LA LETTRE DE CLÉMENT DE ROME
Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ierre, Lin, Clet, Clément, ainsi commence l'énumération des noms des évêques de Rome. Et saint Clément de Rome que nous célébrons aujourd'hui, avec sa lettre, épître aux Corinthiens et cette histoire qui nous est racontée par Eusèbe de Césarée en 170 après Jésus-Christ, cette lettre a été écrite vers les années 95, donc, en 170 après Jésus-Christ. L'évêque de Corinthe qui s'appelle Denys écrit à l'évêque de Rome, Soter, en lui disant : "le dimanche quand nous nous réunissons pour prier et pour l'eucharistie dominicale, nous n'avons de cesse que de lire et de relire la lettre que votre prédécesseur nous avait écrit, saint Clément de Rome, l'épître aux Corinthiens".
C'est l'occasion de réfléchir sur une notion que les chrétiens ont du mal à comprendre et qui est la question du Canon des Écritures : pourquoi y a-t-il des Écritures qui sont lues en public, et puis d'autres qui ne sont pas lues. Très souvent, quand j'aborde la question avec des jeunes ou des étudiants, ils pensent toujours qu'il y a quelque part une commission d'études qui est mise en place au début et qui décide de la lecture ou non de tel ou tel texte. En fait, ce n'est pas tout à fait le cas, mais cette très belle histoire de l'évêque de Corinthe qui lit bien des années après sa rédaction, cette lettre de l'évêque de Rome, pour moi, c'est une manière d'expliquer le canon. Le canon, c'est exactement comme quand on trie notre courrier, on reçoit beaucoup de textes, de littérature, de lettres, il y a ce qui n'a pas beaucoup d'importance et qui finit à la poubelle, et puis, il y a ces très belles lettres d'amour et d'amitié que nous gardons précieusement dans une boîte à chaussures, et que nous ressortons régulièrement pour les lire quand ça ne va pas ! Pourtant, c'était très mal parti, parce que l'épître aux Corinthiens écrite par saint Clément de Rome, ce n'est pas très gentil ! Effectivement, Corinthe, dans les années 95, étaient déchirés par des dissensions, il y a des chrétiens qui veulent mettre à la porte les presbytres. Les raisons ne sont pas très bien expliquées dans la lettre, on ne connaît pas les raisons précises, on sait cependant qu'il y a un problème, et que les chrétiens de Corinthe ont décidé de faire le ménage et de virer les prêtres. Clément de Rome va leur écrire, il ne va pas leur dire : c'est moi le pape, c'est moi le chef, il va d'abord leur dire que c'est l'Église de Rome qui écrit à l'Église de Corinthe. Première chose. Deuxième chose, il va essayer dans sa lettre de leur faire découvrir que ce qu'il a à dire à l'Église de Corinthe, ce n'est pas sur le mode de l'autoritarisme, ce n'est pas sur le mode de "il faut", mais il va permettre aux Corinthiens de lire et de relire la grande histoire de Dieu, la grande histoire de l'Ancien Testament, la grande histoire de la Révélation, de l'évangile, de l'Incarnation, de la Résurrection. Il va leur faire découvrir au cœur de cette histoire la manière dont les hommes se coupent de Dieu, demandent pardon, se rabibochent, puis on retombe, on recommence. Je crois que c'est la raison pour laquelle, en 170 après Jésus-Christ, l'Église de Corinthe peut puiser et repuiser à l'infini dans cette très belle lettre que saint Clément leur a envoyé, une lettre d'amour dans laquelle il rappelle comment Dieu est celui qui, à chaque instant est là, menaçant, pardonnant, rappelant la manière dont il vient dans le cœur des hommes pour les amener à lui.
Il y a la lettre, mais pour moi le passage qui est le plus beau de cette lettre (là il faut un peu d'imagination), c'est le fait que quand on écrit une lettre dans laquelle on dit des choses pas très gentilles, parfois cela ne passe pas très bien puisqu'il n'y a pas de répondant. Je ne sais pas si vous avez déjà reçu une lettre pas très gentille, mais on se sent déconfit, on se sent perdu, on se dit : ce qu'il me dit n'est pas juste, ce n'est pas vrai, je voudrais être en face de la personne qui m'a écrit cette lettre pour lui répondre. Et vous êtes là avec cette lettre en vous disant qu'elle ne vous permet pas de rentrer en dialogue. Je crois que la grande intelligence de saint Clément de Rome, et sa grande délicatesse, c'est d'avoir fait accompagner cette lettre de deux personnes, c'est ce qu'il dit à la fin de sa lettre. "Renvoyez-nous promptement dans la paix et la joie nos envoyés Claudius et Phoebus, et Fortunatus, afin qu'ils m'annoncent au plus vite la paix et la concorde souhaitée et désirée, et que nous nous réjouissions nous aussi le plus tôt possible du calme qui règne chez vous". Je crois que c'est très beau. Clément de Rome a compris qu'il ne s'agissait pas uniquement d'écrire une lettre, car en plus, à l'époque, on ne pouvait pas répondre immédiatement, mais que peut-être la plus belle lettre qu'il a écrite à l'Église de Corinthe, c'étaient ces deux personnes qu'il a envoyées en ambassade.
Frères et sœurs, je crois que nous retrouvons ici exactement la structure de l'économie de Dieu. Dieu est celui qui à chaque instant nous a envoyé des lettres, des prophètes, c'est ce qu'on appelle l'Ancien Testament. Et puis, comme cette lettre d'amour ne suffisait pas pour notre conversion, le Seigneur a accompagné sa lettre d'un messager, et pas n'importe lequel, son Fils, le Fils de Dieu.
Frères et sœurs, en lisant et en relisant inlassablement la Parole Dieu, trouvons, niché au cœur de cette Parole, tout l'amour et toute la tendresse que Dieu a pour nous.
AMEN