FAIRE ŒUVRE DE COMMUNION

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

la fin du premier siècle, vers les années 80-94, saint Clément de Rome écrit aux chré­tiens de Corinthe comme l'avait fait saint Paul en son temps. Une très belle épître dans laquelle le mot, le refrain qui revient de façon permanente est celui de paix, le mot de la concorde. Ecoutons-le : "Fixons nos regards sur le Père, auteur du monde entier. Attachons-nous à ses dons de paix, à ses bienfaits magnifiques et incomparables. Contem­plons-Le par la pensée. Considérons avec les yeux de l'âme la longue patience de ses desseins. Réfléchis­sons comme Il agit paisiblement envers toute la Création." Et là il va décrire avec un certain soin, et nous pouvons en rire, la façon dont "Dieu a fixé des limites à la mer, à l'océan," la façon dont "le ballet des étoiles, du soleil et de la lune, comme un chœur valse doucement dans le ciel." Il parle aussi de la terre "grosse de ses fruits qui est docile à la bonté divine et qui fait lever, au temps favorable, aux saisons favo­rables, la nourriture pour les hommes". Il parle aussi de "l'océan sans fin et des mondes au-delà du monde, des saisons, ces réservoirs des vents qui obéissent et accomplissent en leur temps leur office sans jamais désobéir." Il parle des"sources intarissables qui jail­lissent du fond de la terre". Toutes ces choses grandes et petites, "sous l'ordre de l'harmonie de Dieu, qui obéissent à Dieu, qui signent et symbolisent la paix qui règne dans le cœur de Dieu".

Puis il enchaîne en disant : "Prenez garde, mes bien-aimés, que des bienfaits si nombreux ne se transforment en condamnation pour nous si nous ne visons pas d'une manière digne de Lui, en opérant dans la concorde ce qui est bon et agréable à ses yeux." La paix du monde, ce n'est pas seulement un beau tableau comme celui que je viens de décrire fait "pour rassasier notre âme ou les yeux de l'âme", comme le dit saint Clément lui-même. Il est là pour nous inviter à un travail, un travail difficile et pénible qui est de construire la paix et la concorde car c'est là le secret fondamental que saint Clément tient en son cœur. "Ce que je vois de concorde et de paix pour le monde doit être ce que je dois construire en ce monde pour que ce monde aille plus loin, pour que ce monde accouche de l'Église."

En effet, derrière l'harmonie se cache un ina­chèvement. Derrière la paix et la concorde visible dans le monde, derrière ces œuvres cachées de la création divine, se cache quelque chose qui n'est pas terminé et qui attend un avènement, qui attend une naissance d'un monde nouveau dont l'Église est le signe. Et nous sommes nous, comme il l'était lui-même à son époque, les bâtisseurs de cette concorde car la concorde est la condition sine qua non, néces­saire et indispensable pour que l'Église se construise.

Et, paradoxalement, le martyre de saint Clé­ment est une œuvre de paix, une œuvre de concorde, de communion. Le sang qui coule sur la terre, "le sang d'un martyr cicatrise la violence qui l'a provo­qué". Ce n'est pas un prolongement de la violence et de la haine, au contraire, il donne un sens à cette vio­lence et à cette haine en les convertissant en amour de Dieu. Et c'est l'œuvre profonde des martyrs de pacifier la violence du monde qui s'acharne sur eux. Ils ne sont pas des victimes, avec un sens symbolique, mais ils sont réellement, dans la façon dont l'histoire du monde se poursuit, une œuvre de paix, de concorde.

De même pour nous, nous avons à construire ce monde, à construire la concorde et la paix du monde. Si ce n'est pas par le martyre, c'est par le don de notre vie, par notre travail, par notre opération en ce monde. Sachons reconnaître que nous allons vers une construction de paix et de concorde qui est le terrain propice pour que l'Église puisse s'édifier. Par l'intercession de saint Clément, demandons que nous ayons à cœur de construire l'Église c'est-à-dire d'éta­blir en notre cœur la vision de paix de la Jérusalem donnée par l'eucharistie et que, comme saint Clément, nous soyons des artisans de paix.

 

 

AMEN