DANS LA SUCCESSION APOSTOLIQUE

Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Clément de Rome est le troisième succes­seur de saint Pierre comme évêque de Rome. Ceci nous est attesté, dès le second siècle, par saint Irénée de Lyon qui nous donne la succession des évêques de Rome, à partir de Lin et Clet qui n'ont pas laissé beaucoup de souvenir et puis Clément que nous connaissons mieux car il a dû intervenir, au nom de l'Église de Rome, dans une querelle qui agitait l'Église de Corinthe. Et, comme Paul avant lui, il a donc écrit aux corinthiens une épître. Dans l'épître aux Philippiens vous avez entendu un passage de saint Paul qui fait allusion à "Clément son collaborateur". Nous n'avons pas la certitude absolue qu'il s'agit du même Clément mais les textes anciens, déjà, font référence à ce passage de saint Paul pour dire que Clément était "un compagnon des apôtres". On dit également qu'il aurait été élevé à la prêtrise pas saint Pierre lui-même, étant donc déjà prêtre au temps où saint Pierre vivait à Rome, et ayant donc participé à l'Église de Rome au temps de Pierre, puis de Lin et de Clet. Il peut y avoir une part de légende dans tout cela mais ce qui est certain c'est que nous trouvons chez saint Clément de Rome un témoignage extrêmement émouvant et extrêmement ancien de l'Église dans sa toute première structure.

Or, dans sa lettre aux Corinthiens, Clément parle précisément de cette succession apostolique, c'est-à-dire de cette suite ininterrompue d'évêques qui se transmettent la foi en même temps qu'ils se trans­mettent la charge de "paître le troupeau du Christ". La succession apostolique n'est pas seulement une affaire d'esprit, il ne s'agit pas seulement de professer la même foi que les apôtres, il s'agit aussi d'une transmission, si j'ose dire, physique, car cette foi a été transmise de main en main, et c'est bien le cas de le dire par l'imposition des mains du sacrement de l'or­dre. Voici ce que dit Clément de Rome : "Les apôtres ont reçu pour nous la Bonne Nouvelle par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus le Christ a été envoyé par Dieu, et donc le Christ vient de Dieu et les apôtres viennent du Christ, les deux choses sont sorties en bel ordre de la volonté du Père." Il y a donc là une première succes­sion qui du Père, à travers le Fils, va jusqu'aux apô­tres. Mais il continue : "Ils ont donc reçu des instruc­tions et remplis de certitude par la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, affermis par la Parole de Dieu, avec la pleine foi de l'Esprit Saint", formule trinitaire comme vous le voyez, "ils sont partis an­noncer la Bonne Nouvelle " c'est-à-dire l'évangile "que le royaume de Dieu allait venir". Le retour du Christ qui va accomplir l'histoire dans le royaume. "Ils prêchaient dans les campagnes et dans les villes et ils en établissaient les prémices", c'est-à-dire la première fleur de la première communauté chrétienne. "Ils les éprouvaient par l'Esprit afin de faire parmi eux des épiscopes des croyants".

Et un peu plus loin il dit : "Nos apôtres ont connu par Notre Seigneur Jésus-Christ qu'il y aurait querelle au sujet de la fonction épiscopale", ce qui se passait précisément à Corinthe à la fin du premier siècle. ''C'est pour cette raison qu'ayant reçu connais­sance de l'avenir, ils établirent ceux dont il a été question plus haut et posèrent ensuite comme règle qu'après la mort de ces derniers," de ces épiscopes qu'ils avaient eux-mêmes établis, "d'autres hommes éprouvés, leur succéderaient dans leur office. Donc ceux qui ont été établis par eux et ensuite par ces autres hommes éminents avec l'approbation de toute l'Église et qui ont rempli leur office envers le trou­peau du Christ de manière irréprochable, avec humi­lité, calme et dignité, eux qui ont longuement reçu le témoignage de tous, nous estimons qu'il n'est pas juste de les démettre de leur fonction."

Le témoignage de Clément est donc extrê­mement clair : les apôtres ont établi des épiscopes pour accomplir après eux leur charge en fixant comme règle que ces évêques, à leur tour, nomme­raient des successeurs pour que tout au long de l'his­toire de l'Église ce charisme ne cesse jamais. Notre foi se fonde sur cette transmission de la foi du Christ. Il y a une lignée ininterrompue qui nous rattache à Jésus par les apôtres et ceux qu'ils ont établis ensuite pour leur succéder. C'est un privilège extraordinaire­ment grand que de pouvoir ainsi toucher à travers eux la présence apostolique car il ne s'agit pas là d'une discipline ecclésiastique, d'une manière de gérer, de gouverner un "corps" social, il s'agit véritablement d'une transmission du mystère même du Christ, du mystère de la foi. C'est pour la foi et par la foi que s'est établie cette succession humaine d'apôtres et de successeurs d'apôtres, afin que la parole du Christ, parole vivante que chacun porte en lui ce charisme reçu de ses prédécesseurs, vienne jusqu'à nous.

Rendons grâce au Seigneur qui nous a faits ainsi contemporains de Lui à travers ceux qui étaient ses témoins qualifiés.

 

 

AMEN