AUTORITÉ ET DOUCEUR

Ph 3, 17-4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e pape saint Clément de Rome n'est pas seu­lement célèbre à cause de son martyre, mais parce que nous avons de lui une lettre à l'Église de Corinthe, qui se situe dans le prolongement immédiat des épîtres du Nouveau Testament et de saint Paul en particulier qui, lui aussi, avait écrit aux Corinthiens. Dans cette lettre aux Corinthiens le pape veut apaiser les querelles de 1'Église de Corinthe dont une certaine partie de la communauté s'étaient soule­vée contre les presbytres (ancêtres de nos prêtres) presbytres qu'on appelle parfois épiscopes, (ancêtres du mot évêque) car à cette époque très ancienne la distinction n'est pas encore complète entre le collège des prêtres et celui qui en est le président, l'évêque.

Dans cette lettre, saint Clément de Rome est appelé à parler avec à la fois beaucoup d'autorité, de fermeté et une très grande miséricorde et délicatesse pour exhorter ses correspondants à la paix, au repen­tir, leur imposant une pénitence assez rude et cepen­dant le faisant avec beaucoup de douceur, de bien­veillance et de respect, manifestant ainsi l'exemple parfait de ce que doit être l'autorité toute fraternelle que l'évêque de Rome doit exercer à l'égard des Égli­ses-sœurs qu'il doit conduire à la paix et à la charité.

C'est précisément en s'appuyant sur cette cha­rité et en reprenant quelques-unes des paroles de saint Paul à l'Église de Corinthe (I Corinthiens 13) que Clément commence son exhortation : "Celui qui a la charité dans le Christ, qu'il pratique les commande­ments du Christ ! le lien de la charité de Dieu, qui pourrait le raconter ? La grandeur de sa beauté, qui est capable de l'exprimer ? Elles sont ineffables les hauteurs où fait monter la charité. La charité nous unit à Dieu, la charité couvre la multitude des péchés. La charité endure tout, patiente pour tout. Il n'est rien de bas dans la charité, rien qui s'enfle, la charité ne sépare pas, elle ne fomente pas la révolte, elle opère tout dans la concorde. C'est dans la charité qu'ont été rendus parfaits les élus de Dieu. Sans la charité, il n'est rien qui puisse plaire à Dieu. C'est dans la cha­rité que notre Maître nous a attirés à Lui. C'est à cause de sa charité envers nous que Jésus-Christ No­tre Seigneur, selon la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies."

Et c'est en s'appuyant sur ce roc ferme de la charité que Clément peut exhorter ses correspondants à la pénitence. Toutes les défaillances que nous avons commises par suite des embûches de l'adversaire, demandons qu'elles nous soient pardonnées. Quant-à ceux qui ont été les instigateurs de la révolte et du schisme, ils ont le devoir de prendre en considération ce qui nous est commun dans l'espérance, car ceux qui se conduisent avec crainte et charité préfèrent tomber eux-mêmes dans les peines que d'y voir tom­ber leur prochain, et ils se laissent condamner eux-mêmes plutôt que de compromettre la concorde qui nous a été si bien transmise dans la justice."

Voyez avec quelle délicatesse le pape invite ceux qui ont été les auteurs de la révolte à choisir eux-mêmes de faire pénitence et à accepter d'être condamnés plutôt que de conduire les autres dans le malheur. "Il est meilleur pour un homme de confesser ses fautes que d'endurcir son cœur, comme s'est en­durci le cœur de ceux qui se révoltèrent contre Moïse. Qui donc parmi vous a le cœur noble, compatissant, rempli de charité, qu'il dise donc : "S'il y a, à cause de moi, querelle, division, je quitte le pays, je m'en vais où vous voulez, j'obéis aux ordres de la commu­nauté ! Que seulement le troupeau du Christ vive en paix, avec les presbytres installés !" En agissant ainsi, il s'acquerra grande gloire dans le Christ, et n'importe quel lieu lui fera bon accueil car "au Sei­gneur appartient la terre et tout ce qu'elle contient !" Ainsi ont agi et agiront ceux qui se conduisent en citoyens de Dieu. Ils ne regretteront pas leur conduite. Intercédons, nous aussi, pour ceux qui connaissent des défaillances, afin que leur soit don­née modération, humilité et qu'ils cèdent non pas à nous mais à la volonté de Dieu. Alors, quand nous nous souviendrons d'eux, en esprit de miséricorde, devant Dieu et devant les Saints, notre prière portera des fruits et sera parfaite. Acceptons donc une re­montrance dont personne ne doit s'indigner. Les avertissements que nous nous donnons les uns aux autres sont bons et extrêmement utiles, ils nous font adhérer à la volonté de Dieu."

Nous devons écouter ces paroles des origines qui nous exhortent à l'humilité, à l'écoute de nos frè­res, à la reconnaissance de nos torts, de nos limites, à la soumission à cette pénitence que Dieu Lui-même inspire à notre cœur. Si nous ne sommes pas fauteurs de division, nous avons bien des péchés. Alors ac­ceptons avec joie et confiance les reproches qui peu­vent nous être faits pour mieux répondre à la volonté de Dieu et pour que la communauté soit édifiée dans la charité et dans l'amour.

 

AMEN