UNE LETTRE FRATERNELLE

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Le troisième successeur de Pierre

 

F

rères et sœurs, c'est une grande figure de l'Église primitive dont nous faisons mémoire aujourd'hui. Evidemment, dans une période aussi reculée, les renseignements que nous avons sont en petit nombre et pourtant, ils dessinent un visage très remarquable.

Vous avez entendu tout à l'heure dans l'épître aux Philippiens, Paul parle de Clément qui l'a aidé à la conversion des pays méditerranéens. D'autre part, une tradition très ancienne nous dit que Clément a été ordonné sans doute évêque, par Pierre lui-même. Toujours est-il que saint Irénée nous donne la liste des premiers papes, des premiers évêques de Rome, et nous constatons sur cette liste que Clément est le troisième successeur après Lin et Clet qui n'ont pas laissé grand-chose comme souvenirs.

Mais surtout, nous avons la chance de posséder de Clément de Rome, une lettre, une épître aux Corinthiens, qui prend la suite d'une façon étonnante des deux épîtres que Paul lui-même a écrit, car cette Église de Corinthe a toujours été assez remuante. Et de même qu'il y avait pas mal d'erreurs et de pratiques condamnables du temps de saint Paul, de la même manière, du temps de Clément, l'Église de Corinthe se divise, rejetant une partie des presbytres qui ont été nommés à sa tête pour essayer de faire prendre l'autorité par d'autres personnes de cette Église. C'est ce qui conduit Clément de Rome à écrire à l'Église de Corinthe pour la ramener dans le droit chemin.

Je voudrais simplement relever ce matin une seule indication dans cette épître de Clément de Rome aux Corinthiens. Il leur parle avec beaucoup de fermeté, de solidité, mais aussi avec une très grande humilité. C'est cela qui est très remarquable de la part de l'Église de Rome, de la part de celui qui est l'évêque, le chef de cette Église et qui a la mission de veiller sur toutes les Églises.

Voilà la manière dont Clément de Rome introduit son sujet. Il vient de parler du péché de jalousie qui depuis Caïn l'a dressé contre son frère Abel jusqu'à nos jours, jusqu'à ces membres de la communauté de Corinthe qui veulent rejeter certains de leurs presbytres, il parle donc de la jalousie comme étant la racine de tous les péchés. Voilà ce qu'il dit : "Tout cela bien-aimés, si nous vous l'écrivons, ce n'est pas seulement comme un avertissement à votre égard, c'est pour nous le remémorer à nous aussi, car nous sommes au bord de la même arène et c'est le même combat qui nous attend". Clément et l'Église de Rome avec lui, ne se posent pas comme des gens qui ont toute vérité, qui ont toutes les vertus et qui peuvent se permettre de rappeler à l'ordre ceux qui ne sont pas aussi fidèles que l'Église qui leur parle. Il ne se pose pas en juge, il ne se pose pas en condamnateur, il se pose en frère.

"Tout cela nous vous l'écrivons, non pas seulement comme un avertissement à votre égard (l'objet de la lettre ce sont les désordres de l'Église de Corinthe), mais pour nous le remémorer à nous aussi". Car nous sommes au bord de la même arène, nous sommes au bord du même combat, nous sommes soumis aux mêmes tentations, nous risquons de tomber dans les mêmes péchés, et c'est le même combat qui nous attend. Par conséquent dans toute cette lettre, il ne va pas simplement rappeler à l'ordre l'Église de Corinthe, mais il va rappeler à l'ordre toutes les Églises, y compris la sienne propre, celle de Rome. D'ailleurs, tout au long de la lettre il dira : "Obéissons, rendons grâces, reconnaissons nos péchés". Il parlera toujours à la première personne du pluriel se mettant dans la même situation que l'Église de Corinthe qu'il est chargé de rappeler à l'ordre.

C'est une façon tout à fait importante de vivre cette primauté romaine. Vous le voyez, ce n'est pas du haut d'une chaire de sainteté ou d'absolu de perfection que parle Clément, il parle dans le même combat que ceux à qui il s'adresse. Il parle comme un pécheur parle à d'autres pécheurs, comme un homme tenté parle à d'autres qui subissent cette tentation, et il faut pour les uns comme pour les autres, dans une entraide fraternelle se défendre du mal et du péché qui sans cesse rôde à l'horizon de notre vie.

Que cette manière de parler de Clément de Rome reste celle de tous les chrétiens, et en particulier de l'Église de Rome, et demandons au Seigneur de nous donner cette vie fraternelle qui nous aide à nous porter les uns les autres.

 

 

AMEN