AU NOM DU CHRIST
Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ous pouvons rejoindre saint Clément de Rome qui fut, au premier siècle, successeur de Pierre environ trente ans après la mort de l'apôtre, grâce à une lettre qu'il a écrite à l'Église de Corinthe, pour rétablir la paix dans cette communauté déjà divisée par des jalousies, des schismes. En effet, toute l'histoire de l'Église, depuis ses débuts jusqu'à aujourd'hui, est jalonnée de ces épreuves et de ces difficultés. Cette lettre de saint Clément est donc une lettre d'amour et de paix par laquelle ce pape exerce son autorité pour rétablir l'unité dans l'Église, pour "présider à la charité de toutes les Églises" comme le dira saint Ignace. Car, comme évêque de Rome et successeur de Pierre, il a mission de faire régner la concorde entre tous les chrétiens, y compris ceux des Églises qui ne sont pas directement sous sa juridiction, puisque Corinthe avait son évêque. Mais de même que, à plusieurs reprises, Paul avait écrit aux Corinthiens pour les ramener à la paix, de même saint Clément de Rome leur écrit à son tour.
Cette lettre est un témoignage d'une très grande richesse sur la primauté de Rome, sur le rôle de l'évoque de Rome, sur la paix dans l'Église. Je voudrais simplement attirer votre attention sur un point particulier : la place du Christ dans cette oeuvre d'unité que le Pape veut accomplir. En effet, tout s'enracine dans la puissance créatrice de Dieu et dans le salut apporté par le Christ Jésus. L'Église, c'est le Christ qui continue à vivre. L'Église c'est l'ensemble des chrétiens en marche vers le Christ, comme le précise Clément dans l'adresse de sa lettre.
"L'Église de Dieu qui est en séjour à Rome à l'Église de Dieu qui est en séjour à Corinthe". L'Église n'est qu'un groupe d'hommes en marche, en voyage et qui, temporairement séjourne à Rome ou à Corinthe, ou ailleurs. "A ceux qui sont appelés par Jésus-Christ Notre Seigneur ! Que la grâce vous vienne en abondance, par Jésus-Christ !" Et au cours de cette lettre, Clément parlera de Jésus-Christ comme "le chemin" et comme "la lumière", comme "la porte".
''Ce chemin par lequel nous trouvons notre salut, c'est Jésus-Christ. Jésus-Christ qui est le grand-prêtre de nos offrandes, Jésus-Christ le protecteur et le secours de notre faiblesse. Par Lui, nous fixons notre regard sur les hauteurs des cieux. Par Lui, nous contemplons, comme en un miroir, la Face immaculée et incomparable du Père." Par Jésus donc nous sommes entraînés vers les hauteurs, nous sommes conduits vers les hauteurs. Par Jésus tout ce que nous avons à offrir est présenté à Dieu. Et Clément continue. "Par Lui, se sont ouverts les yeux de notre cœur. Par Lui, notre pensée inintelligente et enténébrée refleurit à la Lumière. Par Lui, le Père a voulu nous faire goûter à la connaissance immortelle, car Jésus est le rayonnement de sa majesté, d'autant plus élevé au-dessus des anges que le nom dont Il a hérité l'emporte sur le leur."
Sans cesse Clément va parler de Jésus comme notre grand-prêtre, c'est-à-dire tout à la fois celui qui officie en notre nom et celui qui se charge de nous-mêmes et de toute l'offrande de l'Église pour la présenter devant Dieu. Ailleurs, employant une autre image, Clément va nous dire que Jésus est la porte, "la porte de justice ouverte sur la vie, c'est celle-là. Voici la porte du Seigneur ! Par elle, les justes y entreront ! Beaucoup de portes sont ouvertes, mais la porte de justice c'est le Christ. Bienheureux tous ceux qui y sont entrés et qui marchent dans la sainteté et dans la justice. Ils accomplissent tout sans se laisser troubler".
C'est pourquoi, parce que le Christ est notre chemin, parce que le Christ est la porte qui donne accès au Père, l'Église est indissolublement unie au Christ. Et reprochant aux Corinthiens leurs divisions, Clément leur dira : "Pourquoi des colères, des querelles, des disputes ? Pourquoi des scissions et des guerres parmi vous ? N'avons-nous pas un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit de grâce qui a été répandu sur nous, une seule vocation dans le Christ ? Pourquoi écarteler le Christ ? Pourquoi déchirer les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps et en arriver à un tel degré de démence ? Oublions-nous que nous sommes les membres les uns des autres ?" Nous haïr les uns les autres, lutter les uns contre les autres, c'est déchirer le Christ, c'est écarteler le Christ. Aussi faut-il retrouver toujours la charité. C'est pourquoi Clément reprend ce que saint Paul, déjà, adressait aux Corinthiens, "l'hymne à la charité" et retrouve des accents aussi beaux que ceux de saint Paul. "La charité nous unit à Dieu. Il n'est rien de bas dans la charité. Elle ne sépare pas, elle ne fomente pas la révolte, elle opère tout dans la concorde. C'est dans la charité qu'ont été rendus parfaits les élus de Dieu. Sans la charité, il n'est rien qui plaise à Dieu. C'est dans la charité que le Père nous a attirés à Lui. C'est à cause de sa charité envers nous que Jésus-Christ a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies."
Écoutons ces paroles qui, à travers les siècles, viennent jusqu'à nous, ces paroles dont celles des Papes plus proches de nous sont comme l'écho, ces paroles qui, inlassablement, nous annoncent le Christ, nous annoncent la paix, nous annoncent l'unité, nous annoncent la charité. Aujourd'hui, comme au temps de saint Clément de Rome, l'Église est encore menacée d'être déchirée. Sans cesse ce démon de la division renaît dans l'Église. Il nous faut, aujourd'hui encore, entendre cet appel à la paix, cet appel à l'amour, cet appel à l'unité dont Jésus-Christ est le principe et le garant. Cette unité que Jésus réalise en Lui-même et que nous devons réaliser en étant les membres de son corps donc membres les uns des autres dans l'amour.
AMEN