MOINE ET APÔTRE
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN

Arlt : la règle monastique
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n pourrait dire, en regardant ce qui reste de l'œuvre de saint Colomban que grande a été sa vie. Car ce moine, d'origine irlandaise n'est pas resté sur son île, mais, très tôt, il est venu parcourir les pays d'Europe. Il s'est d'abord établi dans la Franche-Comté actuelle où il a fondé un monastère, celui de Luxeuil qui eut dans la Gaule du septième siècle un très grand rayonnement, mais il n'en reste presque plus rien, si ce n'est le souvenir. Ayant dû quitter cette région, il a descendu la Loire jusqu'à Nantes où il a voulu s'établir mais s'où il a été refoulé jusque sur les rives du Rhin. Et c'est au lac de Constance qu'il a établi un second centre monastique dont il ne reste plus rien. Il a ensuite quitté le Sud de la Bavière pour les plaines du Pô et, dans le nord de l'Italie, il a fondé un autre monastère dont il ne reste que peu de chose. Il a donné à tous ses moines une règle qui n'est plus vécue, puisque la règle de saint Benoît a pris le dessus et est devenue la règle universelle des moines en Occident.
C'est simplement la vue humaine de l'œuvre de saint Colomban. Peu importe, après tout, que les murs s'écroulent ou peut-être que la règle qu'il a laissée ne soit plus appliquée. L'important, c'est qu'il a bâti sa maison sur le roc du Christ et rayonnement de sa sainteté brille encore dans les régions qu'il a évangélisées et dont certaines, comme 1'Irlande ou certains pays de Bretagne lui vouent encore un culte et une dévotion.
Et nous sommes, ici, assez sensibles à saint Colomban parce que nous pouvons le considérer comme un de nos aînés. Un de nos aînés parce qu'il est un saint et un saint est toujours un frère aîné qui nous précède, qui a ouvert des chemins sur lesquels nous-mêmes nous marchons avec difficulté. C'est un frère aîné aussi parce qu'il a eu le sentiment vif et sûr que la vie monastique pouvait s'épanouir de façon totale, de façon heureuse dans la vie apostolique. Cette vie apostolique, il ne l'a pas menée de la même façon que nous, puisqu'il était un itinérant et que nous ne le sommes pas, nous sommes stables. Il l'a menée au bord des rives des différents fleuves d'Europe et nous nous la menons au bord des rives de votre cœur, de votre vie. Et c'est là que Dieu, petit à petit, construit le sanctuaire de sa demeure, et nous savons bien que si le temps des barbares et des païens, du moins dans notre Europe, historiquement en tout cas, est terminé, notre cœur est toujours un pays de barbares et de païens, que c'est bien là que notre propre vie, notre propre désir d'évangélisation doit bâtir la maison du Christ. Et cette maison, nous savons que, bâtie dans sa prière, bâtie dans la confession de la foi, bâtie dans la recherche du visage de Dieu, Celui qui a dit dans l'évangile : "Je vous regarderai en face !", cette maison-là est solide, cette maison-là ne s'écroulera pas, quoi qu'il arrive de la construction humaine de cette Église ou de la règle que nous-mêmes nous vivons. Le Christ Lui-même bâtit sa maison dans notre cœur et saint Colomban est ce frère aîné qui, comme une lumière sur notre route, sur la route de notre communauté chrétienne nous dit qu'aujourd'hui, encore, il est essentiel pour notre propre évangélisation de garder ce désir et cette passion du visage du Christ, de la contemplation personnelle et continuelle et en même temps et cela va ensemble, la proclamation de ce que nous voyons, de ce que nous vivons. Pour nous-mêmes d'abord et les uns pour les autres, car nous avons grand besoin de notre témoignage commun et collectif, de ce témoignage de la foi que nous vivons, que nous cherchons. Et en même temps aussi, pour ce monde d'aujourd'hui qui est bien aussi barbare et aussi païen que celui qu'a fréquenté saint Colomban.
A sa prière, à sa prière probablement plus pressante aujourd'hui, peut-être aussi plus affectueuse, parce que nous le célébrons d'une façon plus solennelle à sa prière puissions-nous être, comme lui, cet homme qui dit : "Seigneur ! Seigneur", mais parce que, avant, il a mis en pratique la volonté de Dieu.
AMEN