LA PRIÈRE DE L'ÉGLISE
Ph 3, 17- 4, 3 ; Lc 12, 35-44
St Clément - (23 novembre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, Clément de Rome dont saint Paul parle sans doute dans l'épître aux Philippiens, que nous avons entendu il y a un instant, est donc le troisième successeur de saint Pierre. C'est dire qu'il a été évêque de Rome, aux alentours des années 90 au moment où Jean écrivait l'Apocalypse et que le quatrième évangile n'était sans doute pas encore écrit. Nous remontons donc très loin dans l'histoire de l'Église naissante.
Clément de Rome nous est connu par quelques notices et notamment par saint Irénée, mais surtout par une lettre qu'il a écrite aux chrétiens de Corinthe. L'Église de Corinthe, nous le savons déjà par les deux lettres de Paul, a toujours été assez turbulente, prompte aux divisions : "Moi je suis pour Céphas, moi je suis pour Apollos, moi je suis pour Paul ! " prompte aussi à un certain nombre de débordements, "il y a chez vous un chrétien qui vit avec la femme de son père" etc … C'est pourquoi déjà saint Paul avait été obligé de sévir et d'intervenir avec fermeté et même avec larmes.
Saint Clément écrit lui aussi à l'Église de Corinthe parce que de nouveau, une scission s'est produite entre un certain nombre de chrétiens et les presbytes, entendez les anciens, le conseil presbytéral de l'Église de Corinthe, dont certains membres n'agréaient pas à certains fidèles de cette Église. Clément intervient selon la vocation même de l'Église de Rome, pour présider à la charité, c'est-à-dire pour rétablir la paix, pour inciter ceux qui se rebellent à rentrer dans l'amitié et l'amour fraternel.
Dans cette lettre que saint Clément écrit à l'Église de Corinthe, il y a à la fin une très belle prière que Clément adresse au Seigneur, au nom de l'Église de Corinthe comme de sa propre Église de Rome, une prière qui est comme le résumé de toute prière chrétienne. Je voudrais vous la lire et la commenter brièvement.
"Le nombre compté des élus que le Créateur de l'univers le garde intact dans le monde entier". C'est une expression un peu primitive, le nombre compté des élus, c'est-à-dire que Dieu n'oublie aucun de ceux qu'Il a créé pour les choisir. "…par le Christ son enfant Bien-Aimé". L'enfant Bien-Aimé, c'est une des premières titulatures que nous trouvons dans les documents les plus anciens où Jésus est appelé" "l'enfant du Père". "C'est par lui que tu nous as appelés des ténèbres à la lumière, de l'ignorance à la pleine connaissance de ta gloire à l'espérance de ton nom, principe de toute la création". Nous voyons là comme un écho des grandes prières adressées par saint Paul aux Éphésiens et aux Colossiens au début des épîtres respectives qui sont adressées à ces Églises, saint Paul disait déjà que Dieu nous avait appelés des ténèbres à son admirable lumière. "Tu as ouvert les yeux de notre cœur pour qu'il te connaisse, toi le seul Très-Haut au plus haut des cieux, toi le Saint qui repose au milieu des saints." C'est la vision de la Jérusalem céleste où Dieu est entouré de tous ses amis, de tous ceux qu'Il a reçu dans sa béatitude.
La suite nous rappelle étrangement le Magnificat de la vierge Marie. "Tu abaisses l'insolence des orgueilleux, tu déjoues les calculs des nations, tu exaltes les humbles, tu terrasses les puissants". C'est bien ce même Dieu que dans le Magnificat, ce Dieu des pauvres : "Je te rends grâces Seigneur de ce que tu aies révélé cela aux pauvres et aux petits et que tu l'as caché aux sages et aux savants, aux puissants, à tous ceux qui s'enorgueillissent de leur vertu". Clément continue : "Tu enrichis et tu appauvris, tu donnes la mort, tu sauves et tu vivifies. Tu es l'unique bienfaiteur des esprits, et tu es le Dieu de toute la création". Ce Dieu qui répand donc son salut et sa vie au cœur même de la mort, de la pauvreté et de la déréliction, et ceci dans toute la création. Il va être plus précis encore : "Tu contemples l'abîme, tu surveilles les œuvres des hommes, tu es le secours de ceux qui sont en danger, leur sauveur dans le désespoir". Voici que la prière de l'Église suscitée par saint Clément va jusqu'aux abîmes de la déréliction, des épreuves, du péché, le danger que nous courons, et finalement, cette ultime tentation, celle du désespoir. "Tu multiplies les peuples de la terre, et parmi eux tous, tu choisis ceux qui t'aiment, par Jésus-Christ ton enfant bien-aimé par qui tu nous as instruits, sanctifiés et glorifiés".
Voilà cette très belle prière de saint Clément qui n'oublie personne, même pas les désespérés, qui rassemble tous ceux qui aiment le Seigneur dans une même supplication. Et ensuite, il énumèrera "les affligés, sauve-les, les humbles prends-les en pitié, ceux qui sont tombés, relève-les. Ceux qui sont dans le besoin, révèle-toi à eux, guéris les malades, ramène les égarés. Rassasie ceux qui ont faim, délivre ceux qui sont prisonniers, relève ceux qui languissent, console ceux qui ont peur".
Que nous fassions nôtre cette supplication pour toutes les souffrances et toutes les épreuves de nos frères, ou les nôtres, et qu'ainsi nous prenions le relais de cette prière de l'Église qui depuis le premier siècle ne cesse de monter vers le Seigneur.
AMEN