ÉCOUTER LA PAROLE ET FAIRE CE QU'ELLE DIT

1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

T

rès souvent, ce passage d'évangile, est choisi par les fiancés, lors de la célébration de leur mariage. Je reste toujours un peu dubitatif du choix d'un tel texte, car je me demande s'ils ne sont pas entrain de faire fausse route. L'idée, lorsque l'on fonde un foyer, certains jeunes qui se veulent "catho" comme on dit, choisissent ce passage d'évangile pour bien manifester qu'ils veulent bâtir et fonder leur foyer sur le roc, que ce soit du solide et que cela tienne. Dans ces cas-là, l'expérience qui se dégage, c'est qu'ils sont convaincus que c'est dans l'Église, par la morale, par les valeurs que l'Église transmet, par la vie sacramentelle, que le foyer tiendra bien et sera solide.

Or, ce qu'on oublie, c'est que dans ce passage d'évangile le Seigneur pointe exactement ceux qui croient être arrivés au niveau du christianisme. "Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons fait bien des miracles ?" Et nous pourrions dire : Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que j'ai chanté tes louanges ? Que j'ai participé à la messe ? Que j'ai fait de la catéchèse ? Alors, cette maison fondée sur le roc ? Il ne faut pas se tromper. Jésus prend l'exemple de la maison sur le roc pour dire : qui écoute ses paroles et ne les met pas en pratique, est comme une maison bâtie sur le sable. En revanche, ceux qui mettent en pratique la parole entendue, alors, leur maison est fondée sur le roc. Ce qui veut dire que Jésus essaie de traquer jusqu'au bout la tentation, l'attitude, le péché qui est encore le nôtre, le péché du pharisien. Se croire arrivé, établi parce que l'on aurait fait ce qu'il fallait faire. Or, toute attitude de l'ordre de la morale, de l'éthique, n'épuise jamais la Parole de Dieu, elle est bien au-delà. C'est pourquoi, mettre en pratique, écouter la Parole est si fondamental dans ce passage d'évangile précédé justement du choix des deux voies, choisir la voie de la vie ou celle de la mort, Jésus invite à ce que l'on appellera la conversion profonde, c'est-à-dire à saisir combien c'est tout l'être qui est touché, pas seulement l'extérieur de mon être capable du meilleur religieux, mais d'être d'autres "christs". Etre touchés intérieurement par ces paroles : ceci est mon corps livré pour vous, et c'est effectivement le corps livré sur la croix. En somme l'homme est toujours capable d'avoir un culte, d'avoir une religion, d'avoir des principes, d'avoir une morale, tout ce que l'on veut. Jésus dit : ce n'est pas cela qui sauve. Ce qui sauve, c'est que cette Parole se met dans le cœur, change quelque chose à l'attitude profonde de ce que je crois être et de ce que je crois que Dieu est.

C'est justement l'expérience de Colomban dont on se plaît à souligner qu'il a établi des monastères dont la règle était d'une austérité surprenante. On peut se dire que c'était simplement un exercice ascétique profond. Mais, ce qui est intéressant, c'est que c'est lié justement à l'annonce de la Parole, à l'évangélisation, et qu'il met en rapport le style de vie avec la Parole annoncée, pas simplement pour faire bien dans le décor, car il réagit à un monde, surtout face à des populations barbares très peu évangélisées au septième siècle qui ont besoin de saisir que le religieux n'est pas une attitude extérieure mais un art de vivre intérieur qui est une configuration au Christ. Ainsi, être baptisé n'est pas un acte extérieur, voire magique, mais bien une transformation profonde de l'être qui fait que tous les jours on est appelé à passer de la mort à la vie.

Alors, cette maison bâtie sur le roc, c'est justement celle de l'adéquation entre la Parole entendue et cette Parole qui réalise ce qu'elle dit, comme lorsque Dieu dit : "Que la lumière soit, et la lumière est".

 

 

AMEN