DONNER SA VIE PAR AMOUR

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons un saint de la toute première épo­que du christianisme, un saint qui suivant le témoignage de saint Irénée, a vu les apôtres. Peut-être est-ce ce Clément dont la lettre aux Philip­piens nous parlait tout à l'heure, en tout cas, c'et le troisième successeur de saint Pierre : Lin, Clet, Clé­ment, Sixte Corneille et Cyprien. Cela nous renvoie à ce fameux Canon Romain, à cette première prière Eucharistique qui multiplie de nombre des saints, dont très peu en fait ne sont pas morts martyrs. En y pensant, je voyais la Vierge Marie, qui n'est pas morte martyre, mais qui a subi la Passion avec son Sauveur, saint Joseph, mais tous les autres pratiquement sont morts martyrs. On est renvoyés à la Passion qui a opéré son œuvre dans les temps qui ont suivi immé­diatement après la Passion de Jésus. On peut se poser la question : est-ce que la terre n'aurait pas eu assez de sang, on avait encore le sang du Golgotha, la pluie n'avait pas tout lavé, et déjà tous ces assoiffés et af­famés de la justice, tous ces martyrs, tous ces témoins, est-ce qu'il n'y avait pas eu assez de sang versé ce vendredi-là ? On attendait les explications, on s'est dit que les martyrs c'étaient des semences de chrétiens, mais quand les martyrs donnent leur vie, ils ne le font pas comme dans une sorte de calcul en se disant : je donne ma vie aujourd'hui, et demain les églises seront remplies. Quand ils donnent leur vie, ils ne font pas de calculs, ils donnent et puis c'est tout. Quand on donne, on ne calcule jamais, on ne regarde pas ce qu'il y a dans le porte-monnaie, on donne vraiment. Alors, on s'est dit que c'était cette prétention de cette nouvelle religion, de ce christianisme, d'être la seule, la vraie, l'unique religion, qui rendait caduque tous les autres efforts de l'homme et que cela ne se payait que par le sang. Mais quand on lit les actes de ces martyrs, ils n'ont rien de la figure crispée des fanatiques, de ceux qui sont enfermés dans leurs certitudes. Quand ils donnent leur vie, c'est par amour.

C'est peut-être cet évangile que nous venons d'entendre pour la fête de saint Clément de Rome, Pape et martyr, c'est peut-être cet évangile qui nous livre la clé : on y parle de veille, d'un Maître qui doit revenir, on y parle de serviteurs. Mais on y parle aussi d'un Maître qui fait asseoir ses serviteurs à sa table, et qu'il vienne à la première, à la deuxième ou à la troi­sième veille. Là nous parlons de ceux qui se sont mis à table au cours de la première veille. Peut-être ne sommes-nous qu'à la seconde veille, peut-être y aura-t-il des dizaines de veilles, d'heures particulières dans l'Église. Peut-être que saint Clément, Clet, et tous ceux qu'on va entendre nommer tout à l'heure, sainte Cécile que nous fêtions hier, sont-ils de la première veille ? Ils sont les serviteurs de la croix, comme à la croix, on ne sait plus qui est du côté de Jésus, parce que Lui veut vivre sa Passion, et que les bourreaux sont aussi en quelque sorte des serviteurs paradoxaux de ces noces. Mais là, nous avons des serviteurs qui se sont mis à table de la Passion du Sauveur. Ces ser­viteurs ont voulu consommer le fruit de la Passion pour goûter déjà les fruits de la Résurrection. Et la question de Pierre dans l'évangile : "Est-ce que c'est pour nous aussi que nous devons donner notre vie, est-ce que c'est pour nous aussi qu'un jour nous al­lons nous asseoir à cette table ?" Nous ne sommes pas tous appelés au martyre, mais nous sommes sû­rement chacun, quelle que soit notre vocation, quelle que soit notre vie, nous sommes appelés à être té­moins de ce don gratuit de Dieu, nous sommes tous appelés à être ses serviteurs témoins du don gratuit de l'Amour de Dieu.

 

 

AMEN