SAINT COLOMBAN LE MOINE ITINÉRANT
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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eux d'entre vous qui sont amateurs de sensations fortes, je vous invite à lire la règle de saint Colomban, et plus particulièrement le pénitentiel. On y apprendra que le frère qui n'a pas tracé un signe de croix sur sa cuiller avant de commencer à manger, sera battu six fois, et celui qui mange avant la bénédiction donnée par le père abbé, sera aussi frappé six coups. On apprendra aussi que deux cents coups équivalent à deux journées de jeûne : manger du pain et boire de l'eau. Cela peut nous paraître extrêmement exotique, ce monachisme irlandais, aussi exotique que le monachisme développé par les pères du désert au fin fond de l'Égypte, deux pays de l'extrême, l'Irlande, battu par le vent, par le froid, par la mer, et ce désert d'Égypte avec ce soleil cinglant et la chaleur à crever.
En quoi cela nous concerne-t-il, nous qui sommes au pays de la Méditerranée, des oliviers, du bon vivre, du pastis, et de tout ce que vous voulez ? Je crois que saint Colomban gagnerait à être connu d'une autre manière que par son pénitentiel qui en fait, ne reflète pas vraiment ce qu'il a été. saint Colomban st né en Irlande d'une famille extrêmement catholique, mais en même temps si peu catholique comme dans ces familles, quand le jeune homme a dit à ses parents et surtout à sa mère qu'il voulait devenir moine, sa mère a piqué une crise, elle s'est même allongée devant l'entrée de la porte pour interdire à son fils de passer le seuil, et il a dû passer carrément par-dessus le corps de sa mère pour pouvoir réaliser son rêve, pour rentrer dans un monastère. Ce n'est pas n'importe quel monastère, il est très connu à l'époque, extrêmement dur, à Bangor, où ils sont trois mille. Imaginez un monastère avec trois mille moines !
Au bout d'un moment, ce brave Colomban, non pas qu'il trouve la dureté de la vie trop pénible pour lui, ou même les exercices intellectuels trop compliqués, car il était très doué, mais il aspire à autre chose. Il aspire à traverser la mer pour annoncer l'évangile. Dans un premier temps, son père abbé refuse, et au bout d'un moment, il le laisse partir avec douze frères. Douze frères sur trois mille …je pense que le monastère de Bangor, même s'il devait être triste de voir partir douze frères, je pense que c'est moins difficile que quand des fondations se font avec quelques frères qui partent et quelques frères qui restent. En tout cas, voici Colomban qui part avec des frères irlandais et qui se met à traverser ce beau pays de la France qui à l'époque est divisé en la Neustrie, l'Austrasie, etc …Je vous renvoie à votre lecture préférée, la Mallet-Isaac. Il arrive aux confins des Vosges, et là au beau milieu de tous les problèmes politiques, on lui confie un petit morceau de terre, ou plutôt c'est lui qui demande la terre la plus aride et la plus difficile, le Vosges, les sapins, et il fonde un premier monastère qui s'appelle Annegray. Assez rapidement, il fonde un autre monastère qui est beaucoup plus connu c'est Luxeuil. A côté de Luxeuil, il fonde Fontaines, un endroit où l'eau coule, où le terre est très riche, et c'est à partir de Fontaines d'ailleurs que les moines pourront faire pousser le blé, et pourront ainsi nourrir les différents monastères. Nous avons l'impression que saint Colomban, dans un premier temps, a pu faire l'exacte réplique de ce qu'il avait vécu en Irlande, au fin fond des Vosges. Un "copier-coller", pour parler le langage actuel, avec les cellules des frères, la vie rigoureuse, etc …Mais c'était compter sans les vicissitudes politiques et le franc)parler aussi de Colomban, il se met à dos Madame Brunehaut, cette dame ayant un caractère haut en couleur, et une place politique assez importante, et Colomban est envoyé en exil. Les autorités politiques ne veulent plus entendre parler de ces frères irlandais qui, non contents d'être arrivés en territoire conquis, n'ont même pas pris la peine d'ailleurs de tisser des liens avec les évêques locaux, l'épiscopat et les prêtres, et donc, que ce soit le pouvoir politique ou l'épiscopat, tombant sur le dos de Colomban et de ses frères irlandais, ils les envoient en exil. C'est un exil très long, puisqu'une troupe lourdement armée les ramène jusqu'à Nantes. Et ce voyage va être l'occasion d'une évangélisation, c'est-à-dire que chaque jour d'arrêt, les frères ont l'occasion de rencontrer des chrétiens, et c'est l'occasion pour eux d'être touchés par ces moines qui ne demandaient qu'à vivre leur vie en Dieu, et qui se retrouvent chassés de France pour des questions de pouvoir politique. Les moines arrivant à Nantes, le bateau qui devait les renvoyer ne peut pas quitter le port, il y a une tempête terrible, et les frères vont retraverser toute la France pour arriver à Soissons. Cette fois, la situation politique a changé, et ils obtiennent protection auprès de Clotaire II qui leur envoie une troupe non plus pour les expulser, mais pour les accompagner en Lorraine, jusqu'à Köblence, jusqu'à cette ville que nous appelons maintenant saint Gall en Suisse, pour arriver ensuite aux portes de Milan à Bobbio.
