LA SUCCESSION APOSTOLIQUE
Ph 3, 17-4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
S |
aint Clément de Rome, troisième successeur de saint Pierre, nous est connu principalement par la lettre qu'il a écrite à l'Église de Corinthe à cause des divisions qui secouaient cette Église. Cette lettre nous manifeste à la fois la grande sagesse et l'autorité qu'exerce déjà cet évêque de Rome sur les autres Églises, et aussi la profonde charité, la douceur, l'humilité avec laquelle il s'adresse à ses frères chrétiens pour les ramener au droit chemin en parlant de cette discipline et de cette obéissance dont lui-même et son Église de Rome doivent faire preuve en même temps que cette Église de Corinthe.
De cette lettre, on connaît d'ordinaire la magnifique prière par laquelle elle se termine, mais je vais aujourd'hui m'arrêter à d'autres passages où Clément parle avec un grand enthousiasme de la grâce de Dieu, du Christ qui est chemin de cette grâce de Dieu, de l'Église sortie des mains de Dieu et de l'obéissance et de l'humilité dans laquelle les membres de l'Église doivent se tenir les uns vis-à-vis des autres. Voici comment il parle : "Qu'ils sont heureux et admirables les dons de Dieu ! La vie dans l'immortalité, l'épanouissement dans la justice, la vérité dans la franchise, la foi dans la confiance, la maîtrise de soi dans la sanctification, et toutes ces choses sont devenues accessibles à notre intelligence. Quels sont donc les biens qu'Il a préparés pour ceux qui L'attendent ? Le Créateur et Père de tous les siècles, le Très Saint en connaît seul le nombre et la beauté. Luttons donc, afin d'être trouvés au nombre de ceux qui attendent, afin d'avoir part aux dons qu'Il a promis. Cela se fera si notre pensée est fixée sur Dieu avec foi, si nous recherchons ce qui lui plaît et qui lui est agréable, si nous accomplissons ce qui convient à sa volonté si nous suivons le chemin de la vérité. Ce chemin, par lequel nous avons trouvé notre salut, c'est Jésus-Christ, le Grand-prêtre de nos offrandes, le protecteur et le secours de notre faiblesse."
Et voici l'enthousiasme avec lequel Clément parle du Christ, du Bien-Aimé : "Par Lui, nous fixons notre regard sur les hauteurs des cieux, par Lui, nous contemplons comme en un miroir, la face immaculée et incomparable du Père, par Lui se sont ouverts les yeux de notre cœur, par Lui, notre pensée enténébrée refleurit à la lumière, par Lui, le Maître a voulu nous faire goûter à la connaissance immortelle, car Il est le rayonnement de sa majesté, d'autant plus élevé au-dessus des anges que le Nom dont Il a hérité l'emporte sur le leur."
Mais du Christ, c'est l'Église tout entière qui découle ainsi qu'il nous l'enseigne de façon très précise : "Les apôtres ont reçu pour nous la Bonne Nouvelle, par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus le Christ a été envoyé par Dieu, donc le Christ vient de Dieu, les apôtres viennent du Christ, les deux sont sortis en bel ordre de la volonté du Père. Ils ont reçu les instructions et, remplis de certitude par la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, affermis par la Parole de Dieu, avec la pleine force de l'Esprit Saint, ils sont partis annoncer la Bonne Nouvelle que le Royaume de Dieu allait venir. Ils prêchaient dans les campagnes et dans les villes et en établissaient les prémices qu'ils éprouvaient par l'Esprit Saint, afin d'en faire les évêques et les diacres des futurs croyants."
Nous voyons ainsi comment saint Clément de Rome témoigne de la succession ininterrompue qui, des apôtres, nous fait passer aux évêques, aux diacres. Plus tard, on ajoutera les presbytres, les prêtres, ceux qui sont les collaborateurs des évêques. Puisque l'Église sort ainsi de la volonté et du cœur du Christ, il faut que nous vivions dans la pleine concorde et la charité.
"Celui qui a la charité dans le Christ, qu'il pratique les commandements du Christ. Le lien de la charité de Dieu, qui peut le raconter ? La grandeur de sa beauté, qui est capable de l'exprimer ? Elles sont ineffables les hauteurs où fait monter la charité. La charité nous unit à Dieu, la charité couvre la multitude des péchés, la charité endure tout, patient pour tout." Et nous entendons ici l'écho des paroles de saint Paul dans sa première lettre à ces mêmes chrétiens de Corinthe. "Il n'est rien de bas dans la charité, rien qui s'enfle. La charité ne sépare pas, elle ne fomente pas la révolte, elle opère tout dans la concorde. C'est dans la charité qu'ont été rendus parfaits les élus de Dieu. Sans la charité, il n'est rien qui plaise à Dieu. C'est dans la charité que le Maître nous a attirés à Lui. C'est à cause de sa charité envers nous que Jésus-Christ Notre-Seigneur, selon la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies."
Et dans la grande prière qui termine cette lettre, où il implore le pardon de Dieu pour ces divisions qui désagrègent l'Église de Corinthe et qui menacent perpétuellement l'unité des chrétiens. Voici encore ce que dit saint Clément : "C'est Toi, Père, qui par ton action a rendu visible l'éternelle ordonnance du monde ! C'est Toi, Seigneur, qui as créé la terre, Toi fidèle dans toutes les générations, juste dans tes justes jugements, admirable en force et en magnificence ! Ne tiens aucun compte de nos péchés ! Pardonne nos iniquités et nos injustices, nos fautes et nos négligences, Toi bon dans ce qui est visible et bienveillant envers ceux qui ont confiance en Toi, miséricordieux et compatissant ! Purifie-nous de la purification de Ta vérité ! Dirige nos pas afin que nous marchions dans la sainteté du cœur. Oui, Maître, fais luire sur nous Ton visage, pour le bien dans la paix, pour nous protéger de Ta main puissante, nous délivrer de tout péché par Ton bras très haut, nous délivrer de toute haine injuste. Donne-nous la concorde et la paix, ainsi qu'à tous les habitants de la terre, comme Tu les as données à nos pères lorsqu'ils T'invoquaient saintement dans la foi et dans la vérité, afin que nous obéissions à Ton Nom tout-puissant et excellent ! "
AMEN