LA TRANSMISSION DE LA PAROLE
Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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eureux le serviteur en train de veiller !" Oui heureux un serviteur occupé à veiller, un serviteur attentif à ne rien laisser au hasard afin que si le maître, le grand maître, le divin maître venait, la maison tout entière serait prête pour l'accueillir. Dans les écrits que saint Clément nous a laissés nous discernons cette attente, cette attente pressante de l'arrivée de Dieu. Et nous y discernons aussi cette intimité qu'il avait avec le Christ. On pourrait penser qu'étant plus près du Christ que nous ne le sommes il lui était plus facile de communier avec Lui dans une intimité, mais je pense que cette intimité que nous pouvons avoir avec Dieu tient plutôt à l'attente que nous creusons dans notre vie et pas tellement à la proximité géographique ou historique de la présence de Dieu sur notre terre en la personne de Jésus. Elle tient à la façon dont nous entretenons notre être tendu vers son arrivée. Vous avez entendu, dans l'évangile les diverses façons d'attendre le maître Les uns pensent qu'Il ne viendra pas encore, or la proximité est telle qu'il suffirait d'un rien pour qu'Il apparaisse, pour que le Christ vienne fêter avec nous son retour. De fait, dans quelques instants, l'eucharistie que nous célébrons va signifier sa présence et après tout il ne manquerait presque rien pour que nous puissions "le voir", si nous avions, en chaque eucharistie, comme un attente croissante de le voir, de le découvrir, de le goûter, de le savourer dans sa présence divine.
Intimité avec Dieu que nous pouvons lire dans quelques passages de saint Clément à l'Église de Corinthe et qui témoigne à la fois de deux choses. D'abord que c'est un homme qui parle avec ses propres mots, que ces mots sonnent juste dans sa bouche à lui, et en même temps que ces mots sont aussi ceux de la Révélation. Je crois que c'est ainsi que l'on peut reconnaître l'authenticité d'un Père de l'Église. On discerne à la fois l'homme qui a écrit ces mots et l'appartenance de ces mots à l'Écriture. Cet homme a telle ment pénétré l'Écriture pour y écouter, pour y saisir, pour y goûter cette présence cachée qu'il a fait siens les mots de l'Écriture. Ecouter cette phrase : "Le Christ appartient à ceux qui sont humbles de cœur et non à ceux qui s'élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n'est pas venu avec le train de la fierté et de l'orgueil mais avec l'humilité du cœur selon que l'Esprit Saint l'avait déclaré de Lui. Nous l'avons annoncé en sa présence : Il est comme un faible enfant, comme une racine dans une terre assoiffée. Il n'a ni aspect ni gloire. Nous L'avons vu. Il n'a ni aspect ni beauté, mais son aspect est méprisable et Il n'avait même plus l'aspect d'un humain."
Faut-il qu'il l'ait vu en face, faut-il qu'il l'ait contemplé suffisamment pour que ces mots, issus d'Isaïe dans les poèmes du Serviteur Souffrant, lui viennent directement en tête comme pour signifier qu'il le voyait en face : "Il n'avait même plus l'aspect d'un humain. Homme accablé de coups et de souffrances, familier de l'épuisement, on se détourne de sa face, on le méprise, Il ne compte plus. Lui, Il porte nos péchés. C'est pour nous qu'Il est affligé. Et nous, nous avons considéré qu'Il était voué à la souffrance, aux coups, aux mauvais traitements. Il a été frappé à cause de nos péchés, meurtri à cause de nos iniquités, le châtiment qui nous a valu la paix était sur Lui et c'est par ses plaies que nous avons été guéris !"
Nous pouvons, nous aussi, au contact de cette présence, au contact de ceux qui nous transmettent cette présence aussi fidèle ment que s'ils l'avaient vue eux-mêmes, être guéris. Nous pouvons nous aussi nous nourrir de cette intimité qui a permis à un homme comme Clément d'être à la fois pleinement l'homme que Dieu voulait et le porte-parole fidèle, exact des mots de Dieu, des mots qui sauvent, des mots qui guérissent, des mots qui disent le Verbe car c'est le Verbe qui est venu pour nous sauver. En ce jour, demandons à saint Clément que nous soyons attentifs à cultiver, comme un jardinier, cette intimité intérieure avec le Seigneur, pas seulement parce qu'il est convenable de faire ainsi mais parce que c'est ainsi que nous nous retrouverons nous-même et que nous serons tellement libres que nous pourrons être l'homme appelé par Dieu et capable de le transmettre aux générations qui suivent.
AMEN