Pourquoi ai-je pris la peine de détailler ce voyage ? Vous vous rendez compte que saint Colomban et la plupart de ses frères n'ont pas vécu la clôture au sens où nous l'entendons. Ils n'ont pas vécu la règle, même au niveau de la règle alimentaire comme nous, nous la lisons dans leur règle. Ils ont vécu une vie monastique errante. Ils ont découvert que la clôture n'est pas d'abord un mur de pierres érigé entre le monde extérieur très méchant et le monde intérieur du monastère absolument parfait et nickel, mais que la véritable clôture, c'est la clôture du cœur. Saint Colomban a su vivre la clôture du cœur quand il s'est retrouvé face à des situations politiques et humaines extrêmement difficiles, à la fois pour dire les choses aux autorités politiques au mépris de sa vie et en même temps, en découvrant combien il était écouté et apprécié par certaines autorités politiques, il n'a jamais cédé à la tentation d'être le faiseur et de défaiseur des hommes politiques. Grande tentation et quel orgueil pour un homme de Dieu que de se mettre au-dessus même des autorités politiques.
Saint Colomban, parti pour refaire le modèle de la vie monastique irlandaise s'est vu créer un modèle complètement différent fondé sur l'évangélisation qui était de suivre l'Esprit Saint. Il lui est arrivé de nombreuses fois, de vivre des événements qu'il n'avait pas demandés parce qu'il a été ballotté par ces circonstances politiques de l'époque. C'est un homme exactement à l'image, et c'est pour cela que nous lisions ce passage magnifique d'Élie et Élisée. Quand vous entendez Dieu dire tout de go dire à Élie : maintenant tu vas oindre Azaël, etc …quel est le passage qui est juste avant cet ordre donné par Dieu ? C'est Élie qui après avoir fui la méchante reine Jézabel arrive à l'Horeb, rencontre Dieu dans cette petite brise légère et aurait peut-être pu demander à Dieu : après tout ce que j'ai subi, laisse-moi me reposer, je t'ai rencontré au cœur même de la brise légère de la contemplation du mystère du silence et de la tranquillité, laisse-moi souffler ! Qu'est-ce que Dieu demande à Élie ? c'est de repartir sur la route. En quelque sorte, c'est ce qui s'est passé aussi pour Colomban. Il n'a jamais pu souffler, imaginez qu'à soixante-dix ans, alors qu'il aurait pu demander de pouvoir rester un peu tranquille, pour des problèmes politiques il a dû quitter Köblence et partir jusqu'à Bobbio à côté de Milan pour fonder une nouvelle communauté.
Cette vie monastique de Colomban elle ne doit pas être caricaturée à travers la règle de vie qu'il nous a laissée, surtout le pénitentiel, la règle de vie est courte et simple, mais que le modèle de Colomban soit pour nous l'occasion de découvrir comme il le disait dans un texte beaucoup plus beau : l'instruction spirituelle. Il disait à ses frères : "Ne soyez pas les peintres d'une image étrangère. De fait, il peint l'image d'un tyran celui qui se montre violent, colérique ou orgueilleux. Aussi pour ne pas introduire en nous l'image d'un tyran, laissons le Christ peindre en nous son image. Il l'a peint lorsqu'il a dit : je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix".
Frères et sœurs, Colomban sut à chaque instant de sa vie laisser le Christ peindre en lui son image, l'image d'un homme de Dieu, l'image d'un homme libre vis-à-vis des pouvoirs politiques, l'image d'un homme qui a traversé toutes ces régions qui n'étaient pas évangélisées pour annoncer la paix à tous les hommes.
AMEN