LES HOMMES DE LA VEILLE

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

'évangile fonctionne comme une musique qui éveille tellement de choses en nous, une mu­sique tellement familière, une sorte de tube, une sorte d'air qui reviendrait un peu régulièrement, un air que nous connaîtrions par cœur, un air dont il suffirait de jouer une note pour retrouver l'ensemble de la partition. Comme ces petites musiques, on nous joue trois notes de la marche des rois par exemple, et hop, on s'embarque et l'on peut la chanter tout entière, on nous joue trois notes de la Marseillaise, et hop, on la joue entièrement. Et c'est le risque le plus profond qui nous guette tous dans l'écoute de la Parole, chaque jour, car moi comme vous, nous entendons une note, et aussitôt, notre esprit s'en va. C'est-à-dire on entend "que vos reins soient ceints, que vos lampes soient allumées", tout de suite, je n'écoute plus tellement le reste de l'évangile, je me dis, il faut que j'attende, que je veille, que j'habille mon cœur, il faut que je sois pardonné de mes péchés pour être un vrai serviteur, et puis je continue à m'intéresser à moi, je continue à calquer ma petite musique aussi sur celle de l'évan­gile. Il y a un remède pour réentendre l'évangile comme si c'était la première fois, c'est de s'attacher au détail, de relever tel point de détail.

Le détail qui m'a frappé aujourd'hui, c'est cette affaire de noce. Parce que le maître de maison est parti, et l'on nous dit où il est parti : il est parti à des noces. Il n'est pas parti pour nous contrarier, ni pour se faire désirer, il n'est pas parti sans raison, il est parti à des noces. C'est très différent de partir à des noces et de revenir de noces, que de partir et de reve­nir d'un enterrement. Donc il revient joyeux, et tout d'un coup cet évangile nous présente l'image de ce maître qui au lieu de revenir avec une tête de six pieds de long revient joyeux. Quand on revient des noces, normalement, on est joyeux. Et puis, ces noces tar­dent, un peu comme des noces à la campagne autre­fois, qui duraient des semaines, on invitait tout le village, il y avait les invitations faites par le marié, etc... Donc c'est une noce qui dure, il peut revenir tard, mais quand on revient de noces, on est norma­lement fatigué. Mais lui, ne semble pas être fatigué. Au contraire, qui est fatigué ? Ce sont les serviteurs qui attendent. Qui n'est pas fatigué ? Le noceur qui est moins fatigué que les serviteurs puisqu'il nous dit qu'il va se mettre à leur service. On a l'image d'un maître joyeux, qui n'est pas fatigué.

On pourrait envier ces Clément de Rome, ces premiers personnages de cette première veille, mais si cela se trouve, nous en sommes nous aussi encore à cette première veille ? Nous sommes parfois fatigués, mais nous avons cette assurance qu'Il a vécu les no­ces. Qu'est-ce que c'est que les noces ? Pour Jésus, c'est le don total qu'Il a fait de sa vie à son Père, à la Croix. Des noces particulières, des noces de sang, mais des noces dont Il ne revient pas fatigué, car Il est vraiment ressuscité.

C'est à nous d'attendre, d'être ces serviteurs. Mais au lieu d'attendre encore ces noces, Il se met déjà à notre service, et en quelque sorte, Il se met déjà à nous servir, Il n'est pas fatigué, puisque nous allons manger et boire le Corps et le Sang du Ressuscité, le Sang joyeux de cette vie, de cette résurrection qui coule de cette eau claire qui nous redonne force. Soyons de ces serviteurs joyeux d'attendre le retour de leur Maître qui était bien parti à des noces, mais qui en revient pour nous servir.

 

 

AMEN