort de mourir le 23 novembre 615, c'est-à-dire le jour où nous célébrons encore aujourd'hui saint Clément pape, et nous avons jugé bon ici, dans notre paroisse, de repousser cette fête au lendemain pour lui donner une certaine dignité et vous en comprendrez la raison.
Saint Colomban fait partie de cette génération de moines irlandais, ayant une vie un peu austère, mais cette appréciation est faite au regard de la vie confortable de la culture occidentale du XXIème siècle. Il fait partie de cette génération de moines extrêmement nombreux, prolifiques, puisqu'ils se comptaient par centaines dans les monastères irlandais. Il a désobéi à sa mère car elle ne voulait pas qu'il devienne moine, il a quand même rejoint le monastère qui était un lieu d'éducation. Quelques années plus tard, avec quelques compagnons, en 590, Colomban et une douzaine de compagnons débarquent à côté de cette belle ville de Saint Malo.
Il remonte et se dirige vers l'est et après avoir obtenu l'autorisation de s'installer en Austrasie, il commence à défricher certaines forêts des Vosges, notamment à Annegray. Cet endroit étant trop isolé dans les bois, il vient s'installer à Luxeuil pour être plus proche des gens. En effet, ils adoptent une vie équilibrée, à la fois en terme de vie contemplative et en terme d'évangélisation mais aussi en terme de travail manuel, il s'occupe aussi des pauvres et des malades.
Je ne veux pas continuer à égrener des dates, je ferai référence au moins à une chose pour vous expliquer pourquoi dans la liturgie on vous propose un texte lié au Livre des Rois, c'est parce que la vie et le destin de Colomban ont été particulièrement liés avec les différents royaumes qui existaient avant Charlemagne. A chaque fois que Colomban change de lieu, il va voir le roi, pour obtenir l'autorisation de s'installer dans son royaume. On pourrait trouver que c'est un moine très obéissant et qui ne fait rien sans demander l'autorisation du roi, et que c'est encore une preuve de compromission entre le sabre et le goupillon. Il n'en est rien. Une première affaire terrible explose entre lui et la reine Brunehaut et le petit-fils de la reine, qui s'appelle Thierry. Un jour, Colomban est invité par la reine et elle désire lors de cette entrevue que Colomban adoube les enfants illégitimes du roi. Colomban réagit exactement comme saint Jean-Baptiste : il refuse. Cela contrarie la reine, car c'était pour elle l'occasion de montrer à tout le royaume qu'elle avait l'aval d'un homme qui commençait à prendre une certaine stature, mais Colomban ne veut pas. C'est un homme libre par rapport au pouvoir. Il manifeste aussi une grande liberté par rapport à l'Église franque, puisque les irlandais et les francs ne célèbrent pas Pâques le même jour. La reine va décider de profiter de ce petit problème liturgique pour faire appel à l'Église franque afin qu'elle sévisse contre Colomban et ses compagnons. Cela se conclut par une expulsion et ils repartent d'est en ouest en naviguant sur la Loire. Ils arrivent à Nantes, s'embarquent, mais par un fait de la providence divine, le bateau s'échoue sur les côtes sud de la Bretagne, et Colomban et ses compagnons repartent vers la partie actuelle de l'Allemagne, notamment Brégenz pour finalement s'installer à Bobbio en Italie auprès du roi des Lombards.
Je finirai sur une anecdote qui est peu connue dans l'histoire de Colomban, toujours avec ses démêlés avec la reine Brunehaut et le roi Thierry. Celui-ci se rend au monastère avec toute la cour et il décide de forcer Colomban à supprimer la clôture. Thierry argumente sur le fait que ce sont des inventions irlandaises qui ne doivent pas avoir cours entre les frères et le roi. Colomban résiste et c'est ce qui est à l'une des origines de son expulsion. Encore aujourd'hui, dans la mentalité de beaucoup de personnes, la clôture par définition semble aller contre la communion avec nos frères et sœurs. La preuve c'est que nous avons construit généralement deux sortes de vies religieuses surtout au XIXème siècle entre ceux qui sont cloîtrés, et d'autre part ceux qui ne sont pas cloîtrés et qui sont capables d'être au service des pauvres, d'éduquer les enfants, de s'occuper des malades, et ce, particulièrement pour les ordres féminins.
Or, il est remarquable dans l'exemple de saint Colomban c'est qu'il tient les deux bouts. Lui est ses frères moines sont profondément attentifs à l'éducation des enfants, ils s'occupent des pauvres, des malades, ils travaillent, et alors, pourquoi la clôture est-elle tellement importante pour lui puisqu'il passe son temps à être dehors ? Vous avez tous en tête l'architecture d'un monastère (tel qu'il n'était pas au temps de Colomban), et vous savez combien le cloître est un lieu important. C'est vrai que le cloître est vu comme un lieu fermé. Mais quelle est l'origine du cloître ? C'est un lieu de circulation qui vient en fait de la villa romaine à une époque où les couloirs n'existaient pas. Nous on le voit comme un lieu fermé, alors que dans l'architecture monastique, le cloître au contraire est un lieu qui permet d'aller à un endroit à un autre puisque ces lieux ne communiquent pas entre eux : la salle du chapitre ne communique pas avec le scriptorium, qui ne communique pas avec le réfectoire. Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens aujourd'hui, le cloître est un lieu éminemment de circulation.
Je crois que c'est cela la figure de Colomban, et c'est à cette figure que nous sommes aussi appelés, que l'on soit moines ou chrétiens, quand on dit qu'il faut être à la fois apostolique et contemplatif, c'est vraiment l'image du cloître. Le cloître c'est ce lieu apostolique parce qu'il est un lieu de communion et de rencontre, et que chacun d'entre nous, nous avons aussi à être un lieu de communion, pas simplement que nous avons à communier aux autres, mais que nous avons à les aider à se rencontrer et à communier les uns avec les autres ce qui n'est pas tout à fait la même chose. En même temps, le cloître est ce puits de lumière qui reçoit la lumière du ciel. C'est à cela que nous sommes aussi appelés, être un puits de lumière et en même temps être un lieu de communion envers nos frères et nos sœurs.
Que cette fête de saint Colomban nous rappelle les éléments fondamentaux de la vie chrétienne proposés par un moine prêtre, évangélisateur et contemplatif, et que nous devenions ces puits de lumière et ces cloîtres de communion.
AMEN