DISCIPLE DE PAUL
Ph 3, 17-4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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aint Clément de Rome est une des très grandes figures de l'Église primitive. Sans doute disciple de saint Paul, ordonné d'après Tertullien par saint Pierre lui-même, Clément a été comme évêque de Rome le troisième successeur de Pierre, après Lin et Clet, de l'an neuvième, en l'an 101, soixante ans environ après la mort du Seigneur. Nous connaissons saint Clément parce qu'il a écrit une lettre à l'Église de Corinthe qui subissait à ce moment-là une grande épreuve puisqu'à la suite de quelques instigateurs une révolte s'y était établie et l'on avait voulu démettre de leurs fonctions les presbytres, les épiscopes, c'est-à-dire les prêtres et les évêques légitimement établis par leurs prédécesseurs, eux-mêmes établis par l'apôtre Paul. Saint Clément écrit donc une longue et très belle lettre pour ramener la paix à Corinthe. Son verdict est très clair : "Il faut que nous apprenions et que ceux qui se sont révoltés se soumettent aux presbytres, se laissent corriger en esprit de repentance, en fléchissant les genoux de leur cœur." Mais cet ordre de se soumettre Clément ne le leur donne pas dans la dureté, mais dans une très grande délicatesse et avec une très grande charité, en s'unissant à eux dans la prière et dans l'épreuve. Voici quelques brefs passages de cette lettre : "Tout cela bien-aimés, si nous vous l'écrivons, ce n'est pas seulement comme un avertissement à votre égard. C'est pour nous- le remémorer à nous aussi, car nous sommes au bord du même stade et c'est le même combat qui nous attend. Ayons donc les yeux fixés sur le sang du Christ, et comprenons combien il est précieux à son Père car, répandu pour notre salut, il ménage au monde entier la grâce du repentir."
C'est pour cela que Clément parlera avec douceur à ces révoltés et invitera toute l'Église de Corinthe, ainsi que celle de Rome, à prier. "Intercédons pour ceux qui connaissent des défaillances, afin que leur soit donnée modération et humilité et qu'ils cèdent, non pas à nous mais à la volonté de Dieu. Alors, quand nous nous souviendrons d'eux en esprit de miséricorde, devant Dieu et devant les saints, notre prière portera des fruits et elle sera parfaite."
C'est pourquoi, Clément pourra, au nom de Dieu, leur promettre que s'ils acceptent la pénitence et rentrent à leur place, dans le rang, ils seront bénis de Dieu : "Obéissons à son nom très saint et glorieux afin de nous reposer avec confiance sur ce nom de sa majesté. Recevez nos recommandations et vous ne vous en repentirez pas. Par la vie de Dieu, par la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ et de l'Esprit Saint, qui sont la foi et l'espérance des élus, celui qui aura pratiqué sans regret les préceptes et les commandements donnés par Dieu, persévérant avec humilité et dans la douceur, celui-là sera rang et compté au nombre de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ, à qui la gloire dans les siècles des siècles. AMEN".
Vous le voyez, saint Clément est un homme de paix, un homme de douceur, un homme qui veut que l'ordre règne dans l'Église de Corinthe, mais non pas simplement par voie d'autorité, mais par une véritable communion, car la division déchire le corps du Christ et c'est cela qui fait sa gravité. Un schisme, ce n'est pas simplement la révolte de quelques-uns contre d'autres, mais c'est véritablement le Christ qui est écartelé. "Pourquoi ces querelles, ces colères, ces disputes, ces guerres parmi nous ? N'avons-nous pas- un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit de grâce qui a été répandu sur nous une seule vocation dans le Christ? Pourquoi écarteler, pourquoi déchirer les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps et en arriver à un tel degré de démence ? Oublions-nous que nous sommes les membres les uns des autres ?"
C'est pourquoi Clément pourra dire à ses correspondants que le Christ est le don parfait de Dieu, le don par excellence qui leur a été fait par le Père et qu'en lui nous trouvons toute la lumière et toute la splendeur. "Le chemin par lequel nous trouvons notre salut, c'est Jésus-Christ, le grand-prêtre de nos offrandes, le protecteur et le secours de notre faiblesse. Par Lui, nous fixons notre regard sur les hauteurs des cieux, par Lui nous contemplons, comme en un miroir, la Face immaculée et incomparable du Père, par Lui se sont ouverts les yeux de notre cœur, par Lui notre pensée enténébrée refleurit à la lumière, par Lui le Maître a voulu nous faire goûter à la connaissance immortelle car Il est le rayonnement de sa majesté, d'autant plus élevé au-dessus des anges que le Nom dont Il a hérité l'emporte sur le leur."
C'est pourquoi Clément recommandera à ses correspondants de vivre dans cette charité qui vient du Christ, et à la manière de saint Paul, il entonne un hymne à la charité. "Celui qui a la charité dans le Christ, qu'il pratique les commandements du Christ. Le lien de la charité de Dieu, qui peut le raconter ? La grandeur de sa beauté, qui est capable de l'exprimer ? Elles sont ineffables les hauteurs où fait monter la charité. La charité nous unit à Dieu, la charité couvre la multitude des péchés, la charité endure tout, patient pour tout. Il n'est rien de bas dans la charité, rien qui s'enfle. La charité ne sépare pas, la charité ne fomente pas la révolte, la charité opère tout dans la concorde. C'est dans la charité qu'ont été rendus parfaits les élus de Dieu. C'est dans la charité que le Maître nous a attirés à Lui. C'est à cause de sa charité envers nous que Jésus-Christ notre Seigneur, selon la volonté du Père, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies."
AMEN