HUMILITÉ ET FERMETÉ

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Douceur et humilité

F

rères et sœurs, comme je vous le disais tout à l'heure, saint Clément de Rome que nous célébrons aujourd'hui est le troisième successeur de saint Pierre sur la chaire de la ville de Rome. Ceci nous le savons par les listes officielles des papes, et aussi par le témoignage de saint Irénée qui nous donne les noms des premiers successeurs de saint Pierre.

Mais nous connaissons aussi saint Clément de Rome par une lettre très belle et importante qu'il a écrite aux chrétiens de l'Église de Corinthe. Il y avait déjà deux épîtres aux Corinthiens de saint Paul qui était obligé de morigéner les Corinthiens qui étaient assez indisciplinés, et nous voyons quelques années plus tard les mêmes événements de reproduire. Il y a eu une révolte à l'intérieur de la communauté chrétienne de Corinthe qui voulait déposer les presbytres (les évêques), qui sont à la tête de la communauté pour les remplacer par d'autres chrétiens qui briguaient ce poste. Clément, comme évêque de Rome, va répondre à ces événements et supplier les Corinthiens de revenir dans la paix, la concorde et l'amitié fraternelle.

Cette lettre de Clément de Rome est fort belle. Elle se manifeste par deux caractéristiques qui sont une définition de ce qu'est la primauté romaine. Ces deux caractéristiques sont la fermeté qui est forte et exigeante et l'humilité qui ne fait pas tomber le message comme un couperet sur les coupables mais qui les prend par la main pour les guider et les conduire jusqu'à la paix.

Pour illustrer ce que je viens de dire, dès le début de sa lettre, après l'adresse, il dit ceci : "Tout cela mes bien-aimés, si nous vous l'écrivons, ce n'est pas seulement comme un avertissement à votre égard mais c'est pour nous le remémorer à nous aussi, car nous sommes au bord de la même arène, et c'est le même combat qui nous attend". Au lieu de se mettre à l'écart des révoltés pour les juger, Clément de Rome se situe sur la même ligne qu'eux : nous sommes menacés par les mêmes péchés et c'est à nous aussi qu'il faut faire les mêmes remontrances.

Ensuite, il va donc parle assez longuement de la concorde et de la paix et des événements de Corinthe et de l'union de l'Église. Il prend l'image du corps du Christ empruntée à saint Paul et dit que déchirer la communauté, c'est lacérer le corps du Christ : "Pourquoi des querelles, des colères, des disputes, des scissions, des guerres parmi vous ? N'avons-nous pas un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit de grâce qui a été répandu sur nous, une seule vocation dans le Christ ? Pourquoi écarteler, pourquoi déchirer les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps et en arriver à un tel degré de démence ? Oublions-nous que nous sommes les membres les uns des autres ? Rappelez-vous les paroles du Seigneur Jésus : malheur à cet homme-là, il vaudrait mieux pour lui de n'être pas né que de scandaliser le plus petit de mes élus. Vos scissions en ont détourné beaucoup, elles en ont jeté beaucoup dans le découragement, beaucoup dans le doute, et nous tous dans le chagrin".

Il va exhorter les Corinthiens à remettre au cœur de leur vie la charité qui unit les chrétiens les uns aux autres, unissant chacun avec le Christ : "La charité dans le Christ, s'il pratique les commandements du Christ, le lien de la charité de Dieu qui peut le raconter ? La grandeur de sa beauté, qui est capable de l'exprimer ? Elles sont ineffables les hauteurs où fait monter la charité. La charité nous unit à Dieu, la charité couvre la multitude des péchés, la charité endure tout, elle patiente pour tout, il n'est rien de bas dans la charité, rien qui s'enfle. La charité ne fomente pas la révolte. Elle opère tout dans la concorde, c'est dans la charité qu'on été rendus parfaits les élus de Dieu. Sans la charité, il n'est rien qui puisse plaire à Dieu. C'est dans la charité que le Maître nous a attirés à lui, c'est à cause de sa charité envers nous que Jésus-Christ Notre-Seigneur a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour notre vie".

C'est sur ces fondements qu'il va suggérer aux révoltés de Corinthe la marche à suivre pour se comporter en dignes fils de Dieu et frères du Christ. Il prend comme référence Moïse qui guidait la peuple dans le désert et qui subissait constamment les révoltes du peuple pourtant délivré par Dieu : "Dieu dit à Moïse : je t'ai parlé une fois, et même deux fois en ces termes : j'ai vu ce peuple et c'est un peuple au cou raide. Laisse-moi les exterminer, j'effacerai leur nom de dessous le ciel et je ferai de toi Moïse, une grande et admirable nation plus nombreuse que celle-ci. Mais Moïse répondit : Seigneur, efface-moi plutôt du livre des vivants, mais pardonne à ce peuple son péché. O grande charité, ô perfection qu'on ne peut surpasser. Un serviteur s'exprime en toute franchise, il implore le pardon pour la multitude ou bien il réclame d'être supprimé lui aussi avec eux".

C'est ce que Clément de Rome va aller jusqu'à suggérer aux révoltés de Corinthe : "Qui donc parmi vous a le cœur noble rempli de cette charité ? S'il y a à cause de moi une révolte, une querelle, une division, je quitte le pays, je m'en vais où vous voulez, j'obéis aux ordres de la multitude Que seulement le troupeau du Christ vive en paix avec les presbytres qui sont installés à sa tête". Voilà ce que suggère Clément de Rome aux révoltés de Corinthe, s'il le faut, il s'en ira, il quittera Corinthe, et eux vivront leur vie chrétienne dans un endroit où ils ne se sont pas couverts de honte.

Frères et sœurs, demandons au Seigneur de donner à Benoît XVI, au pape actuel, la même attitude que Clément de Rome, cette attitude remplie de solidité, de fermeté, et en même temps, pleine de miséricorde, de douceur et de compassion.

 

AMEN