JE NE VOUS CONNAIS PAS !
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 1988)
Homélie du Frère Michel MORIN
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lle est vraiment d'une très grande dureté cette parole de Jésus : "Retirez-vous ! Ecartez-vous ! Vous commettez l'iniquité, je ne vous connais pas !"
Dans ce court discours de Jésus, cette parole s'adresse à ceux qui disent : "C'est en ton nom que nous avons fait tout ce que nous avons fait !" C'est en ton nom que nous avons donné le meilleur de nous-mêmes. C'est en ton nom que nous avons fait les oeuvres que Tu nous as laissé faire. C'est en ton nom que nous avons vécu notre vie. Et Jésus dit, hélas : "Je ne vous connais pas pour autant !"
C'est notre situation, je pense. C'est bien "au nom du Seigneur" que nous sommes là. C'est bien "au nom du Seigneur" que nous prenons part à quelque activité. Alors, est-ce que nous entendrons cette parole : "Mais je regrette, je ne vous ai jamais vus ! Je ne vous connais pas !" Il ne faut pas se bercer d'illusions ou de rêves. Et la deuxième partie du discours nous explique ce que Jésus veut dire. Au fond, Il nous dit qu'il y a deux façons de vivre. Ou bien vous vous laissez ballotter selon les vents, selon la pluie, selon les circonstances extérieures de votre vie. Et à ce moment-là, vous le savez très bien, cela ne tient pas, ça s'écroule. Ou bien vous construisez, non pas contre les événements, mais tout en tenant compte d'eux, vous construisez sur le roc. Et le roc, c'est ma Parole et elle seule. Tout autre événement, tout autre circonstance, tout autre parole, tout autre discours, même les vôtres, c'est du vent ou de la pluie, c'est de la tempête. Cela fait beaucoup d'effet, mais cela ne construit pas, et vous allez à votre propre ruine.
La Parole de Dieu, ce n'est pas un élément parmi d'autres de notre vie, ce n'est pas une parole parmi d'autres, et Dieu sait s'il y en a beaucoup d'autres, pas forcément mauvaises d'ailleurs. La Parole de Dieu n'est pas un des événements qui nous sont arrivés ou qui chaque jour, chaque dimanche nous arrivent lorsque nous entendons l'évangile. La Parole de Dieu, c'est-à-dire la chair du Christ, ce n'est pas un discours la Parole de Dieu, c'est la chair du Christ. La Parole de Dieu doit être le seul fondement de notre vie. c'est-à-dire que tout ce qui nous arrive, que tout ce que nous voulons faire ne doit avoir comme raison et comme fin et comme but que la Parole de Dieu. Pour nous croyants, cette Parole de Dieu est unique et elle doit être unique. C'est la seule raison, c'est le seul fondement, c'est la seule fondation possible pour que notre vie ne tombe pas en ruines.
Et souvent nous nous le disons les uns aux autres :"Je n'arrive pas à construire ma vie. Ce que j'ai fait ne tient pas, soit pour les oeuvres extérieures, soit même souvent pour nos décisions intérieures. "Ah j'ai pris telle décision mais je n'y arrive pas !" Mais sur quoi avez-vous fondé votre décision ? sur quoi avez-vous fondé l'œuvre que vous voulez faire ? C'est là qu'est non pas la question mais la réponse.
Alors nous allons demander à saint Colomban, lui qui a su mettre la parole en pratique, c'est-à-dire qui a su laisser toute sa vie, toutes ses dispositions intérieures et toutes les situations extérieures qu'il a vécues, il les a laissé travailler par la Parole de Dieu. Et ainsi cette Parole de Dieu s'est coulée en lui, comme un ciment de fondation, pour devenir le roc de tout ce que lui-même allait bâtir. Dans cette eucharistie nous prions pour que nous puissions, sans cesse, reprendre la véritable mesure de la Parole de Dieu qui est ce roc, ce poids, cette solidité hors de laquelle notre vie n'est que mouvance sable mouvant et perdition.
Cette Parole, elle s'incarne maintenant dans l'eucharistie. Et c'est l'eucharistie qui est désormais la pierre d'angle, la pierre de fondation de notre propre vie et de la vie de l'Église. Et c'est ainsi, et à cette seule condition, que la demeure de Dieu que nous voulons "bâtir", à laquelle nous voulons apporter notre part, reste solidement fixée sur sa fondation. Et alors nous pouvons, non seulement nous réjouir d'y vivre, mais y accueillir tous ceux qui sont encore à l'extérieur de cette maison, saisis, pris, désorientés par les tempêtes qui déferlent sur notre monde.
AMEN