DÉSIRER ÊTRE L'ÉGLISE

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


N

ous ne connaissons pas exactement les rai­sons ou du moins le fait qui a provoqué l'épître de saint Clément à l'Église de Co­rinthe. Nous pouvons tout au plus supposer que l'Église a connu une hérésie très violente et que des divisions sont nées dans la communauté autrefois exemplaire. Pourtant loin de nous de reprendre les divisions que Clément va tenter de réconcilier, mais de profiter de cette épître pour entendre ce qu'était l'Église de Corinthe avant ses divisions et ce qu'est en fait l'Église dans son essence propre. Non pas que Clément rêve de l'Église idéale, il l'a certainement rencontrée, que ce soit à Rome ou à Corinthe et il en fait là une description joyeuse, paisible, profonde. Et nous pouvons entendre ses mots que je vais reprendre comme s'appliquant à notre Église dans son mystère profond. Non pas en arrêtant notre regard sur les divi­sions qui peuvent l'abîmer ou la défigurer, mais sur ce qu'elle est fondamentalement dans sa croissance vers le Royaume.

"L'Église de Dieu, en séjour à Rome, à l'Église de Dieu en séjour à Corinthe. Qui donc s'est arrêté chez vous sans reconnaître votre foi excellente et solide, sans admirer votre piété discrète et bien­veillante dans le Christ, sans proclamer votre généro­sité dans la pratique de l'hospitalité, sans faire l'éloge de votre science parfaite et sûre, car vous agissiez en tout sans faire acception de personne, vous marchiez selon les prescriptions de Dieu, soumis à vos chefs et vous rendiez aux anciens parmi vous l'honneur qui leur convient ? Les jeunes gens, vous les mainteniez dans la mesure et la dignité, les femmes vous leur recommandiez de tout accomplir avec une conscience irréprochable dans la dignité et la pureté, en chéris­sant leurs maris comme il convient. Elles se tenaient dans la règle de la subordination et vous leur ensei­gniez à gouverner leur maison dans la dignité et à observer en tout la discrétion. Tous, vous étiez hum­bles, sans jactance, cherchant plus à obéir qu'à com­mander, plus heureux de donner que de recevoir. Vous vous contentiez des provisions de route que vous fournissait le Christ et vous vous y attachiez. Vous gardiez jalousement ses paroles dans le fond de votre cœur et ses souffrances étaient devant vos yeux. C'est ainsi qu'une paix profonde et joyeuse avait été donnée à tous avec un insatiable désir de faire le bien et que s'était répandue sur tous une abondante effusion d'Esprit Saint. Tous remplis d'une sainte résolution, avec une belle ardeur, une piété pleine de confiance, vous tendiez vos mains vers le Dieu tout puissant en Le suppliant d'être miséricordieux si par mégarde vous aviez commis quelque faute. Vous étiez en com­bat jour et nuit afin que dans l'affection et l'accord des consciences soit sauvé le nombre de ses élus. Les uns envers les autres, enfin, vous étiez clairs, limpides et sans rancune. Toute querelle, toute division vous faisait horreur. Vous pleuriez sur les fautes de votre prochain et considériez ses défaillances comme les vôtres. Vous ne regrettiez jamais d'avoir fait le bien, mais étiez prêts à toute œuvre bonne. Votre conduite excellente et digne de respect faisait votre parure et c'est dans sa crainte que vous accomplissiez toute chose. Les commandements et les préceptes du Sei­gneur étaient écrits sur toute la largeur de votre cœur."

Nous pouvons soupirer de nostalgie en enten­dant ces mots ou au contraire exciter notre désir d'être cette Église, cette Epouse, pétrie de générosité, sure de son hospitalité, attachée à la piété, amoureuse de la science, porteur les uns des autres. Ainsi sur notre cœur sera inscrit tout l'ensemble de l'évangile. C'est par cette exhortation de saint Clément que nous pou­vons aujourd'hui nous mettre en route pour construire notre Église avec la grâce de Dieu.

 

 

AMEN