LES QUALITÉS DE L'AMOUR
Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous plongeons aujourd'hui dans les racines de l'Église avec saint Clément, quatrième pape, le pape du canon romain, que nous allons entendre tout à l'heure, la prière eucharistique n° 1, Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille et Cyprien, tous ces gens qui ne sont pas morts dans leur lit, mais qui ont donné leur vie pour l'Église. saint Clément, c'est aux environs de l'année 100, et il est confronté à des disputes, des divisions dans l'Église. Ce qui est très intéressant, c'est que c'est le pape, le successeur de Pierre qui de Rome, va écrire à cette Église qui connaît une division. Clément va écrire à Corinthe qui avait déjà mérité deux lettres de l'apôtre saint Paul, va mériter encore une lettre de la part du successeur de Pierre. Un certain romantisme a voulu voir dans l'Église primitive, des origines, une Église parfaite, composée uniquement de saints, et l'on voit avec les exemples du Nouveau Testament, avec les lettres de saint Paul, où cette lettre de Clément qui aurait presque mérité d'être dans le Nouveau Testament, qu'en fait, il n'en était rien du tout, et que ces Églises elles aussi étaient traversées par des divisions, des dissensions très fortes. Ces Corinthiens qui avaient déjà un lourd passé vont carrément expulser les responsables de leur communauté, les presbytres de l'Église. Clément va réagir en reprenant justement une lettre de saint Paul aux Corinthiens, la première, le chapitre treizième. C'est ce chapitre qu'on lit souvent dans les mariages, dans la petite brochure des mariages, c'est le L 14, parce qu'un mariage sur deux prend ce passage de I Corinthiens 13. Vous connaissez ce passage, vous l'avez entendu plusieurs fois. Saint Paul commence par faire une sorte de critique un peu terrible sur une sorte de généraliste qui serait déplacée : "Si jamais je livrais mon corps aux flammes, si jamais je parlais toutes les langues de la terre, si jamais je donnais tous mes biens aux pauvres, s'il me manque l'amour, cela ne sert de rien." Et après, Paul poursuit en disant : "L'amour supporte tout, endure tout, fait confiance en tout". Donc les fiancés prennent majoritairement ce texte pour parler de leur propre amour. Mais saint Clément reprend ce texte, et à mon avis, explique profondément ce que Paul a voulu dire. C'est presqu'une paraphrase : "L'amour supporte tout, l'amour est patient pour tout, rien de mesquin dans l'amour, rien de méprisant, l'amour ne connaît pas la division, ne pousse pas à la révolte. L'amour agit toujours dans la concorde. C'est dans l'amour que tous les élus de Dieu ont obtenu la perfection. Sans l'amour, rien n'est agréable à Dieu". On croirait voir ce texte du Nouveau Testament. "C'est dans l'amour que Dieu fait venir à Lui, c'est à cause de son amour pour nous que Jésus-Christ Notre Seigneur a donné son sang pour nous selon la volonté de Dieu, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies."
Ce qui est très intéressant, c'est qu'il reprend quasiment les phrases de saint Paul, mais livre la clé de ce passage de saint Paul. Clé que les fiancés ne perçoivent pas toujours vraiment, parce qu'ils pensent que cet amour parle de leur amour, c'est vrai qu'il en parle aussi, mais il parle d'abord de l'amour du Christ en croix. Quand saint Paul dans sa grande phrase aux Corinthiens dit "l'amour est patient, il supporte tout, etc …" il parle de la croix du Christ, le Christ qui sur la croix endure tout pour nous sauver. saint Clément le dit explicitement comme on vient de l'entendre : "Le Seigneur a donné son sang pour nous selon la volonté de Dieu, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies." Voilà la clé de ce grand passage des Corinthiens, et la clé aussi de l'unité que Clément demande à nouveau à ces Corinthiens. Il ne s'agit pas de rechercher l'unité pour l'unité, il ne s'agit pas de faire semblant, il ne s'agit pas de trouver une unité de façade dans nos communautés, mais il s'agit de se placer devant la croix du Christ, devant le Christ qui a donné toute sa vie pour nous, devant ce sacrifice unique du Christ pour faire de tous les peuples, de tous les hommes, une unique communion.
Saint Clément nous plonge ainsi dans les racines même de notre foi, de la croix du Christ jaillit l'unité qui doit régner entre nous. Cette unité jaillit de la croix du Christ, parce que le Christ a tout enduré pour nous, parce que le Christ a tout supporté pour nous, parce que le Christ a été patient jusqu'à la mort pour nous, nous devons nous aussi supporter tout de nos frères, plus que les tolérer, les aimer vraiment, de cet amour d'oblation qui a été manifesté sur la croix.
AMEN