LA VIE MONASTIQUE SELON SAINT COLOMBAN
1 R 19, 15-16+19-21 ; Mt 7, 21-27
St Colomban - (24 novembre 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Cadouin : chapiteau du cloître
La confession du moine
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n célébrant saint Colomban, nous fêtons une race de moines tout à fait singulière. Ce sont des moines irlandais qui, vers la fin du sixième siècle, ont connu un très grand essor apostolique qui va continuer jusqu'à l'époque carolingienne. Et l'on peut dire que le chef de file c'est précisément saint Colomban.
De sa jeunesse, de sa formation au monastère, nous ne savons pratiquement rien. Nous savons seulement que, vers l'année 590, il a quitté son monastère, avec une équipe de moines. Il a traversé la Grande-Bretagne et, par le Nord de la France, il est arrivé dans la région des Burgondes, la Bourgogne actuelle, plus spécialement dans la région de Luxeuil où il a fondé un monastère. Là, on ne sait pas trop pour quelle raison, il s'est attiré les foudres de la reine Brunehaut qui ne pouvait pas le sentir et qui l'a chassé de son territoire. Alors Colomban est reparti vers l'Ouest, il a traversé toute la France en suivant la Loire, il est arrivé à Nantes. Là ça n'a pas dû tellement marcher, il n'a pas pu s'installer là-bas, il est reparti. Il a retraversé la France dans l'autre sens, il a rejoint le Rhin et l'a remonté, ainsi que ses affluents, jusque dans la région de Zurich et Brégenz, où il commencé à établir de nouveaux monastères avec de nouveaux compagnons. Puis, curieusement, il n'est pas resté là, et remontant encore le cours du Rhin, franchissant les Alpes il est arrivé en Ligurie à Boggio ou il a fondé son dernier monastère et ou il est mort en 615.
Quel était le secret de ces moines qui étaient des acharnés, car l'Europe de cette époque-là et des régions des Burgondes, de la Suisse et du Nord de l'Italie qu'il a connues, étaient extrêmement sauvages et pratiquement pas encore civilisées ? Ce sont eux qui, dans la région de Luxeuil font les Premières percées civilisatrices, pour ne rien dire de la région de Zurich et de Brégenz. Et traverser les Alpes à cette époque demandait du courage. Qu'est-ce qui pouvait les porter, qu'est-ce qui pouvait les soutenir dans cet effort ? Je crois que c'est essentiellement le fait que leur vie était basée sur deux grandes certitudes.
La première c'était l'urgence de l'annonce du salut et de la miséricorde de Dieu. Ces moines irlandais ont parcouru tous ces territoires de l'Europe, car saint Colomban aura d'autres émules, parce qu'ils se rendaient compte du manque de connaissance de l'évangile. Au fond, ils ont pris au sérieux la finale de saint Matthieu : "Allez enseigner toutes les nations !" Et puisque l'Europe venait d'être dévastée par les Barbares et que c'était l'Irlande qui, du point de vue de la chrétienté, avait pris le relais, ils avaient pressenti qu'il y avait un devoir missionnaire vis-à-vis de cette vieille Europe dont les structures sociales et religieuses de l'Empire romain s'étaient un peu écroulées sous les coups des diverses invasions barbares. La première intuition est donc une intuition missionnaire extrêmement proche des gens qui s'est traduite par le fait que c'est aux moines irlandais, et à saint Colomban notamment, que nous devons les Pénitentiaires. Quand ils sont arrivés dans ces régions extrêmement frustes, saint Colomban s'est aperçu que la discipline de la pénitence qui réconciliait très rarement, et souvent sur leur lit de mort tous les gens, était d'une rigueur catastrophique. C'est lui qui, le premier, a propagé la pratique de la confession, de l'aveu des péchés, en étendant la forme du Chapitre des moines qui avouent leurs péchés au milieu de la communauté, pour que, à travers ce geste de la confession des péchés, soit donné le signe évident du désir de la miséricorde de Dieu, et que les prêtres qui écoutaient cette confession puissent donner l'absolution. Ainsi le désir de saint Colomban, c'est que l'évangile soit proclamé, que la miséricorde soit annoncée et qu'elle soit la plus proche possible des hommes qui en avaient besoin et qui vivaient sous une discipline pénitentiaire trop dure à modifier. C'est de cette réforme de sacrement de pénitence par les moines irlandais que nous vivons encore aujourd'hui. C'est là que notre sacrement de pénitence, dans sa forme actuelle (non pas dans sa réalité qui existait depuis le Christ) prend son origine.
La deuxième chose c'est que saint Colomban a vécu la page d'évangile que nous avons lue tout à l'heure. Il ne s'agissait pas simplement de dire Seigneur, Il ne suffisait pas de proclamer l'évangile, de parler de Dieu. Il fallait l'enraciner dans sa propre vie. Pour saint Colomban, la vie monastique, c'est le premier lieu de l'évangélisation. C'est son propre être, c'est la propre existence du moine qui doit d'abord recevoir la Parole de Dieu, qui doit être fondée sur la Parole de Dieu. Si on se contente de dire "Nous avons prophétisé, nous avons chassé les démons en Ton Nom", évidemment le Nom de Dieu a été actif et efficace, mais pour autant, nous n'avons pas encore été évangélisés par cette Parole. Peut-être que nous l'avons portée aux autres, mais nous-mêmes, nous n'en avons pas bénéficié. C'était cela le sens de la vie monastique telle que la concevait saint Colomban. C'était de bâtir, de bâtir sur la Parole de Dieu, de bâtir toute sa vie sur la Parole de Dieu, sur le roc de la Parole de Dieu pour qu'au moment où viennent les tempêtes et les épreuves, comme cela est arrivé fréquemment dans la vie de saint Colomban, à ce moment-là, la maison ne s'écroule pas. C'est ce qu'il a accompli. Jusque vers les années 800 ou 900 l'implantation des communautés monastiques de style irlandais s'est développée, avant que le monachisme de type bénédictin ne prenne leur place dans toute l'Europe.
Nous prierons saint Colomban et nous demanderons par son intercession de retrouver ce double enracinement : cet enracinement monastique, au sens de fonder sa vie sur la réalité même de la Parole de Dieu, de l'accrocher dans la Parole de Dieu de telle sorte que, comme la maison bâtie solidement sur le roc ne fait qu'un avec lui, notre vie, notre existence soit vraiment fondée sur la Parole de Dieu. Et puisque, parce que nous avons, par grâce, été fondés sur cette Parole, nous ayons le goût et la joie de l'annoncer à nos frères.
AMEN